Deux diplomates de Corée du Nord confisquent des livres en Birmanie

Clément Solym - 30.07.2010

Edition - Justice - coree - nord - censure


Oui, bon, diplomates et nord-Coréens, ça fait presque oxymore... mais justement, cela aidera à mieux percevoir toute la saveur du propos, une bonne petite figure de style. Alors, qu'avons-nous là ? Un écrivain birman, de 62 ans, Hein Latt, qui avait rédigé un livre sur Kim Jong-il, alias 'Cher Dirigeant', ou Dirigeant bien-aimé, ou encore le gazier de Corée, ou le Mégalo rouge...

Tout cela pour dire que le bonhomme a sûrement dans les sondages officiels, une cote de popularité faramineuse, mais qu'il n'en demeure pas moins un féru de l'époque stalinienne...

Kim Jong-il
Bref. Soit. Donc. Notre écrivain a reçu la visite tôt dans la matinée de deux hauts fonctionnaires de l'ambassade, visite qui n'était pas de courtoisie. Résidant à Myanmar (l'autre nom de la Birmanie), l'écrivain s'est entendu dire que son livre pourrait nuire aux relations des deux pays, et qu'en outre, il donnait une « image fausse et inexacte » du dirigeant. Ils se sont alors emparés des 300 livres présents sur les lieux.

« Je leur ai remis ces livres parce que je ne veux pas avoir à penser aux conséquences », déclare-t-il à Reuters, expliquant en suivant qu'il n'a pas non plus reçu de plainte des autorités militaires. Mais la situation vaut son pesant de fried noodles - les nouilles frites, spécialité locale. Surtout que la confiscation par deux diplomates étrangers (là, c'est un pléonasme...) qui se présentent avec l'intention de censurer un auteur dans son propre pays, c'est pas tout à fait banal.

Sauf si l'on considère la relation entre la Birmanie et la Corée du nord d'un autre oeil - et notamment celui de l'armement en général, et du nucléaire plus particulièrement. Les deux pays ont en effet provoqué l'inquiétude des nations alentours (voir Libération), ainsi que des puissances occidentales, qui ont découvert leur proche collaboration et autres étroites relations diplomatiques.

Or, la biographie de Kim Jong-il a été validée par le service de presse du ministère birman idoine. Donc, a priori, aucun risque. Sinon, ont estimé les deux diplomates, de tromper le lecteur par l'intrusion de textes publiés en Amérique du Nord, et dont il est plusieurs fois question. Des textes dont on ignore s'ils sont faux ou considérés comme nuisibles à l'image du vaillant dictateur...

Pour l'heure, le livre s'est vendu dans le pays à 700 exemplaires, depuis deux mois qu'il est commercialisé.