Diane de Selliers : Lettre ouverte sur l'article de la Braderie des Beaux Arts

Clément Solym - 22.11.2011

Edition - Société - Braderie - Diane de Selliers - beaux livres


Suite à la publication de notre enquête sur la Braderie de beaux livres qui se tient à l'École nationale supérieure des Beaux Arts, l'éditeur Diane de Selliers, évoqué dans notre article, a décidé de répondre. Voici, en droit de réponse, son courrier, reçu à l'instant.

 

 

Lettre ouverte à Monsieur Nicolas Gary, à la suite de la publication de l'article « Braderie de beaux livres aux beaux-arts, ou la problématique vente directe » (Actualitte.com, 9 novembre 2011)

Cher Monsieur,

Le SNE nous a transmis l'article que vous avez écrit le 9 novembre dernier à propos de la braderie de beaux livres aux Beaux-Arts, à laquelle nous participons depuis qu'elle a été ouverte aux éditeurs privés.

Cette braderie est pour nous l'occasion de vendre des livres dits défraîchis, c'est-à-dire :
- les livres présentant un défaut de fabrication : même si la fabrication de nos ouvrages est l'objet d'un soin extrême porté par l'imprimeur et le relieur, quelques exemplaires peuvent  présenter des défauts de fabrication (cahiers reliés à l'envers, feuilles pliées ou déchirées, coffret mal assemblé etc). Ces ouvrages sont donc invendables en librairie mais nous ont cependant été facturés par l'imprimeur.
- les livres abîmés pendant leur transport vers le libraire, ou au sein de la librairie : il arrive que des coffrets soient endommagés au cours du transport, ou que le livre reçoive un choc qui laisse des traces le rendant invendable.
- les livres défraîchis à la suite de leur présentation au sein des librairies : pour bien vendre, le libraire défilme les livres, laisse ses clients les manipuler. Cela est normal, mais après quelques mois sur les tables certains ouvrages nous reviennent avec des traces de doigts sur les pages, des reliures ramollies à force de manipulation etc.
- les livres détériorés en librairie : il arrive aussi qu'un livre subisse une détérioration anormale mais que nous sommes forcés d'assumer financièrement : traces de cutter sur les couvertures et les coffrets à la suite d'une ouverture pour le moins brutale du carton d'emballage, codes barre et autres étiquettes antivols collés à même le coffret etc. Nous avons même vu des exemplaires qui reviennent de librairie avec des tâches de café ou de gras...

 



Nous stockons aujourd'hui chez notre distributeur 180 ouvrages retournés par les libraires au cours des derniers mois et présentant de tels défauts. Les pilonner représenterait une perte importante compte-tenu de leur coût de fabrication. De plus nous ne pouvons nous résoudre à pilonner ces livres, sachant qu'ils peuvent avoir une autre vie en dehors de la librairie. Nous n'avons donc jamais pilonné un seul livre.
Que faisons-nous de ce stock ?
Il nous permet de répondre favorablement aux libraires qui souhaitent recevoir des exemplaires de démonstration.
D'autres livres sont découpés pour concevoir des éléments de vitrine ou d'exposition, à l'attention des libraires.
Nous envoyons quelques exemplaires à des éditeurs à l'étranger, dans le cadre de nos recherches de coéditions.
Mais cela représente peu d'exemplaires au regard du stock existant.
La braderie est pour nous l'occasion de faire connaître et de proposer nos livres à des lecteurs moins fortunés, souvent des étudiants.

Les habitués de la braderie savent que nous ne vendons que des livres réellement abîmés, et certains visiteurs nous le reprochent même, s'attendant à trouver à cette occasion des livres neufs soldés. Ce n'est pas la conception que nous avons de cet événement ni de notre métier. Au contraire nous sommes particulièrement conscients du risque que représenterait, non seulement pour la librairie mais aussi pour notre image, la vente de livres neufs à prix bradés.

Aussi nous regrettons beaucoup de faire partie des deux seuls éditeurs cités dans votre article. Nous nous retrouvons ainsi injustement assimilés au « franc foutage de gueule » dénoncé par les libraires que vous avez interrogés.
Nous estimons donc que la citation de notre nom dans votre article nous porte un préjudice injustifié, et nous vous remercions de le corriger en conséquence.

Une question reste ouverte car si nous comprenons le point de vue des libraires, nous souhaitons qu'à leur tour ils comprennent le nôtre : comment pouvons-nous donner une seconde vie à nos livres d'art ayant nécessité des investissements de temps, de cœur et financiers importants mais qui ne peuvent plus être proposés neufs ? Le seul recours de ces livres devrait être le pilon ? Quelle solution intermédiaire pourrait-on imaginer, libraires et éditeurs ensemble ?

Je reste à votre disposition et vous prie de recevoir, Cher Monsieur, mes sincères salutations.

Diane de Selliers

 

 

'ActuaLitté' n'a pas vocation à avoir sa langue dans sa poche, et manifestement, l'éditeur nous en tient rigueur. Cependant, la Rédaction lui sait gré de son intervention, et de la volonté de nous préciser ce que sont les défraîchis. Ou de la peine qu'elle peut avoir à envoyer des ouvrages au pilon. Nous ne manquerons pas de vérifier ce point. Cependant, par souci d'honnêteté, nous avons apporté à notre article un lien pointant vers sa réaction.

 

Néanmoins, Diane de Selliers se trompe manifestement de colère. Qu'elle regrette d'avoir été l'une des deux maisons citées est une chose, mais elle l'est dans le cadre des propos que nous avons pu recueillir. Et à ce titre, il faudrait peut-être envisager inversement le problème : si le nom de la maison est ressorti immédiatement dans la bouche de notre interlocuteur, pourtant un professionnel, faut-il s'inquiéter ? Pourquoi le nom de la maison vient si rapidement à l'esprit ?

 

Rançon du succès, du fait que la maison soit réputée pour ses ouvrages ? C'est tout aussi possible...


Cependant, sur les problématiques de la loi Lang, l'absence de libraires et ainsi de suite, nulle réponse n'est faite. Et là, c'est notre rédaction qui le regrette...


Dans tous les cas, 'ActuaLitté' ne manquera pas de venir faire constater la réalité des propos de l'éditeur.

 


Pour le reste, nous l'invitons à prendre connaissance des propos de Pascale Le Thorel, qui a les mêmes interrogations qu'elle. La président du groupe des éditeurs de livres d'art et de beaux livres du Syndicat national de l'édition nous expliquait en effet : « Bien sûr, nous sommes à la marge avec cette braderie, mais encore une fois, ce n'est qu'un week-end par an. Et les gens qui viennent à cette braderie sont avant tout des personnes qui s'intéressent au livre d'art, pas des gens venus faire des soldes. »