Didier Grevel: "L'ADELC n'a pas de critères, mais des dossiers"

Antoine Oury - 07.06.2013

Edition - Librairies - ADELC - fonds de soutien à la librairie - Syndicat national de l'édition


L'annonce a fait grand bruit depuis ce week-end, et les attentes sont à la hauteur : sur la base d'une contribution volontaire des éditeurs, le Syndicat national de l'édition va mobiliser 7 millions € pour aider la librairie française indépendante. Une somme qui pourra être allouée aux commerces pour toutes sortes d'opérations, de la rénovation à la reprise d'une librairie.

 

 

Vincent Montagne, Président du Syndicat National de l'Édition, annonce la mobilisation de 7 millions d'euros lors des Rencontres nationales de la librairie à Bordeaux, le 2 juin 2013

 

 

Et c'est l'ADELC, l'Association pour le DEveloppement de la Librairie de Création, qui hérite de la gestion et de la répartition de cette somme, qui vient s'ajouter aux fonds que cette entité créée par les éditeurs de littérature générale gère habituellement. Les 7 millions € sont donc un montant prévisionnel, qui dépendra de la mobilisation des éditeurs du SNE. Aurélie Filippetti ajoutait à l'annonce de Vincent Montagne :

J'ai bien entendu que les contributions seront volontaires, je sais que les discussions sont vives et je tiens à respecter les voeux des acteurs puisque c'est votre responsabilité qui doit primer.

Mais je serai très attentive à ce que le niveau des contributions soit à la hauteur des objectifs exprimés. Si tel n'était pas le cas, évidemment, il reviendrait au gouvernement de rendre la contribution obligatoire par la loi comme cela existe dans le domaine de l'agriculture avec des contributions volontaires obligatoires. [à partir de 21:08]

 

Pour le moment, l'argent reste à collecter, selon des modalités qu'il faudra également définir au sein du SNE, vraisemblablement pour l'assemblée générale du 27 juin. Mais la somme, si elle n'est pas réunie, semble définitivement arrêtée à 7 millions €, un chiffre qui découle directement de la « générosité des éditeurs », couplée à une baisse de la TVA sur le livre, au 1er janvier 2014 de 5,5 % à 5 %. 

 

En effet, supposons que les éditeurs aient fait le calcul suivant : soit un nombre X de libraires indépendants membres du SLF, et soit Y le fameux delta entre la TVA à 5,5 % et celle à 5 %. Quel serait alors le montant qui pourrait être redistribué sous la forme d'une aide, versée à l'Adelc. Il semble que la réponse tourne autour... de 7 millions €.

 

"Nous agirons sans critères définis, au cas par cas" 

 

Ces 7 millions constituent un nouveau moyen d'aide en faveur des librairies indépendantes : ou plutôt, comme le souligne l'intitulé de la structure, des « librairies de création ». Une formule qui couvre les librairies de littérature générale, indépendantes « ou qui pourraient le devenir par notre aide », souligne Didier Grevel, délégué général de l'ADELC. Mais aussi les librairies spécialisées jeunesse, étant donné leur travail de sélection qui se rapproche de celui d'une librairie de littérature générale.

 

Ainsi, les reprises des librairies du groupe Chapitre pourraient faire partie des prérogatives de l'ADELC, et une demande de ce type a déjà été déposée récemment, souligne Didier Grevel. L'ADELC pourra intervenir pour des cas qui vont de l'agrandissement au déménagement, en passant par la rénovation ou la restructuration de fonds propres. La transmission des commerces en fait également partie, « une mission nouvelle, mais de plus en plus importante ».

 

Ici également, les modalités des interventions sont à définir d'ici 2014 et le déblocage concret du fonds : « On ne va pas révolutionner la façon dont l'ADELC intervient, mais il faudra discuter, au niveau du conseil d'administration, du mode opératoire que nous appliquerons. » Vraisemblablement, les sommes prêtées seraient donc remboursables sur un délai relativement long (les périodes vont de 5 à 8 ans pour les aides actuelles), et à taux zéro, ce que l'on appelle dans le jargon un « apport en compte courant non rémunéré ».

 

Concrètement, un libraire qui souhaite bénéficier d'un soutien contacte directement l'ADELC, et lui soumet son problème : « Juste à l'instant, j'ai reçu l'appel d'un libraire qui est implanté depuis longtemps et pour lequel tout va bien. Un grand magasin culturel va ouvrir dans sa ville, il nous sollicite donc pour l'accompagner. » 

 

Matthieu de Montchalin, du Syndicat de la Librairie Française, l'avait répété au micro d'ActuaLitté : « Soyez certain que le SLF va être très vigilant sur la façon dont les choses vont se mettre en place » [à partir de 4:18], et l'ADELC entend bien conserver son mode de fonctionnement habituel. « Du cas par cas, cela signifie que pour chaque dossier nous tenons compte de la ville, de la concurrence des autres commerces, de l'ambiance commerciale, notamment avec des déplacements sur place... Tous ces éléments qui font que, même si une librairie n'est pas un commerce comme les autres, elle reste un commerce », termine Didier Grevel.

 

Compléter les missions, et chacun les siennes

 

On l'aura compris, la dénomination « librairie de création » est suffisamment nébuleuse pour couvrir pas mal d'établissements : « On a aussi aidé des librairies de littérature générale dans l'idée d'être plus des librairies de création, on a toujours tenté de les faire évoluer qualitativement » souligne Didier Grevel, en rappelant la distinction de Jérôme Lindon entre créateurs de son (les libraires qui participent à la renommée d'un titre) et amplificateurs de son (ceux qui relaient la renommée acquise d'un titre).

 

Chaque établissement aura donc sa chance, sans passage obligé : le label LIR (Librairie de Référence) n'ouvrira pas un droit à lui seul, même les librairies l'ont apposé sur leur vitrine, en général. « L'ADELC n'a pas et n'aura pas de grilles d'aide », souligne Didier Grevel.

 

Parallèlement aux 7 millions €, les fonds habituels seront collectés sur le même mode opératoire : les adhérents versent une cotisation par rapport à leur chiffre d'affaires, tandis que les donateurs choisissent évidemment le montant de leur versement, indépendamment de leurs activités. Par ailleurs, l'IFCIC, et son fonds de soutien à la trésorerie des librairies, travaillera de concert avec l'Adelc, mais sur un plan différent. À l'Adelc les actions sur le long terme, à l'Ifsic les urgences de trésorerie.

 

Pour Didier Grevel, la bonne répartition des fonds disponibles se fera quasi naturellement vers les établissements qui en ont besoin : « Mollat ne nous a jamais demandé d'intervenir. La répartition se fera dans l'intérêt de tous : je crois qu'il est important que La Machine à Lire existe pour Mollat, et que Mollat existe pour La Machine à Lire. »