Destituer le président Hollande pour un livre de confidences, vraiment ?

Victor De Sepausy - 16.11.2016

Edition - Justice - Un président ne devrait pas dire ça - François Hollande confidences - éditions Stock


Peut-on destituer un président de la République pour les propos qu’il a tenus et que des journalistes ont réunis dans un ouvrage ? Manifestement, on peut étudier la demande. L’Assemblée nationale a enregistré ce 10 novembre une proposition de résolution largement portée par Les Républicains, allant dans ce sens. 

 

François Hollande - Prix de l’Audace artistique et culturelle 2015

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La publicité pour les éditions Stock est assez inédite : l’éditeur pourrait être le premier à entraîner, bien malgré lui, la destitution d’un président de la République. Le 7 novembre dernier Pierre Lellouche – dont la proposition ne l’est pas moins – proposait une résolution visant à la destitution de François Hollande. 

 

En cause, des informations qui seraient classées secrètes, et que l’on retrouverait dans le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Un président ne devrait pas dire ça. En tant que délégué général Les Républicains aux affaires internationales, le coup d’éclat de Pierre Lellouche n’était pas passé inaperçu. 

 

Ce 10 novembre, la présidence de l’Assemblée nationale a pris acte de la proposition de résolution et de son article unique, qui dit ce que suit :

 

En application de l’article 68 de la Constitution et de la loi organique n° 2014-1392 du 24 novembre 2014 portant application de l’article 68 de la Constitution, le Parlement est réuni en Haute Cour aux fins de prononcer la destitution du Président de la République, en raison du manquement manifestement incompatible avec l’exercice de ses fonctions que constituent ses confidences concernant la défense nationale, révélées dans l’ouvrage intitulé « Un président ne devrait pas dire ça » publié aux éditions Stock. 

 

 

L’article 68 est assez clair sur la question : « Le Président de la République ne peut être destitué qu’en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat. » Existe-t-il vraiment des éléments dans l’ouvrage des deux journalistes qui pourraient provoquer cette destitution ? C’est ce que croient et soutiennent les députés ayant apporté leur soutien à la demande.

 

Dans ces pages surprenantes, produit d’une soixantaine d’entretiens couvrant la quasi-totalité de son mandat, le Président de la République, Chef des Armées, s’installant lui-même, dans le rôle de commentateur, en temps réel de ses décisions les plus secrètes en matière d’emploi de la force armée, a communiqué par le menu à ces journalistes du Monde le contenu de ses conversations avec les Présidents Obama et Poutine, son analyse détaillée de leur psychologie et de ses propres « tourments intérieurs ». Il les a même fait assister en direct, à un échange téléphonique avec le Premier ministre grec ! 

 

 

Le problème est que les 58 députés nécessaires pour que la Haute Cour se réunisse sont plus que largement atteints – laquelle juridiction pourrait décider s’il y a lieu ou non, d’en venir à cette extrémité. Europe1 détaillait l’ensemble de la procédure, complexe et longue. Mais dès lors que la première étape est accomplie...

 

 

 

Les députés s’interrogent : « [E]st-il concevable que le Président de la République, dans l’exercice de ses fonctions, viole ainsi ouvertement l’obligation de secret qui pèse sur les décisions les plus sensibles qu’il doit prendre en tant que Chef des Armées ? » 

 

Retrouver un extrait Un président ne devrait pas dire ça... de Davet et Lhomme

 

 

S’il n’y a aucune chance que la demande aboutisse, on se dit, une fois de plus, que les livres peuvent en effet changer le monde...

 


Pour approfondir

Editeur : Stock
Genre :
Total pages : 672
Traducteur :
ISBN : 9782234075481

"Un président ne devrait pas dire ça..."

de Fabrice Lhomme

Un président ne devrait pas dire ça… »Cette phrase, François Hollande nous l’a lâchée, un jour d’exaspération. Il s’agaçait, alors, de voir la presse ausculter de trop près sa relation avec ses femmes, Ségolène, Valérie, Julie…Nous avons passé cinq années dans le sillage du chef de l’État, en sa compagnie, sans conseiller, sans témoin. Juste lui et nous. Avec une double exigence : pas de langue de bois, encore moins de propos « off the record ». C’était la condition impérative. Pas de relecture, non plus, de ses « confessions », évidemment, et le recueil de confidences de ses proches : Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Stéphane Le Foll…L’idée, née en 2011, était d’écrire la suite de Sarko m’a tuer, livre dans lequel nous décrivions un pouvoir sarkozyste flirtant avec la ligne jaune. Hollande avait juré qu’il prendrait le contre-pied de son meilleur ennemi, encore fallaitil le vérifier.Pour cela, nous avons plongé au coeur du pouvoir élyséen, exploré la face cachée de la présidence. Ou plutôt du président. Nous l’avons confronté à ses contradictions, questionné sur sa vie privée, sa politique économique, ses promesses non tenues, sa vision de l’islam, de l’extrême droite, des écologistes, de Macron… Et de Sarkozy bien sûr.Une immersion inédite dans le cerveau d’un homme de pouvoir qui s’est confié avec une franchise parfois déconcertante, revisitant les moments forts d’un quinquennat aux allures de chemin de croix, dont nous révélons les secrets. Ni censure, ni autocensure. Jamais un responsable politique, a fortiori un président de la République, ne s’était livré avec une telle liberté de ton. Plusieurs fois, il nous a dit : « Il se trouve que je suis président… » Comme s’il n’y croyait pas. Le président « normal » a accouché d’une présidence anormale.Il n’aurait pas dû « dire ça » ? Pas sûr.En tout cas, nous, nous devions l’écrire.

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