Dialogues désaccordés : le livre de Soral et Naulleau retiré des librairies

Nicolas Gary - 19.02.2016

Edition - Justice - Dialogues désaccordés - Soral Naulleau - éditeur librairie


Le livre réunissait deux personnes que l’on aurait cru trop différentes pour avoir un dialogue. D’ailleurs, Dialogues désaccordés semblait bien porter son titre : Éric Naulleau et Alain Soral, c’était tout un programme. Paru le 7 novembre 2013, le livre est aujourd’hui presque oublié. Presque : une décision de justice ne laisse à l’éditeur aucun autre choix que de retirer l'ouvrage de la vente. 

 

 

 

Dans un courrier type envoyé aux libraires, la maison Hugo & Cie annonce qu’une « décision de justice nous oblige, sous peine d’astreinte, à vous demander de cesser immédiatement la commercialisation de l’ouvrage ». Daté du 16 février, le courrier a eu son effet, puisque l’on ne trouve plus aucune trace de l’ouvrage sur les sites marchands. 

 

Selon nos informations, la cour d’Appel de Paris a en effet condamné Alain Soral à retirer le livre de la vente, et verser 17.000 € à Pierre Bergé. Ce dernier avait intenté un procès pour les propos tenus à son encontre dans l’ouvrage coécrit avec Éric Naulleau. Selon la plainte, Alain Soral se serait rendu coupable de diffamation en évoquant l’orientation sexuelle de Pierre Bergé. L’essayiste avait en effet évoqué tout à la fois l’homosexualité et la pédophilie, le tout associant le nom de l’homme d’affaires. 

 

Une première condamnation était intervenue lorsque, le 12 mai 2015, le tribunal correctionnel de Paris avait sanctionné l’ouvrage, réclamant que des passages soient supprimés. Au cours de l’audience du 11 février, la cour d’appel a confirmé le verdict, avec cette fois pour conséquence l'arrêt de la commercialisation. 

 

« Réunir deux esprits libres, cultivés et batailleurs comme Éric Naulleau et Alain Soral pour débattre du “pourquoi vote-t-on Front national ?” relevait de la gageure. En effet, difficile de cantonner deux hommes aussi impliqués dans leur époque à cette simple question, alors que la réponse englobe de multiples facteurs et renvoie à deux visions du monde opposées. 

 

Chacun étayant ses propos d’une solide culture qui donne à ses Dialogues désaccordés — ce Combat de Blancs dans un tunnel — des accents de match de boxe de légende où les deux combattants se rendent coup pour coup avec intelligence et noblesse. Avec ces échanges virils mais corrects, Naulleau et Soral redonnent un vrai sens au débat public. Chacun d’entre nous se voit amené à affronter ses contradictions et ni l’un ni l’autre ne laisse la place à cette mollesse de connivence tellement de notre époque », écrivait Franck Spengler, l’éditeur, en introduction.

 

Reflet d'une société, celle du “désintérêt”

 

Les libraires sont invités à retourner les exemplaires qu’ils auraient stockés au distributeur Interforum. Et le plus vite sera nécessairement le mieux. « Nous disposons d’un mois, selon la décision de justice », précise Franck Splenger à ActuaLitté. Et d'ajouter que le livre avait été coédité avec les éditions Blanche, dont il assure lui-même la direction éditoriale. « Le livre n’est d’ailleurs pas à proprement parler interdit : la justice nous demande simplement de supprimer le passage. Mais nous n’allons probablement pas corriger à la main tous les livres actuellement commercialisés. »

 

Selon lui, il ne doit pas rester des milliers d’exemplaires dans les librairies. Dans le même temps, il considère la décision comme « extrêmement sévère, pour des propos d’une banalité affligeante. C’est le reflet de ce que notre société est en train de devenir. Chaque élément critique ou acerbe est frappé : dans ce cas, on a pris un marteau-piqueur pour taper un moucheron ».

 

L’éditeur souligne que l’on cherche « vraiment à dégommer Soral, pour des raisons que je n’ai pas à juger. Sauf qu’entre l’homme des vidéos et celui du livre, cela n’a rien à voir. Alors on tape au porte-monnaie. »  

 

Et de déplorer, surtout, le désintérêt contemporain. « Voilà encore 20 ans – et je peux le dire, parce que je suis éditeur depuis bien plus longtemps –, toute la profession aurait rué dans les brancards. Même si elle avait été en désaccord avec les propos tenus, elle aurait brandi la liberté d’expression. Aujourd’hui, c’est le désintérêt, qui s’impose comme un état d’esprit général. »

 

 

 

Un esprit général qui ne manque pas d’exciter la cupidité : certains proposent déjà le livre, sur la marketplace d’Amazon pour 460 €. Un autre exemplaire est proposé à 2097,12 €