Disparition de la Librairie de France à Manhattan ?

Clément Solym - 12.03.2008

Edition - Société - Librairie - française - New-York


« Au centre du monde se trouve New York. Au centre de New York se trouve le Rockefeller Center. Au centre du Rockefeller Center, au coin de la 5e Avenue, se trouve la Librairie de France », écrivait Jacques Folch-Ribas en 1997. Mais cet établissement fondé en 1935 risque bien de disparaître à la fin de l’année 2009, date de la fin du bail actuel.

Un lieu reconnu dans un quartier qui ne l'est pas moins :

Cette échoppe célèbre nous rappelle que le Rockefeller Center, créé en 1932, accueillit tout d’abord l’élite intellectuelle européenne qui fuyait l’Europe en crise. Au rez-de-chaussée de la librairie, on retrouve best-sellers et souvenirs pour touristes.

 Mais c’est au sous-sol que résident les richesses du lieu avec des rayons surchargés de livres, parfois même introuvables en France. On peut y retrouver les Guides Michelin ou la « bibliothèque rose ». Il y a peu d’espace, mais au prix du mètre carré, on peut dire que c’est peut-être le lieu le plus cher pour une librairie francophone…

Une histoire qui a débuté en 1935 :

Emmanuel Molho est l’actuel patron de la Librairie de France, et ce depuis 1988. Il déplore l’explosion des loyers. Avec un mètre carré qui tourne autour des 10 000 dollars, il est en effet très difficile de se maintenir dans un tel lieu.

Lors de la reprise de l’établissement, en 1988, déjà, un article de France-Amérique faisait mention des difficultés liées au coût exorbitant du loyer. Emmanuel Molho, venait alors de prendre la tête de la Librairie, après la mort de son père, Isaac Molho, le fondateur de l’établissement.

Des loyers devenus déraisonnables :

A l’époque, la Librairie de France avait dû céder « 60% de sa surface » après une augmentation de 300% du loyer au tournant des années 1980. Presque vingt ans plus tard, les choses ont empiré, et la Librairie n’a pas d’autre choix que de mettre la clef sous la porte. Le renouvellement de bail de 2009 prévoit une hausse de loyer, passant de 300 000$ à près d’un million de dollars…

Emmanuel Molho estime qu’il ne pourra assumer ce coût, d’autant que ses ventes ont diminué en raison de la concurrence des grandes chaînes et d’Internet. Véritable institution au passé prestigieux, la librairie a accueilli en ses murs les écrivains français en exil pendant la Seconde Guerre mondiale et elle s’est improvisée en maison d’édition, publiant des livres de Raymond Aron, André Maurois et Saint-Exupéry.