Discours du Nobel Le Clezio : Internet aurait tenu Hitler en échec

Clément Solym - 10.12.2008

Edition - Société - Nobel - Clezio - internet


On ne se souvient que trop bien des paroles de Doris Lessing à l'égard d'internet, décrié pour son inanité et qu'elle réprouvait parce que « la culture se fragmente et se spécialise à outrance, notamment dans le domaine informatique ». Le Clézio a tenu un discours fort différent au sujet du net.

Hitler stoppé par Internet

Dimanche dernier, alors qu'il était à l'Académie suédoise, il a eut cette parole, presque porteuse d'espoir à l'égard de la toile que rapporte l'Associated Press : « Qui sait, si l'internet avait existé à cette époque, peut-être que le complot criminel d'Hitler n'aurait pas réussi. Le ridicule aurait empêché ce projet de voir le jour. »

L'Holocauste foudroyé par le net, en ce qu'il aurait pu dévoiler tout le ridicule de ce projet... cela laisse rêveur. Et étonnamment optimiste. C'est surtout que pour le Nobel de littérature, cette source d'informations constante que représente internet n'aurait probablement pas pu passer à côté d'une telle machination. Il a poursuivi en rappelant que si posséder un ordinateur était encore un luxe, la lutte contre la faim et l'analphabétisme doivent être les priorités de l'humanité. Les deux sont d'ailleurs profondément liées.

Le ridicule n'a pas tué

Cependant, ridiculisé, Hitler le fut, par Charlie Chaplin, personne ne peut l'oublier. Et il ne faudrait pas oublier que dans plusieurs pays, comme la Chine, l'usage du net est soumis à un contrôle sévère sans que l'on puisse rien y faire, semble-t-il. Enfin, on n'oubliera pas qu'avec les moyens de l'époque, un certain Joseph Goebbels avait su manipuler l'information et la propagande comme jamais. Alors avec les possibilités qu'offre internet... C'est d'ailleurs en maîtrisant des moyens de communication déjà moderne qu'Hitler a en partie réussi à accélérer son accession au pouvoir.

Qui sait, si effectivement l'accès à Internet, aux livres, aux connaissances qui y résident aurait effectivement pu briser les bases de la solution finale et si aujourd'hui, il est possible d'empêcher l'accès au pouvoir d'un dictateur ?

Probablement personne. Mais l'envisager est déjà un premier pas.