Désamour de la librairie : une vision pessimiste trop française ?

Auteur invité - 14.02.2019

Edition - Librairies - lecteurs libraires relations - pessimisme lecture France - ambiance librairie sinistrose


Amazon, Kobo, liseuses, smartphones... Pour la plupart des lecteurs engagés, ces termes s’avèrent les ennemis par excellence du libraire traditionnel et le déclenchement d’une transformation négative dans la relation avec le lecteur, considérée même comme un lien en disparition. Mais cette relation est-elle vraiment aussi catastrophique qu’on le croit ? 

Hall du Livre, Nancy
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

En mars 2018, les chiffres-clés de l’Observatoire de l’économie du livre plaçaient les grandes surfaces culturelles spécialisées comme le premier lieu d’achat de livres en France (25,5 %), suivi des librairies (22 %). Internet serait alors en troisième lieu avec 20 % des ventes, devant les grandes surfaces non spécialisées (19 %). 

Certes, les habitudes de lecture et de consommation actuelles se sont ancrées dans la promptitude et le confort et les ventes sur internet commencent ainsi à prendre le relais... Mais toujours sans avoir réussi à remplacer les espaces physiques. Les Français sont-ils alors trop pessimistes envers la situation de leurs libraires ? Peut-être qu’il suffit d’observer un peu plus positivement le quotidien et l’imaginaire collectif pour apprécier cette prédominance, en prenant comme référence le regard des lecteurs étrangers qui sont installés dans l’Hexagone. 

Mais avant tout, quels sont les types de livres les plus achetés par les Français ? D’après une enquête publiée par GFK en mars 20182, 356 millions d’exemplaires ont été vendus en 2017, la littérature générale et jeunesse constituant 45 % des ventes. Quant aux titres les plus vendus, nous trouvons une BD en première position (Astérix et la Transitalique), suivi de différents romans (la plupart d’auteurs français), et même quelques prix littéraires et des essais.

Pareil pour la liste correspondante à 2018, où c’est un roman qui a remporté pourtant la première position (Un appartement à Paris, de Guillaume Musso). 

La société française a malgré tout une grande conscience de la culture du livre, avec un poids plus remarquable que dans d’autres pays voisins : les médias, les réseaux sociaux, les évènements culturels des villes, l’ouverture médiatisée de nouvelles librairies (comme Ici), etc. 

Notre regard étranger observe la librairie française comme un endroit d’achat et de partage d’idées toujours très réactif. 

Prenons par contre-exemple le cas de l’Espagne : le nombre d’acheteurs de livres a augmenté entre 2017 et 2018 et les librairies s’avèrent le principal point de vente, dépassant les grandes surfaces. D’ailleurs, d’après une étude publiée en janvier 2019 par la Federación de Gremios de Editores, le nombre d’Espagnols qui lisent d’habitude sur leur temps libre augmente (61,8 %, +2,1 points par rapport à 2017) et le nombre d’achats est également à la hausse : 62,4 % des Espagnols âgés de plus de 14 ans ont acheté 10,3 livres en moyenne en 2018 (9,4 en 2017). 

De même qu’en France, ce sont les littératures générale et de jeunesse qui représentent les ventes les plus élevées, suivies par les livres pratiques. À remarquer aussi que 7 des 10 titres les plus vendus en 2018 correspondent à des romans écrits par des auteurs espagnols d’actualité, une tendance semblable au top de ventes français. 

En revanche, l’ensemble de la société ne semble pas être conscient de cette progression. La communication culturelle, et du livre en particulier, n’atteint pas le niveau de son équivalente en France, de sorte que ces recherches et ces publications ne restent que des rapports institutionnels sans une véritable portée dans le quotidien des lecteurs. 

Faudrait-il se centrer moins sur les chiffres ? Comparer les différentes situations des libraires en Europe pour connaître et apprécier celle qui nous concerne ? Limiter les ventes de livres sur internet de manière générale ? Le débat restera toujours ouvert. À nous d’apprendre à valoriser la place de nos libraires et des nouveaux acteurs dans un réseau en constante transformation. 
 

Article réalisé et publié dans le cadre des travaux menés avec les élèves du Master 1 Apprentissage de l’université de Villetaneuse — Paris 13, spécialité Commercialisation du livre. Les étudiants sont invités à écrire sur un sujet lié au monde de l'édition, suivant des consignes de rédaction journalistique. 


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