Diffuser les livres au-delà des frontières : l'urgence de la médiation

Nicolas Gary - 27.04.2017

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Diffuser le livre au-delà des frontières, l’enjeu est de taille pour toute maison. Si la cession de droit est devenue une véritable nécessité pour les maisons d’édition — en ce qu’elle compense des revenus en berne — le travail de communication sur les titres est essentiel. Mathias Echenay, consultant pour Axiales, et Max Prieux, directeur de la diffusion Nathan - Le Robert, étaient plutôt d’accord sur ce principe.

 


 

L’édition a évolué, changé, muté : voilà 20 ans encore, l’unique canal de diffusion des livres était celui de la librairie. « Désormais, une multitude de canaux existent, favorisant la bibliodiversité et l’enrichissant », indique Mathais Echenay. Intervenant dans le cadre des journées professionnelles du Salon du livre de Genève, il note : «Aujourd’hui, la médiation que fut le diffuseur — une position entre l’éditeur et les libraires — est devenue plus difficile à assumer. »

 

Et pour cause : les phénomènes de concentration qui touchent l’édition ont eu pour conséquence de priver des maisons de petite taille de partenaires pour travailler correctement en librairie. Mais de quoi parle-t-on exactement, avec la diffusion ? « Deux choses cohabitent : le métier de diffuseur, qui passe notamment par les représentants et concerne l’interprofession. L’autre diffusion, c’est la disponibilité des informations et des livres », poursuit-il.

 

La diffusion des livres, écho de l’activité même de l’édition, se porte pourtant bien, souligne Max Prieux : « La lecture résiste, malgré les sollicitations des nouveaux médias. En ce sens, la diffusion va bien, parce que l’édition va bien. Cependant, tout est loin d’être simple : les clients sont devenus internationaux, comme avec Amazon, et impliquent une diversification, donc des problématiques plus complexes. »

 

Chercher à s’étendre par-delà les frontières est presque devenu une nécessité pour les éditeurs. « Les frontières de la librairie, nous les avons franchies lorsque la grande distribution est entrée dans la partie », rappelle Max Prieux. « À ce titre, le livre reste un produit magique, parce que le lecteur devenu consommateur — une créature fondamentalement infidèle — aime retrouver les livres partout. » 

 

La diversité des publications fait qu’aujourd’hui, « il n’y a plus de raison pour ne vendre qu’en librairie : les chaînes de magasins de bricolage, les supermarchés, les boutiques d’outillage… le livre est devenu un compagnon que l’on retrouve partout ».
 

"Les lecteurs doivent savoir où aller"

 

Dans le même temps, cette édition francophone, qui voilà 30 ans était gouvernée par les éditeurs français, a vécu une professionnalisation importante. « La croissance de la langue française sur le continent africain, le travail des éditeurs au Québec : les exemples peuvent se multiplier. Dans tous les cas, l’édition ne se résume plus aux éditeurs français. »

 

Mathias Echenay abonde : le modèle actuel de la diffusion va vers un modèle de globalisation. « Les informations sont disponibles partout dans le monde, et en ce sens, l’éditeur doit arriver à les valoriser, à se distinguer des autres. » La concurrence en devient plus difficile à affronter, d’autant plus que le système contemporain de ventes tend à faire surgir des best-sellers. « Revenir à la librairie, c’est remettre le médiateur au cœur de tout, et travailler aux moyens qui permettent de mieux toucher et faire lire. »

 

Et à ce titre, toute librairie qui disparaît impacte la chaîne du livre, dans son ensemble. 

 

Les regards se tournent alors assez facilement vers Amazon, tueur de librairies. « Récemment, la société américaine nous a proposé de passer par leur outil d’impression à la demande : il nous suffirait de leur confier les fichiers, et ils nous garantissent une disponibilité permanente des livres », reprend Max Prieux. « Mais que feront-ils avec les fichiers ? »

 

Dans un monde où « Fnac, mariée avec Darty, veut industrialiser la vente de livres, on s’interroge sur les schémas qui se profile ».

 

La qualité de la médiation, dans la diffusion des livres, reste primordiale. « Les lecteurs doivent savoir où aller, pour trouver des livres de qualité. La longue traîne d’Amazon fonctionne pour des fonds anciens, mais n’a pas d’incidence sur les livres dont la commercialisation est discrète. »