À l’occasion de la sortie du Bon Gros Géant au cinéma ce 20 juillet, il est temps d’en savoir un peu plus sur un des auteurs jeunesse les plus emblématiques du XXe siècle. Roald Dahl est l'auteur à qui l'on doit Charlie et la chocolaterie, Matilda, Sacrées Sorcières ou bien James et la Grosse Pêche. Mais le succès retentissant de ces livres cache des surprises dans la vie et l’œuvre de ce grand écrivain, qui n'avait pas écrit que pour la jeunesse. 

 

Roald Dahl

(Sally / CC BY-NC 2.0)

 

 

1. Un engagement contre... la rougeole

 

En 1986, l’auteur a rédigé un texte pour la Sandwell Health Authority dans le cadre d’une campagne de sensibilisation à la vaccination. L’histoire est moins anecdotique qu’elle n’y paraît. Des années plus tôt, en 1962, l’auteur avait perdu sa fille Olivia, victime d’une encéphalite rougeoleuse. Maladie peu répandue à l’époque, les médecins avaient été incapables de la soigner. Depuis, la rougeole est une vilaine maladie, mais les enfants s’en remettent. Les progrès de la médecine, bien qu’importants, n’étaient pas entièrement suffisants en 1986 selon l’auteur : « Aujourd’hui, un vaccin sûr et de qualité est disponible pour chaque famille, et tout ce que vous avez à faire est de demander à votre médecin de vous l’administrer », alertait-il. 

 

2. Dans James et la grosse pêche, une légère erreur de calcul

 

Des scientifiques britanniques se sont penchés sur le livre de Roald Dahl. Dans celui-ci, 

 

Le petit James mène une existence bien malheureuse auprès de ses deux tantes abominablement méchantes, tante Éponge et tante Piquette, qui le tourmentent sans cesse. Un jour, un vieil homme confie à James un sac rempli de bizarres petites choses vertes. James les fait tomber par mégarde au pied du vieux pêcher et voilà qu’une pêche géante se met à pousser ! Cette pêche va bouleverser la vie de James...

 

« Bien que James ait navigué avec succès sur sa pêche, de la manière dont Roald Dahl l’a décrit, pour une pêche aux dimensions telles que présentées, il ne serait pas possible de faire voler un objet si lourd avec l’aide d’un si petit nombre d’oiseaux [501 dans le récit de Dahl, NdR]. Il aurait fallu exploiter 2.425.907 mouettes pour arriver à voler jusqu’en Amérique. On ne peut savoir si le ver à soie et Madame Araignée auraient pu le faire. On pourrait étendre le domaine des recherches sur ce point, notamment en incluant la question de la friction de la pêche et son effet sur le mouvement horizontal du vol. Le chargement de fils de soie utilisés pour suspendre la pêche pourrait aussi être étudié » La preuve que Roald Dahl est un excellent auteur ? Plusieurs années auront été nécessaires pour débusquer l’erreur. 

 

3. Une participation active aux progrès de la neuroscience

 

Au regard de sa participation aux progrès de la neuroscience, ces petites erreurs de calcul paraissent peu importantes. Dans les années 1960, alors que son fils Théo est transporté en poussette dans les rues de New York, un accident survient et le bébé est renversé par un taxi. Pendant un certain temps, il restera entre la vie et la mort, victime d’une hydroencéphalite traumatique. L’auteur a donc contacté le neurochirurgien Kenneth Till et l’ingénieur Stanley Wade et tous trois déposeront un brevet sur un dispositif médical qui consiste à relâcher la pression intracrânienne (un dispositif nommé « valve WDT» pour Wade Dahl Till). L’invention sera testée sur plusieurs milliers de patients sans qu’aucun des trois co-inventeurs ne réclame de redevance.

 

4. Roald Dahl, l’espion au service de Sa Majesté ?

 

C’est son biographe Donald Sturrock qui l’a révélé dans son livre Storyteller : The Authorized Biography of Roald Dahl, après avoir obtenu l’accès aux archives personnelles du romancier. Entre 1941 et 1946, Roald Dahl passait du bon temps sur la côte Est des États-Unis. Mais pendant quelques mois, en 1944, l’écrivain avait enfilé le costume d’agent secret au service du gouvernement britannique. L'auteur de Charlie et la Chocolaterie avait aussi été pilote de la RAF, au Moyen-Orient, et avait fréquenté les grands noms de l’époque : les époux Roosevelt, la Maison-Blanche et même... Ian Fleming, le père de James Bond. Roald Dahl avait écrit le scénario de l'adaptation d'On ne vit que deux fois en 1967, très éloignée du roman original. Sa fille se disait toutefois peu convaincue par les talents de son père comme agent secret : « Papa n’a jamais pu se taire. Il jacassait comme une fille. »

 

Côté cinéma, il avait aussi écrit le scénario de Chitty Chitty Bang Bang, une comédie musicale réalisée par Ken Hughes en 1968.

 

 

 

5. L’écrivain qui a dit “non” à la reine d’Angleterre

 

Roald Dahl n'aurait définitivement pas pu se parer du costume d'agent secret sur le long terme. Rendue publique en 2012, une liste de personnalités ayant refusé de recevoir les honneurs de la reine d’Angleterre entre 1951 et 1999 révèle que l'auteur a refusé les honneurs. Le Cabinet s’était battu pendant plus d’un an pour ne pas rendre cette liste publique, mais la BBC avait demandé une requête spéciale. En tout, 277 personnes avaient refusé les titres confondus de Commandeur (CBE), Officier (OBE) ou Chevalier, parmi lesquels les écrivains C.S. Lewis, Aldous Huxley ou encore les peintres Francis Bacon et LS Lowry, le sculpteur Henry Moore et ce cher Roald Dahl, en 1986. Aucune raison officielle n’avait alors été fournie par les autorités, mais chacun peut y voir un simple refus de faire partie d’un système qui les contraindrait dans leur liberté d'écriture. 

 

6. Dans sa jeunesse, il avait travaillé pour la compagnie pétrolière Shell

 

En 1934, Roald Dahl quitte le village anglais de Repton et, après avoir pris part à une expédition organisée entre les écoles publiques (les mêmes qu’il décrit dans les derniers chapitres de Boy), il commence à travailler dans une compagnie pétrolière. Il part pour le compte de la compagnie Shell en Tanzanie, en Afrique. C’est à cette période qu’il commence à écrire des petites histoires et à dessiner des croquis. 

 

7. Les Gremlins, c'est lui

 

Non, les Gremlins ne sont pas le fruit de l’imagination de Spielberg, bien que ce dernier ait produit un film au succès colossal. En réalité, le réalisateur et le scénariste du film (Joe Dante et Chris Columbus) se sont directement inspirés d'un texte peu connu de Roald Dahl, qui porte ce nom. Le terme était utilisé par la RAF pour décrire les erreurs mécaniques dans l’aviation. Depuis, il est entré dans la culture populaire. Ce qui est sûr, c'est que le réalisateur américain ne cache pas son admiration pour Roald Dahl. L'adaptation très attendue du Bon Gros Géant en est un signe supplémentaire. 

 

 

 

8. Pendant la guerre, il avait été encouragé par C.S. Forester à écrire 

 

Pour ses premiers jets, Roald Dahl avait été encouragé par l'écrivain C.S. Forester. Son premier texte officiel sera publié en 1945 sous le titre À tire d’aile (éd. Julliard, trad. Jean Malignon). Le recueil , bien loin de la littérature jeunesse, raconte la vie des pilotes de la RAF pendant la Seconde Guerre mondiale.  Il contient dix nouvelles, encore une fois bien éloignées de la littérature jeunesse : 

 

  • « Mort d’un homme très, très vieux » : un jeune pilote craint pour sa vie au moment où on lui demande d’effectuer une mission. 
  • « Aventure Africaine » : un pilote raconte le récit étrange d’un homme rencontré en Afrique lors d’une mission. 
  • « Du gâteau » : une histoire inspirée de l’accident dont a été victime Roald Dahl en Libye. 
  • « Madame Rosette » : deux pilotes de la R.A.F. , Cerf et Coco, sont en permission. Ils veulent se divertir et font appel à Madame Rosette. 
  • « Katina » : un bombardement en Grèce a fait beaucoup de morts. Deux pilotes trouvent, dans les décombres, une petite fille prénommée Katina. Ils la ramènent au camp. 
  • « Hier, il faisait beau » : un pilote tente de trouver un propriétaire de bateau pour quitter la Grèce. 
  • « Ils ne feront pas de vieux os » : la disparition d’un pilote pendant une mission. 
  • « Attention au chien » : un pilote subit un accident et se pose des questions sur sa santé mentale. 
  • « Rien d’autre au monde » : une mère patiente avec anxiété jusqu’au retour de son fils, mobilisé pour la guerre. 
  • « Quelqu’un comme toi » : deux pilotes tourmentés décident de se changer les idées en passant la soirée ensemble. 

 

9. Fantastic Mr. Fox a été en partie inspiré par son village natal

 

Pour l’écriture de Fantastic Mr. Fox, Roald Dahl a été inspiré par un arbre qui poussait dans son village natal, à Great Missenden (situé dans le Buckinghamshire, en Angleterre). Le réalisateur Wes Anderson, qui a adapté le roman de Roald Dahl en film d’animation, s’était lui-même installé pendant un temps à la Gipsy House, la propriété familiale de Dahl dans le village, afin de réunir des conditions optimales pour comprendre l’esprit de l’univers de l’auteur. Le village est une source d’inspiration importante pour l’écrivain puisque même son roman Danny, champion du monde (1975) le faisait ressurgir. 

 

 

10. Schnockombres, délexquisavouricieux... Roald Dahl a inventé près de 250 mots

 

Roald Dahl a combiné plusieurs mots entre eux pour en faire des néologismes. Récemment, l’Oxford Roald Dahl Dictionary — un dictionnaire consacré à l’auteur et comprenant près de 8 000 mots — a été publié. Quentin Blake (l’illustrateur qui a collaboré toute sa carrière avec l’auteur) et Susan Rennie, lexicographe, ont compilé inventions, néologismes, jeux de mots... Des traducteurs français ont tenté de recréer, en langue française, la richesse du vocabulaire inventé par l'auteur. En voici des exemples : 

 

  • Bavasser : contraction de bavarder et jacasser (déjà présent chez Montaigne, cependant)
  • Schocombre : contraction de schnock et concombre
  • Calemble et faribredaire : échange entre calembredaine et faribole
  • Puttréfiante et dégoûtable : échange de syllabes entre putréfiable et dégoûtant
  • Délexquisavouricieux : contraction de délicieux, exquis et savoureux
  • Escroquouiller : contraction de escroquer et embrouiller
  • Bouffepitance : contraction de bouffe et pitance
  • Gouleyeux : contraction de gouleyant et savoureux
  • Succuxcellent : contraction de succulent et excellent
  • Répugnable : contraction de répugnant et exécrable
  • Calaminable : contraction de calamiteuse et épouvantable
  • Bagadaine : contraction de bagatelle et fredaine
  • Désastrique : contraction de désastreux et catastrophique
  • Catastropheux : contraction de catastrophique et désastreux
  • Crépitage : contraction de crépitement et bruitage
  • Savourable : contraction de savoureux et délectable

 

Ou encore « mangeaille », « viandeuse », « un temps de canne à cule », « une petite vermeille », « écoulier », « mouflette », « oreille de bigorneau », « frambouille ». On doit ces traductions à Henri Robillot, Élisabeth Gaspard et Maxime Orange pour les éditions Gallimard. 

 

L'imagination débordante de l'auteur inspire plus d'un réalisateur. Après l'adaptation de Charlie et la Chocolaterie par Tim Burton, le Bon Gros Géant vu par Spielberg ravira certainement petits et grands :