Despentes : "On peut se demander pourquoi je rejoins le jury Goncourt"

Camille Cornu - 08.01.2016

Edition - Société - Virginie Despentes - jury prix goncourt


L’arrivée de Virginie Despentes dans le jury du prix Goncourt n’est pas passée inaperçue. Ce que représente son œuvre littéraire est à peu près à l’opposée de ce que symbolise ce prix. Elle a, pour rejoindre le Goncourt, quitté brutalement le jury du Femina qui l’avait accueillie l’année dernière. Les deux prix sont deux concurrents historiques, et le Femina avait été créé un an après le Goncourt, en réaction à son sexisme. Encore récemment, le sexisme du Goncourt était dénoncé par le collectif La Barbe. Alors, pourquoi Virginie a-t-elle rejoint le Jury de ce prix ? Parce qu’on le lui a proposé

 

Virginie Despentes, au Prix Femina - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

C’est tout simple. Le prix est le plus prestigieux, le plus reconnu, le plus prescripteur. Son éditeur, Grasset, a transmis à l’AFP un texte où elle se justifie : « On peut se demander pourquoi je rejoins le jury Goncourt. La raison en est simple : j’ai accepté parce qu’on me l’a proposé. »

 

Après avoir reçu mardi dernier un appel de Bernard Pivot, elle a « été aussi surprise que séduite. L’évidence s’est imposée à moi : cette expérience est de celles qui ne se refusent pas. C’est avec un grand enthousiasme que j’ai répondu favorablement à cette proposition imprévue », avoue-t-elle. 

 

Elle n’a pas manqué d’exprimer à ses anciennes collègues du Femina ses « regrets sincères pour la manière abrupte dont je suis amenée à les quitter. Faire partie de ce jury a été pour moi un grand honneur. J’y ai découvert des personnalités attachantes et assisté à des débats enrichissants ». 

 

Une décision méprisante pour les membres du Femina ?

 

Une membre du Femina, se confiant de manière anonyme à l’AFP, a qualifié la décision de Virginie Despentes de « stupéfiante », et méprisante : « C’est montrer beaucoup de mépris pour les autres membres du Femina. »

 

La rivalité entre le Goncourt le Femina n’a jamais cessé depuis la création du Femina, en réaction à une remarque de Huysmans : « pas de jupe chez nous ». Il parlait alors de la romancière Myriam Harry, qui posait en jupe en une du magazine La Vie heureuse. Des journalistes du magazine, emmenées par Anna de Noailles, avaient alors créé le prix « La vie heureuse », aujourd’hui devenu Femina. 

 

Aujourd’hui, le jury du Goncourt est constitué de dix membres, dont trois femmes. Ces vingt dernières années, il a récompensé quatre femmes. De manière générale, l’édition « ne se sent pas concernée » par l’égalité homme femme.

 

Peut-être le Goncourt a-t-il pris note des accusations qui lui ont été portées, à moins qu’il ne se cherche une caution. Et dans ce cas, la responsabilité de Virginie Despentes pour se faire entendre parmi ses nouveaux collègues sera deux fois plus lourde. 

 

Si son identité détonne au sein du jury, peut-on y voir une volonté du prix de se doter d’une lecture dont il était dépourvu, une volonté de se rafraîchir ? Finalement, peut-on vraiment croire en l’« identité » d’un prix littéraire ? Comme nous le confiait Pierre Assouline, également membre du jury du Goncourt, le prix avait trouvé son identité au bout d’une quinzaine d’années, et l’identité d’un prix littéraire serait plutôt due aux personnalités des membres qui le composent qu’à une ligne prédéfinie.