Des volontaires pour gérer les bibliothèques, et des auteurs inquiets

Clément Solym - 23.07.2012

Edition - Bibliothèques - bibliothèques britanniques - gestion par des volontaires - Royaume-Uni


Le concept de « Big Society » a des atours des plus vendeurs : créé par les conservateurs libéraux dans un manifeste en 2010, il propose de déléguer progressivement les pouvoirs du gouvernement aux communautés locales. Depuis 2 ans, les bibliothèques gérées par des volontaires se sont ainsi multipliées au Royaume-Uni, aidées par des coupes drastiques des dépenses publiques.

 

 

Save Our Libraries

 

 

Malgré ces réductions des liquidités, les établissements de prêt se sont toujours appliqués à payer aux auteurs le fameux Public Lending Right (PLR, droit de location public), un équivalent de notre droit de prêt. Et ce PLR, logiquement, était limité dans les textes aux bibliothèques publiques, ce qui a fait bondir les auteurs : les bibliothèques de volontaires seront-elles exemptées de PLR au prétexte de l'économie ?

 

La Société des Auteurs britanniques a écrit au ministre de la Culture Ed Vaizey afin de lui poser directement la question : « Nous exhortons le gouvernement à fournir des orientations claires sur le bénévolat et sur les enjeux du droit de prêt, et à expliquer comment ce système remplit les conditions pour fournir un service de prêt efficace. » Nicola Solomon, Secrétaire général de la SoA, se montre dans sa lettre compréhensif, mais ferme, tandis que la menace d'un recours collectif contre le gouvernement est bien sûr possible.

 

Sarah Waters, lauréate du Booker Prize en 2009, a joint sa voix au choeur des inquiétudes : « Ed Vaizey souhaite-t-il que le Royaume-Uni devienne un pays sans bons livres, parce que les auteurs n'auront plus le loisir de les écrire ? Un pays où les livres sont de moins en moins lus, parce qu'on ne peut pas y accéder ? Dans ce cas, bravo, Ed, tu as fait du bon boulot » a-t-elle déclaré dans un entretien.

 

Le ministère de la Culture, bien forcé de répondre, a reconnu que « le petit nombre d'établissements qui ne sont plus gérés par les autorités locales ne faisaient pas partie de ceux [qui doivent payer le PLR], mais cela n'a pas d'effets sur les sommes versées chaque année aux auteurs ». Beaucoup d'auteurs restent dubitatifs, d'autant plus que le ministre avait souligné il y a quelques mois que le modèle du volontariat pouvait constituer une voie de sortie de crise pour les bibliothèques. (voir notre actualitté)

 

Et tout ça, sans dépenser un penny...