Les Archivistes et le numérique, ou un cheval à Troyes

La rédaction - 08.07.2015

Edition - Bibliothèques - association archivistes - forum numérique - programme préparation


La deuxième édition du Forum de l’Association des archivistes français se déroulera l’an prochain, à Troyes, au centre des congrès de l’Aube, 30, 31 mars et 1er avril 2016. Une édition placée sous le signe des mutations, avec la thématique, « meta/morphoses les archives, bouillons de culture numérique ».

 

Church - Troyes, France

Troyes  - Emmanuel DYAN CC BY 2.0

 

 

Le numérique n’en finit pas de bouleverser nos pratiques, de mettre nos acquis en question, d’ouvrir de nouvelles perspectives et de favoriser de nouveaux usages des archives. L’environnement numérique vient de plus en plus et plus que jamais modifier notre rapport au passé et au futur, nos manières de nous souvenir et donc notre manière d’appréhender et d’exploiter les archives, en tant que citoyens, mais aussi en tant que professionnels. 

 

Le numérique transforme la société et notre rapport à la culture. Les modèles traditionnels sont bouleversés, une nouvelle culture, celle des réseaux et de la mobilité, placée sous le double signe du participatif et du collaboratif s’est imposée. Aujourd’hui, toutes nos activités intègrent des opérations de mise en réseau de données : le Web est devenu un formidable outil de création et, non plus, seulement de publication ou de diffusion. 

 

En modifiant notre rapport au temps et à l’espace, la transformation numérique introduit un changement de paradigme : dans ce nouvel écosystème, comment s’adapter ? C’est cette question de la métamorphose des archives, au contact du numérique et dans toutes leurs dimensions (document-donnée, fonction, lieu de conservation) que se propose d’explorer le prochain Forum de l’Association des archivistes français. 

 

Le numérique a transformé et continue de transformer en profondeur les conditions de création, collecte, conservation, communication et diffusion des archives. Qu’il s’agisse de produire des instruments de recherche électroniques ou des substituts aux documents originaux par la numérisation, qu’il faille collecter des données administratives ou donner accès à des contenus par les réseaux informatiques, plates-formes de diffusion du Web ou autres appareils mobiles, les archivistes manipulent au quotidien un nombre important de logiciels, de langages et de supports. Comment ces outils techniques imprègnent-ils la pratique archivistique ? Quelles incidences ont-ils sur les compétences que les archivistes doivent mobiliser ? 

 

Des archives de toute provenance et de toute nature sont collectées et rassemblées par des individus, des associations ou des équipes dans le cadre de programmes de recherche, mais aussi partagées sur les réseaux sociaux. Les plates-formes sur lesquelles sont hébergées ces collections fonctionnent comme autant d’espaces mémoriels. Quelles sont les nouvelles institutions du savoir ? 

 

Dans un contexte où le nombre de producteurs d’archives augmente, où il est devenu facile de créer des archives et où une partie de ces archives est automatiquement créée par les outils informatiques, comment (re) penser l’équilibre entre celui qui produit, celui qui utilise et celui qui conserve les archives ? 

 

Le numérique modifie la manière de lire et d’appréhender les archives en tant que sources et modifie la manière de faire l’histoire. Comment conserver et rendre accessible aux historiens des corpus toujours plus volumineux ? Quelles interactions existent entre archivistique et humanités numériques ? 

 

Quatre thèmes sont plus particulièrement retenus, sans ambition d’exhaustivité : 

 

— La qualité
Le numérique soulève le défi majeur de la maîtrise des données compte tenu des volumes de données créés et échangés, mais, à l’heure de l’open data et du big data, il est un autre enjeu tout aussi essentiel, celui de la qualité des données. Comment créer des données de qualité ? Comment contrôler et garantir cette qualité ? Comment la maintenir dans le temps ? Quelle(s) stratégie(s) adopter pour les archivistes/records managers ? 

 

— L’ouverture
Longtemps, l’ouverture des archives n’a eu de sens que pour évoquer l’accès à la salle de lecture ou à des archives jusque-là incommunicables. Aujourd’hui elle prend principalement son sens en termes de données ouvertes, ou open data, et se décline dans le champ de la e-gouvernance, de la transparence de l’accès à l’information et de la réutilisation des données publiques. La mise en commun des ressources est-elle une chance ou un danger pour les archives ? 

 

— Les usages et usagers
Le numérique facilite la réutilisation et encourage le partage des archives : les archives circulent, sont commentées, décrites, modifiées, réappropriées, remixées. L’utilisation des archives connaît une évolution majeure et elles bénéficient d’un engouement sans précédent. Comment le numérique en modifie-t-il les usages ? Qui sont les nouveaux usagers ? Comment les usagers s’approprient-ils les archives ? En quoi sont-elles sources de création ? 

 

— L’identité
À l’heure où la préoccupation d’interopérabilité et de pérennité conduit les différents métiers à parler le langage XML, à l’heure où les politiques publiques de l’État et des collectivités invitent les acteurs culturels à mettre en commun leurs ressources dans des portails nationaux ou régionaux, à l’heure où l’on partage le même souci de qualifier les objets et les producteurs, qu’est-ce qui fait encore la spécificité de l’archiviste, son cœur de métier, son domaine d’influence, par rapport aux professions voisines ou cousines ? Qu’est-ce qui conduit l’archiviste à se confondre avec les autres ou à les suivre, quitte à entrer en concurrence avec eux ? 

 

 

 


Pour approfondir

Editeur : Yves Michel
Genre : essais de sociologie
Total pages : 112
Traducteur :
ISBN : 9782364290686

L’homme post-numérique

de François Bernard (de)

Le « numérique » a envahi notre monde au point d’exercer une tyrannie: analyse et riposte. L’état inquiétant du monde actuel et son rapport au numérique sont peu pensés sous l’angle de leurs liens les plus profonds. C’est que la partition des cerveaux, comme celle des ordinateurs, fonctionne bien: elle permet au projet despotique de se poursuivre avec une vigueur exceptionnelle. De fait, jamais la colonisation des esprits, des imaginaires et des corps n’a été rendue aussi massive et performante entre les mains d’un tout petit nombre. Ce livre s’efforce ainsi de rappeler comment le numérique a pu envahir nos vies: un « virtuel » qui en est venu à évincer le « réel » jusqu’à prendre toute sa place. Il s’intéresse à la nature des changements auxquels nous sommes confrontés, à leurs paradoxes et à leurs outils (les « TIC »). Il s’attache à la question de la surveillance et du contrôle généralisés, point de bascule de nos sociétés vers le modèle d’une tyrannie numérique déjà effective. Il propose de contourner le piège historique que nous avons forgé, en désignant les voies possibles de la résistance citoyenne et en esquissant le projet d’un homme post-numérique. Il précise enfin ce que pourrait être une mobilisation post-numérique à la hauteur des enjeux et des défis contemporains.

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