Québec : dans l'industrie du livre, un douloureux conflit s'achève enfin

Nicolas Gary - 23.05.2015

Edition - Librairies - Renaud Bray - librairies Québec - conflit Dimedia


Cela n'étonnera personne : alors que les établissements Renaud-Bray sont sur le point de racheter les magasins Archambault, au groupe Québecor, le Bureau de la concurrence a été saisi. Or, l'Union des écrivains réclamait qu'avant une hypothétique validation de ce rachat, le conflit opposant le libraire à son distributeur prenne fin. Et voici que la magie opère...

 

 

 

Dans un message des deux sociétés, nous apprenons que Renaud-Bray et Diffusion Dimedia « sont venues à une entente à l'amiable », qui fait suite au litige qui a débuté mi-avril 2014.

 

« Dimedia reprendra le service sur les comptes de Renaud-Bray le 25 mai 2015. Ainsi les clients de Renaud-Bray pourront retrouver dans les différentes succursales l'ensemble de la production éditoriale figurant au catalogue de Dimedia », précisent-ils.

 

Renaud-Bray avait en effet choisi de déduire les sommes des invendus, des montants qu'il devait verser. La pratique traditionnelle est d'attendre un crédit, opéré par le distributeur. Cependant, ce mode de remboursement n'est pas inhabituel : d'autres chaînes comme Walmart ou Target le pratiquent sans peine, certes, mais non sans conséquence. « Soit cela fragilise le distributeur, soit celui-ci se tourne vers l'éditeur et le fragilise à son tour », expliquait alors Pascal Assathinay, PDG de Dimeda.

 

En réaction, Dimedia avait décidé de couper l'approvisionnement en livres – et notamment, n'arrivaient plus les ouvrages du Seuil. Or, selon la loi, il incombe au libraire de choisir un distributeur exclusif s'il souhaite pouvoir profiter des options apportées par les marchés publics. Pour contourner la situation, RB avait alors puisé à d'autres ressources. 

 

Le règlement s'est donc déroulé à l'amiable, mais avait mal commencé : en juin 2014, Dimedia tentait de passer par une injonction du tribunal, mais je juge avait refusé tout net, parce que justement, Dimedia avait, durant 60 jours, refusé de prendre les commandes du libraire. 

 

La réaction ne s'était pas fait attendre : Renaud-Bray prenait l'option d'une communication musclée, et alimentait ses libraires en livre, logiquement exclusivement distribués par Dimedia, via d'autres canaux. De quoi jeter un peu plus d'huile sur le feu. 

 

Blaise Renaud affirmait : « Vous avez des distributeurs qui se rémunèrent en important 80 % de la production de masse de la France. D'un autre côté, on essaie de développer à grands coups de subventions l'édition québécoise. Est-ce qu'on peut avoir une réflexion soutenue, profonde ? Le problème vient encore une fois des distributeurs qui touchent des royautés sur l'importation des livres français. Plus ils en importent, plus ils en placent, plus ils font de l'argent — et même s'ils traitent des retours ensuite, ils s'en foutent parce qu'ils font de l'argent là-dessus aussi. » 

 

Bref, le différend est passé, les deux parties considèrent aujourd'hui que la nouvelle est excellente pour le secteur du livre québécois. « Comme c'est le cas dans ce type de règlement, les parties ne feront aucun commentaire. » De toute manière, l'histoire de se conflit se passe déjà de commentaires.