Disparition de Claude Durand, 'défenseur infatigable de ses auteurs'

Antoine Oury - 07.05.2015

Edition - Les maisons - Claude Durand - décès éditeur - Fayard Hachette Livre


L'écrivain et éditeur Claude Durand, qui fut notamment PDG de la maison Fayard (Hachette Livre) entre 1980 et 2009, est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi, à l'âge de 76 ans, à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Figure de l'édition française, il a notamment participé à la diffusion des écrits de Gabriel Garcia Marquez, Alexandre Soljenitsyne ou Michel Houellebecq.

 

 

Claude Durand-Nancy 2011.jpgClaude Durand à Nancy, en 2011 (Ji-Elle, CC BY-SA 3.0)

 

 

Né le 9 novembre 1938 à Livry-Gargan, Claude Durand commence sa carrière comme instituteur à l'âge de 19 ans. Rapidement, après l'envoi d'un manuscrit, il devient lecteur aux éditions du Seuil en 1958, et, 7 ans plus tard, est à la tête de la collection « Écrire », créée en 1956 par Jean Cayrol. La collection « Combats », sa création personnelle, lui permettra de tisser des liens avec les auteurs d'Amérique du Sud et des pays de l'Est de l'Europe.

 

Deux livres, véritables coups d'éclat, deviendront des références de travail d'éditeur : Durand publiera en effet Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez et L'Archipel du Goulag d'Alexandre Soljenitsyne, respectivement en 1967 et 1973. Inutile de souligner que le succès est au rendez-vous.

 

Pendant deux ans, entre 1978 et 1980, il sera PDG des éditions Grasset, avant de passer chez Fayard, au même poste. Il ne quittera ses fonctions qu'en 2009. 

 

En tant qu'auteur, Claude Durand publie La Nuit zoologique, lauréat du Prix Médicis 1979, aux éditions Grasset qu'il dirige alors. En 2010, il publiera un deuxième roman, J'aurais voulu être éditeur, sous le pseudonyme de François Thuret chez Albin Michel. Il n'est toutefois pas difficile à démasquer : il signe alors lui-même la postface de cet ouvrage. D'autres titres suivront, chez Albin Michel, ainsi qu'un roman chez Fallois. Agent de Soljenitsyne, sorti en 2011 chez Fayard, revient sur sa correspondance avec l'écrivain russe.

 

En tant que traducteur, parfois en duo avec son épouse, il signe les versions françaises de Isabel Allende, Jorge Semprún, Alan Sillitoe... « En octobre 2013, il fait partie des dix-neuf signataires de “Touche pas à ma pute ! Le manifeste des 343 salauds” pour protester contre les sanctions qui pourraient toucher les clients des prostituées », rappelle Wikipédia. En novembre 2013, il avait proposé sa candidature à l'Académie française, rappelle L'Express, sans être retenu.

 

Claude Durand a été promu commandeur de la Légion d'honneur le 14 juillet 2014. 

 

Dans un communiqué officiel, François Hollande a salué le grand éditeur qui « a façonné pendant 50 ans le paysage littéraire et intellectuel à travers ses choix sans concession, contre tous les pouvoirs et à rebours du conformisme ». 

Les livres étaient sa vie : infatigable lecteur, redoutable éditeur mais aussi écrivain talentueux couronné du prix Médicis. Traducteur de Cent ans de solitude, il a aussi été l'un des premiers à révéler Alexandre SOLJENISTYNE en Europe. C'est avec le livre qu'il a défendu la liberté et la culture.

Claude DURAND, ancien instituteur, avait une conception élevée de la République. De ses valeurs. De son message. De sa promesse. Elle signifiait pour lui : faire lire au plus grand nombre les plus beaux livres.

Par un communiqué, Arnaud Nourry, PDG de Hachette Livre, a salué la mémoire de Claude Durand : « Découvreur de talents hors pair, défenseur infatigable de ses auteurs, mais aussi homme de “coups” au flair légendaire, Claude Durand restera comme une des grandes figures de l'édition française de ces quarante dernières années. Jusqu'à la fin, il a continué à faire profiter Fayard de son expérience et de ses contacts, et à travailler au quotidien avec ses auteurs. La littérature française et le groupe Hachette Livre lui doivent beaucoup. »

 

Mise à jour 13h45, 07/05 :

 

Fleur Pellerin a rendu hommage à son tour à l'éditeur disparu :

Celui qui dirigea pendant près de trente ans les éditions Fayard était un esprit libre, un incomparable lecteur qui savait défendre avec passion les auteurs qu'il aimait, jusqu'à les faire connaître et aimer du plus grand nombre. L'éditeur, à qui l'on doit notamment la parution en France de L'archipel du goulag, le traducteur de Gabriel García Márquez et de Jorge Semprún, ne doivent pas faire oublier l'écrivain qu'il était également, couronné du prix Médicis en 1979.

 

Le grand découvreur de talents possédait lui aussi une très belle plume. Claude Durand aura ainsi eu le bonheur de pouvoir servir la littérature de toutes les façons possibles. Pour reprendre un titre de Julien Gracq : « En lisant, en écrivant ».

 

J'adresse mes sincères condoléances à sa famille et à ses proches.