La librairie Ulysse, à Paris et à Hendaye

Marie Lebert - 06.08.2015

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Fondée par Catherine Domain en plein cœur de Paris, dans l’île Saint-Louis, la librairie Ulysse serait la plus ancienne librairie au monde uniquement consacrée au voyage, avec 20.000 livres, cartes et revues neufs et d’occasion, dont quelques trésors introuvables ailleurs. Beaucoup plus tard, en plus de la librairie parisienne, Catherine crée une deuxième librairie Ulysse sur la côte basque, à Hendaye, ouverte de juin à septembre.

 

Catherine Domain (© Catherine Domain)

 

 

Comment l’aventure a-t-elle débuté ? Catherine raconte : « Au terme de dix années de voyages sur tous les continents, je me suis arrêtée et me suis dit : “Que vais-je bien pouvoir faire pour vivre ?” Consciente de la nécessité de m’insérer dans une société d’une façon ou d’une autre, j’ai procédé à un choix par déduction et par le refus d’avoir patron et employé. Me souvenant de mes grands-pères, l’un navigateur au long cours, l’autre libraire en Périgord, et constatant que j’étais obligée de visiter une quinzaine de librairies avant de trouver la moindre documentation sur un pays aussi proche que la Grèce, une “librairie de voyage” s’est imposée à mon esprit entre Colombo et Surabaya, au cours d’un tour du monde. De retour à Paris — j’habitais déjà l’île Saint-Louis —, je cherche un local, me renseigne sur le métier de libraire, fais des stages, prépare des fiches et cherche un nom pour cette future entreprise. »

 

Mais encore ? « Un matin, en allant chercher le journal, je lève le nez sur la librairie “Ulysse”, référence à Joyce, au 35 de la rue Saint-Louis en l’Île. “Voilà un nom !”, me dis — je. Je gravis les deux marches et entre dans cette boutique de 16 m2  à poutre unique. Quatre types jouent au poker. “Elle est mignonne votre librairie,” dis-je. “Elle est à vendre”, me rétorque l’un des joueurs sans lever le nez. 48 heures après, j’étais libraire. C’était en septembre 1971. La première librairie spécialisée dans les voyages au monde était née. »

 

Mais nous sommes au 26 de la rue. « Vingt ans plus tard, victime de la promotion immobilière comme beaucoup, j’ai dû déménager. Fort heureusement, mon côté entêté – je suis taureau ascendant taureau — m’a permis de transporter la librairie à quelques mètres dans un local plus vaste, au 26, dans un immeuble peu anodin puisque c’est non seulement là où j’ai commencé par habiter dans l’île Saint-Louis, mais aussi parce que, anciennement succursale de banque, ce local fut le théâtre du très célèbre casse de Spaggiari [celui de Paris avant le casse encore plus célèbre de Nice, ndlr]. »

 

Catherine est membre du Syndicat national de la librairie ancienne et moderne (SLAM), travail oblige, mais aussi du Club des explorateurs et du Club international des grands voyageurs, puisqu’elle est à la fois libraire et grande voyageuse. Si elle tient la librairie de septembre à juin, elle navigue tout l’été en Méditerranée quand on ne la trouve pas dans l’Atlantique ou le Pacifique pendant que son compagnon, expert en cartes anciennes, tient la librairie. Elle a également créé le Club Ulysse des petites îles du monde et le Cargo Club. Le Cargo Club est ouvert à tous ceux qui aiment les cargos et autres esquifs maritimes, avec apéritif mensuel devant la librairie par tous les temps.

 

Ulysse à Paris (© Catherine Domain)

 

 

Début 1999, Catherine décide de se lancer dans un voyage autrement plus ingrat, virtuel cette fois, à savoir la réalisation d’un site web en autodidacte alors que ses connaissances en informatique sont très sommaires, comme beaucoup d’entre nous à l’époque. Elle raconte : « Mon site est embryonnaire et en construction. Il se veut à l’image de ma librairie, un lieu de rencontre avant d’être un lieu commercial. Il sera toujours en perpétuel devenir ! Internet me prend la tête, me bouffe mon temps et ne me rapporte presque rien, mais cela ne m’ennuie pas... » Elle est toutefois pessimiste sur l’avenir des librairies comme la sienne. « Internet tue les librairies spécialisées. En attendant d’être dévorée, je l’utilise comme un moyen d’attirer les clients chez moi, et aussi de trouver des livres pour ceux qui n’ont pas encore internet chez eux ! Mais j’ai peu d’espoir... »

 

En 2005, Catherine crée une deuxième librairie de voyage à Hendaye, sur la côte sud de l’Atlantique, avec une vue imprenable sur l’océan. Ouverte de la mi-juin à la mi-septembre, cette librairie est située le long de la plage — au 2 boulevard de la mer — dans un bâtiment mauresque classé monument historique, qui se trouve être l’ancien casino. À marée haute, la librairie est « comme un paquebot de livres qui va prendre la mer, qu’elle prend quelquefois d’ailleurs ». Catherine y passe désormais ses étés plutôt que sur son voilier à naviguer sur les mers du globe. 

 

En 2010, dix ans après ses premiers pas sur le web, Catherine a tempéré ses critiques sur l’internet et les technologies. Elle raconte : « Internet a pris de plus en plus de place dans ma vie ! Il me permet d’être éditeur grâce à de laborieuses formations Photoshop, InDesign et autres. C’est une grande joie de constater que la volonté politique de garder le pékin devant son ordinateur afin qu’il ne fasse pas la révolution peut être mise en échec par des apéros géants et spontanés de milliers de personnes [organisés via Facebook, ndlr] qui veulent se voir et se parler en vrai. Décidément il y aura toujours des rebondissements inattendus aux inventions, entre autres. Quand j’ai commencé à utiliser l’internet, je ne m’attendais vraiment pas à devenir éditeur. »

 

Catherine publie bien entendu des livres de voyage, une activité qu’elle a depuis cessée – temporairement ou définitivement, on ne sait pas encore — pour se consacrer à 100 % à son activité de libraire, l’hiver à Paris et l’été à Hendaye. Si vous passez la voir à Hendaye cet été, sachez que les horaires d’ouverture peuvent varier en fonction de la météo.

 

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