Dominique Desanti n'écrira plus

Clément Solym - 11.04.2011

Edition - Société - dominique - desanti - siecle


Dominique Desanti est née en 1920 ; elle compte presque autant d'années que d’œuvres ! Elle fut historienne, biographe, romancière et grand reporter. Cette femme « rebelle à l'ordre injuste des choses » a rendu son dernier soupir vendredi 8 avril 2011. (via Le Point)

Monsieur Persky, son père d'origine russe, lecteur assidu de Paul Valéry, lui transmit l'amour de la poésie ; il fut assassiné en 1944, par un SS : « Les morts cachés sont bien dans cette terre / Qui les réchauffe et sèche leur mystère. » La mort de son père opéra en elle un secret changement : « Pour faire mon deuil, j'ai dû me dénaturer. Tuer en moi les séquelles du "vieil être". Ma véhémence et ma fureur à défendre le Parti, quatre ans plus tard, prennent leur source dans ce moment. Une manière de venger mon père ? L'érection du Parti en père, projection classique ? Peut-être les deux. » (Via BibliObs)

Grande figure de la résistance en 1940, Dominique Desanti fit un mariage heureux avec le philosophe Jean-Toussaint Desanti (1914-2002), auteur des Idéalités mathématiques (1968) et des Variations philosophiques (1992), qu'elle appelait familièrement Touky, avec qui elle conçut un livre autobiographique : La Liberté nous aime encore (2001).

Femme de gauche engagée, elle défendit les couleurs du Parti Communiste Français de 1943 à 1956. Dominique Desanti écrivit aussi de nombreux livres historiques et politiques, aux titres évocateurs : Les Staliniens, une expérience politique, 1944-56 ; Masques et visages de Tito et des siens ; L'Internationale communiste ; Les sorcières sont des miroirs ; Les Socialistes de l'utopie ; Nous avons choisi la paix ; Bombe ou paix atomique ?, avec Charles Haroche.

Dominique Desanti aimait les contradictions : résistante, elle écrivit une biographie du collaborateur Drieu la Rochelle ; athée, elle relata les dialogues qu'elle eût avec la Mère Marie Skobtsov, avant que celle-ci soit gazée à Ravensbrück. Éclectique, elle signa aussi bien des romans décryptant l'âme humaine (Les années passion, Les Grands sentiments) qu'un documentaire sur la Côte d'Ivoire !

Enthousiaste et cultivée, elle nous a fait connaître les vies de Sacha Guitry, du poète Robert Desnos, des romanciers Elsa et Aragon, et de la peintre Sonia Delaunay. Féministe, elle brossa des portraits de femmes avec beaucoup de sensibilité : Marthe Hanau, Visages de femmes, La Femme au temps des années folles, Flora Tristan la femme révoltée.

Dominique Desanti resta debout toute sa vie. En témoigne ce message de 1997, extrait de ses Mémoires (Ce que le siècle m'a dit) : « Pour la vieille dame "indigne", que je suis, rester soi, c'est ne jamais se résigner. »(via France Culture)


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