Dieudonné : Le livre de ses avocats distribué à l'Assemblée nationale

Nicolas Gary - 24.09.2014

Edition - Société - Dieudonné Manuel Valls - affaire État - Cahuzac fiscal


Dieudonné n'est peut-être pas un humoriste, peut-être pas un politique, mais, dans tous les cas, il est devenu un personnage public, et un vif centre d'intérêt. Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, avait tenté de mobiliser les moyens à la disposition de la République, pour faire taire l'intermittent. Une lutte qui était devenue toute politique, personnelle, et qui, finalement, virait à l'affaire d'État.

 


 

 

Depuis sa nomination au poste de premier ministre, Manuel Valls semble avoir oublié jusqu'à l'existence de Dieudonné, mais les avocats de ce dernier entendent bien se rappeler au bon souvenir de l'ancien ministre. Dans son sillage, Valls avait emporté Aurélie Filippetti, qui avait vivement soutenu la démarche, considérant que la circulaire alors émise par Manuel Valls représentait une solution pour « arrêter la propagande négationniste de Dieudonné ». Et d'ajouter :  

« Il était important que le gouvernement puisse agir de manière rapide et déterminée. Sinon, c'était la prolifération. Les maires aussi avaient besoin de l'aide de l'État. Le ministre de l'Intérieur a bien fait de leur donner les moyens juridiques d'agir. » (voir notre actualitté)

De même, les propriétaires du théâtre de la Main d'or, où il se représentait, avaient tenté de le faire expulser. Bref, Dieudonné était parvenu à liguer une bonne partie du public contre lui, tout en s'assurant de mobiliser plus encore les troupes qui lui apportaient un plein soutien. 

 


 

Dans un communiqué diffusé ce jour, Me David de Stefano, fiscaliste, et Me Sanjay Mirabeau, spécialiste de droit pénal, reviennent donc sur une partie de l'affaire. Peu après la circulaire, il y avait eu

le jugement précipité du Conseil d'État interdisant le spectacle « Le Mur » a créé un précédent inquiétant dans la jurisprudence française, laissant magistrats et politiques dicter l'humour, le comique et le bon goût. La patrie des droits de l'homme et de la liberté de pensée va-t-elle basculer dans la censure à cause d'une « quenelle » ?

Dans leur ouvrage, publié le 22 septembre aux éditions Xenia, et qu'ils annoncent en rupture de stock, les deux avocats « confirme[nt] l'échec de cette agression et révèlent les mensonges du premier ministre ». Ils soulignent que Manuel Valls avait « pris en otage le gouvernement et les Français, pour tenter de détruire, par tous les moyens, la vie professionnelle et la vie personnelle de l'humoriste Dieudonné ».

 

De la lecture pour l'Assemblée nationale

 

Et le livre prétend, preuves à l'appui, bien entendu, démontrer que « Dieudonné est un contribuable exemplaire, qui n'a strictement aucune dette auprès du fisc, et qu'il a même bénéficié d'un cadeau fiscal de 200.000 euros, de la part des ministres du Budget, Jérôme Cahuzac et Bernard Cazeneuve, au moment même où la majorité de la classe politique, Manuel Valls en tête, l'accusait d'être un délinquant fiscal ». 

 

Il y a certainement un petit problème de date, dans cette assertion, puisque M. Cahuzac a quitté son poste en mars 2013, quand la circulaire de Valls remonte à janvier 2014.  

 

Le livre a dans tous les cas été remis aux 577 députés de l'Assemblée nationale, mais également signifié au Président de la République, au premier ministre ainsi qu'au Garde des Sceaux et au ministre de l'Intérieur. « Nous demandons la création d'une commission d'enquête parlementaire sur le traitement de l'affaire Dieudonné par les services de l'État », assurent les avocats.

 

Ils garantissent que la parution de l'ouvrage a « déjà permis de faire reculer les procédures abusives contre [leur] client, notamment celles de la LICRA, qui s'est désistée en pleine audience des référés, le mardi 23 septembre 2014 ».  

 

La rupture de stock est évidemment problématique, pour la diffusion d'un ouvrage que l'on présentait comme une bombe atomique contre le gouvernement. Une version numérique aurait, évidemment, permis de pallier cette défaillance, mais cela n'a manifestement pas traversé l'esprit des avocats. Or, selon les informations fournies par les relevés Edistat, il se serait écoulé à cette date 22 exemplaires du livre. Ce qui, ajouté à ceux remis aux 577 députés, porterait à près de 600 le nombre de ventes du livre – sinon de livres en circulation. Sachant que l'on compte également 348 sénateurs, on aurait pu arriver à 1000 exemplaires, tout à fait honorable pour un premier roman...

 

Les éditions Xenia n'étaient pas disponibles pour apporter de commentaire.