Devenus héros de roman malgré eux, ils en appellent à la justice

Clément Solym - 24.02.2011

Edition - Justice - PPDA - angot - procès


« Rien ne se crée, tout se transforme » disait Lavoisier qui en savait déjà bien quelque chose puisque la célèbre maxime n’était qu’une adaptation d’un principe similaire mis en lumière par le philosophe grec Anaxagore. Et, pour l’écriture d’un roman, c’est toujours un peu la même chose.

Un auteur part de son quotidien, de son histoire, de celles qu’on lui raconte pour, à son tour, en écrire une nouvelle mais qui ne sera jamais tout à fait nouvelle, ou plus précisément inédite, ni qui lui sera tout à fait propre. Elle relèvera toujours en premier lieu d’une intertextualité, on écrit à partir des modèles que l’on a acquis en tant que lecteur ; et, en second lieu, du réel qui entoure l’écrivain.


Mais ce mode de création ne plaît pas à tous quand refait surface le principe du roman à clef, où l’on pouvait s’amuser à retrouver quelle personne bien réelle se cachait derrière tel ou tel héros. Et le problème se pose d’autant plus quand l’éloignement entre personnage fictionnel et personne réelle se trouve des plus réduits.

C’est toute la question du dernier roman publié par Christine Angot, Les Petits. Certes, si l’auteure est une habituée de ce type de reprise de la réalité de façon, précisément, à faire naître un certain mal-être, elle semble avoir franchi un pas de trop en imaginant le quotidien de l’ex-femme de son compagnon actuel… Surtout quand Christine Angot en profite pour en faire un joli portrait au vitriol.

Mais le cas Angot est loin d’être isolé. Patrick Poivre d'Arvor, avec Fragments d’une femme perdue est allé aussi un peu trop loin dans la mise en scène romancée de sa vie privée, racontant par le menu sa relation avec Agathe Borne.

Résultat, des deux côtés, les auteurs se retrouvent en justice pour violation de la vie privée. Outre-Atlantique, on retrouve le même phénomène avec la romancière Kathryn Stockett et son livre La couleur des sentiments. L’auteure y raconte l’histoire d’employées de maison noires. L’une d’entre elles, qui s’est reconnue derrière un des personnages du roman n’apprécie pas du tout le portrait que l’on a fait d’elle…