Devant le ministère de la Culture, le désarroi des personnels de la BnF

Antoine Oury - 01.02.2018

Edition - Bibliothèques - BnF Richelieu - Bibliothèque nationale de France - ministère Culture BnF


Depuis plus d'un an, les personnels du site historique de la Bibliothèque nationale de France (BnF), le site Richelieu, dénoncent des conditions de travail en dégradation. L'explication se trouve du côté des travaux de rénovation du quadrilatère, qui ont laissé de nombreuses malfaçons, et d’une politique de l'établissement sévèrement critiquée pour son manque de cohérence et d'attention portée aux collections. Une centaine de personnes se sont réunies devant le ministère de la Culture pour attirer l'attention sur la situation.


Manif BnF Richelieu
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


Ils étaient une centaine, ce matin, rassemblés dans la Cour d'Honneur, au pied des balcons du ministère de la Culture, à l'appel de l'intersyndicale CGT-Sud-FSU — seule la CFDT était absente. Ils travaillent au département des manuscrits, dans celui de la musique ou des arts du spectacle, hébergés sur le site Richelieu de la BnF ou dans les bâtiments qui l'entourent.

 

S'ils ont fait le court trajet qui sépare le site Richelieu du ministère de la Culture aujourd'hui, c'est pour deux raisons : la première, obtenir une accélération des travaux qui viennent rectifier les nombreuses malfaçons observées suite à la phase 1 du chantier de rénovation du quadrilatère Richelieu, terminée il y a plus d'un an. Ascenseurs en dysfonctionnement, infiltrations, problèmes de chauffage dans les magasins ou dans les bureaux... Les problèmes se sont accumulés, et ont failli déboucher sur un incendie criminel dans des bureaux du site Richelieu.


L'autre revendication se trouve dans l'avenir du site Richelieu : la direction de la Bibliothèque nationale de France entend en effet rassembler les différents départements dans le quadrilatère, pour se séparer des bâtiments auparavant réservés à certains départements, comme Louvois pour la musique, le 61 rue Richelieu et la maison de l’Abbé Barthélémy. Le délégué du personnel CGT Gaël Ménage résume la situation à ses collègues, mégaphone en main.




Manif BnF Richelieu
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


« Les conditions de travail des agents sur le site Richelieu sont devenues vraiment pénibles, au point que certains se débrouillent pour travailler le moins possible sur le site » explique une personne présente, qui travaille au département de la Musique. Outre l'incendie évité de justesse, les personnels font face depuis un mois à de nombreuses infiltrations d'eau, sans oublier les problèmes de chauffage dans les bureaux ou de régulation de la température dans les magasins. 

Les travaux du site Richelieu sont supervisés par l'Oppic, Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture, placé sous tutelle du ministère de la Culture, et les personnels ne cachent pas leur animosité vis-à-vis de cet acteur qui leur semble accorder peu d'attention aux problèmes quotidiens. « Qui plus est, l'Oppic a reçu un prix, le Geste d'or, qui salue les chantiers exemplaires en termes de valorisation du patrimoine bâti... Cela a vraiment été vécu comme un camouflet par les personnels. »

 

Preuve que les problèmes rencontrés sur le site depuis un an s'éternisent, la direction de la BnF a rencontré celle de l'Oppic il y a quelques jours pour tenter de sortir de cette situation. Sollicité à plusieurs reprises par nos soins, l'Oppic n'affichait pas une inquiétude débordante face aux problèmes rencontrés par les personnels : « Les sujets de différentes natures (sic) qui émergent en cours de chantier peuvent avoir des origines variées. L’Oppic s’attache alors à diffuser à chacun des partenaires de l’opération (maîtrises d’œuvre, assistants à maîtrise d’ouvrage, entreprises…) l’ensemble des sujets dont la responsabilité leur incombe, afin que des mesures correctrices soient proposées et apportées », nous expliquait-on simplement. Inutile de préciser que la phase 2 des travaux, qui doivent se terminer en 2021, laisse craindre d'autres dysfonctionnements aux personnels...

 

L'avenir du patrimoine à la BnF en question


À long terme, l'inquiétude des personnels porte aussi sur la politique mis en oeuvre par le ministère de la Culture pour le patrimoine : avec la bénédiction du ministère des Finances, la rue de Valois entend en effet céder les bâtiments qui lui appartiennent et qui abritent les départements spécialisés de la BnF. Pour Louvois, qui abrite la Musique, le fait qu'il soit amianté justifierait sa destruction, plutôt que sa réhabilitation, selon le ministère.


Manif BnF Richelieu
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)



« Ce bâtiment est très vétuste et il contient de l'amiante, c'est le problème, mais il a été pensé comme une bibliothèque, ce qui le rend très pratique pour les personnels. On perdra en conditions de travail » estime une salariée du département de la Musique. La fusion des salles de lecture des départements spécialisés « déprime aussi tout le monde : il ne restera plus que trois salles pour les départements spécialisés, ce qui serait insuffisant, selon nous ». 

Le départ de 40 % des collections à Bussy-Saint-Georges inquiète également les personnels, qui rappellent que le site est déjà en surcharge et pourra difficilement accueillir les collections, et alarment sur la logistique à mettre en place pour faire venir les documents. Un nouveau bâtiment doit être construit d'ici 2023, « mais le ministère n'a pas l'air de vouloir donner d'argent : 5 millions € devaient être débloqués, mais il y a visiblement des difficultés pour les obtenir ».

 

L'interminable et coûteux chantier du site Richelieu de la BnF


« Nous avons l'impression que la BnF sacrifie les départements spécialisés et le public des chercheurs pour des salles de lecture fourre-tout : nous sommes pour la gratuité totale de la BnF, des espaces ouverts, mais il n'y a pas de politique d'avenir pour les départements spécialisés », explique une syndiquée Sud. « On revient en arrière pour le département de la Musique, pour lequel on avait construit le bâtiment Louvois, et tout cela va disparaître avec cette politique. » 

Pour les personnels rassemblés dans la cour du ministère, les dernières statistiques, plutôt bonnes, communiquées par la BnF, ne peuvent justifier la politique actuelle : « Les chiffres, on leur fait dire ce qu'on veut : on se méfie de ce discours. On ne conteste pas forcément le fait qu'il y ait moins de lecteurs dans certains départements, mais les moyens alloués semblent vouloir faire l'inverse qu'en attirer plus. C'est une décision politique de sacrifier le quadrilatère, il y a une idéologie derrière. Un service public de qualité ne se fonde pas sur des statistiques, encore plus dans le domaine du patrimoine », déplore une de ses collègues.

Les personnels seront reçus le 15 février au ministère de la Culture pour évoquer la situation.


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