Dialogue auteur-éditeur, lecture publique, Sauramps : entretien avec Vincent Monadé

Antoine Oury - 28.03.2017

Edition - Société - Vincent Monadé CNL - Scelf lecture publique - CNL correcteurs


Le salon Livre Paris a mobilisé l'attention ces derniers jours, mais le monde du livre et ses débats ne se sont pas arrêtés pour autant. Nous avons rencontré Vincent Monadé, président du Centre national du livre, sur le stand du CNL, pour évoquer quelques-unes de grandes questions soulevées par l'interprofession : la situation des lecteurs-correcteurs, le dialogue éditeurs-auteurs, la taxation de la lecture publique ou encore l'affaire Sauramps.

 

François Hollande et Vincent Monadé à Livre Paris 2017 (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

ActuaLitté : Les lecteurs correcteurs ont manifesté jeudi soir à Livre Paris pour protester contre la dégradation de leurs conditions de travail. Le Centre national du livre peut-il apporter une aide ?

 

Vincent Monadé : C'est une situation socialement compliquée, mais pour le coup c'est totalement hors de nos missions et de notre rôle à ce stade. Il faudrait déjà que les correcteurs rencontrent le ministère et que ce dernier évalue si le CNL peut et doit intervenir. Pour le moment, ce n'est pas dans nos statuts, malheureusement pour eux.

 

J'ai bien compris que leur situation était difficile et précaire. La correction est nécessaire à un livre de qualité, bien édité, propre, sans faute. Mais ça relève plus d'une discussion d'abord, pour eux, avec le ministère.

 

On ne pourrait de toute façon pas aider les correcteurs en direct, car il y a tout un tas de champs de la correction qui nous échappent : nous n'aidons pas le roman français, le livre pratique et d'autres types d'ouvrages, et la correction concerne tous les champs de l'édition.

 

Le rapport sur l'application de l'accord entre éditeurs et auteurs sur le contrat d'édition à l'ère numérique évoque la possible mise en place d'une instance de dialogue, pensez-vous qu'elle soit nécessaire ?

 

Vincent Monadé : Une instance neutre, c'est toujours intéressant. Mais le dialogue entre auteur et éditeur, il est pérenne depuis qu'Antoine Gallimard et Vincent Montagne sont au SNE, je n'ai pas vu d'interruption. Il a conduit à l'accord sur le livre numérique, qui est maintenant dans le Code de la Propriété Intellectuelle.

 

Aujourd'hui, il y a des négociations qui sont encore en cours, dont une partie est en voie d'aboutir et l'autre est encore en discussion, je ne vois pas ce qu'une instance de dialogue instituée et institutionnelle pourrait faire de mieux par rapport au dialogue direct aujourd'hui entretenu entre le CPE, la SGDL et le SNE.

 

Le médiateur du livre a un périmètre déterminé par la Loi Lang, laquelle ne traite pas la question des auteurs, mais plutôt de l'aval de la chaîne que de l'amont. Si le législateur estimait qu'il pourrait aussi prendre en charge l'amont, cela ne serait pas aberrant qu'un médiateur du livre s'occupe de l'ensemble de la chaîne du livre.

 

La Scelf, Société civile des éditeurs de langue française, a récemment introduit la possibilité d'une taxe sur les lectures à voix haute. Cette approche vous semble-t-elle pertinente ?

 

Vincent Monadé : La Scelf ne propose pas de taxer, elle propose de récupérer un droit qui n'a jamais été récupéré. Dans certains cas, cela ne me choque pas que ce droit soit récupéré, comme pour des lectures musicales, des lectures où les gens payent pour y assister.

 

Je crois que la Scelf ne m'a pas semblé vouloir taxer l'heure du conte en bibliothèque, ce qui pour le coup serait parfaitement stupide. Mais il y a des discussions qui démarré entre la Scelf, les auteurs et, à terme, les organisateurs de manifestations, les diffuseurs, etc. Je pense qu'une solution sera trouvée, d'autant que la Scelf demande la perception d'un droit d'auteur qui est légitime.

 

Une exception sur l'heure du conte en bibliothèque, elle me paraît évidente, bien sûr.

 

L’affaire Sauramps a récemment agité le monde de la librairie : quel regard porte le CNL sur ce cas ?

 

Vincent Monadé : Le CNL avait proposé aux deux potentiels repreneurs, Benoît Bougerol et Matthieu de Montchalin, le même prêt à taux 0 à hauteur d'un million d'euros, compte tenu de l'importance du rachat, en disant : « Celui qui sera choisi par l'actionnaire ou par l'administrateur ad hoc alors nommé aura ce soutien du CNL. »

 

Nous n'avons pas plus favorisé l'un que l'autre, les deux avaient le même engagement du Centre dans l'accompagnement d'une librairie qui est extrêmement importante. Les deux dossiers avaient des plans de financement crédibles, qui devaient être bouclés tous les deux. Le choix, lui, était celui des actionnaires.