Désertées, les bibliothèques britanniques finiront-elles par être obsolètes ?

Cécile Mazin - 19.08.2016

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Les bibliothèques finiront-elles par toutes fermer, faute... de personnel, voire d’intérêt ? Les derniers chiffres communiqués par le ministère de la Culture, des Médias et du Sport au Royaume-Uni font peur. Les statistiques montrent une baisse de fréquentation continue, avec près d’un tiers du public adulte qui a disparu, au cours de la dernière décennie... 

 

The Big Read 2016 book bench trail - Library of Birmingham - The Red Book

Elliott Brown, CC BY SA 2.0

 

 

Durant les 12 mois qui ont précédé mars 2016, 33,4 % des adultes britanniques s’étaient rendu dans une bibliothèque publique – ils étaient 48,2 % en 2005/2006. Pour le ministère, il s’agit là d’une « diminution significative », et pas simplement parce qu’on apprécie le pléonasme outre-Manche. C’est en réalité qu’en comparaison, la fréquentation des musées, galeries, et autres sites patrimoniaux a augmenté, sur la même période.

 

En l’espace de 10 années, les établissements de prêt ont donc perdu 30,7 % de fréquentation. Et le rapport indique bel et bien que les populations urbaines sont les plus concernées – passant de 57,3 % de fréquentation à 37,8 %. Les foyers aisés suivent la même tendance : 33,5 % contre 50,9 %.

 

La situation devient plus complexe, lorsque le rapport indique que, dans les régions les plus défavorisées du pays, la fréquentation est « restée raisonnablement stable ». Difficile de comprendre ce qui se cache derrière cette appréciation...

 

Mark Taylor, porte-parole de la Chartered Institute of Library Professionals, souligne que le rôle des bibliothèques publiques « dans l’amélioration des chances de chacun, par le biais de l’alphabétisation, l’apprentissage et l’accès aux connaissances » reste primordial. 

 

Bien entendu, les secteurs pauvres ont recours aux bibliothèques, parce que leurs habitants n’ont pas les moyens de s’offrir des livres ni les services associés. Selon lui, il faudrait alors envisager de renforcer l’offre pour les territoires concernés « en prolongeant les horaires d’ouvertures, en améliorant les services numériques et la disponibilité de livres numériques ». Mais également en investissant tant dans les bâtiments que les achats d’ouvrages.

 

Situation "dramatique", pour dire le moins

 

Au cours des deux dernières années, la proportion d’adultes ayant fréquenté un établissement est passée de 33,4 % en 2013/2044 à 31 % en 2015/2016. Et dans le même temps, on constate toujours que 37 % des visiteurs sont sans emploi – sur la période des 12 mois d’analyse. 

 

On annonce aussi que 45,6 % des groupes ethniques minoritaires et adultes noirs ont fréquenté une bibliothèque, contre 31,6 % des groupes ethniques blancs. 

 

Ian Anstice, rédacteur en chef de Public Libraries, explique la situation est aujourd’hui « dramatique ». « Les bibliothèques publiques ailleurs dans le monde n’ont pas fait face à d’aussi importantes réductions de budgets » qu’en Angleterre. Ce qui s’est passé au Royaume-Uni relève d’une austérité sans précédent, et sans comparaison.

 

Laura Swaffield, la présidente de la Library Campaign, groupe de militants engagés pour la défense des bibliothèques, ajoute que non seulement la période passée a été catastrophique, mais surtout, la baisse de fréquentation était prévisible. « Nous avons urgemment besoin de savoir quoi faire. »

 

Alors, à ce rythme, la question finira par se poser : à quel moment les bibliothèques deviendront-elles obsolètes, non pas par leur manque de moyens, mais bien parce qu’elles finiront pas ne plus pouvoir subsister. Et l’on va se tourner une fois de plus version le nouveau ministre de la Culture britannique, Matthew Hancock, qui va avoir fort à faire.

 

via Guardian, Bookseller