Don de livres : la Côte d'Ivoire rompt l'accord passé avec le SNE / Electre

Nicolas Gary - 25.04.2018

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Le projet comptait parmi les plus ambitieux des projets du Syndicat national de l’édition, entraînant un accord tripartite : la société Electre et le ministère de la Culture de Côte d’Ivoire devaient entamer une collaboration sur la base du don de livres. Mais le ministre, Maurice Bandaman, explique à ActuaLitté que rien n’aboutira. 

 


Vincent Montagne, président du SNE et Maurice Bandaman, ministre de la Culture et de la Francophonie
 

 

En juin 2017, la convention de partenariat signée devait amorcer une authentique collaboration : en jeu, 15.000 livres offerts, sur une période de trois années, à destination des bibliothèques nationales ivoiriennes. « L’objectif est d’alimenter les bibliothèques nationales ivoiriennes et, pour ce faire, les éditeurs choisiront les titres qui seront retenus. Ce n’est pas un envoi en vrac : une liste des ouvrages proposés sera fournie, reposant sur les choix effectués », indiquait alors Pierre Dutilleul, directeur général du SNE. 

 

L’idée était en effet de recycler les titres envoyés par les éditeurs à Electre, la base de données, pour les transférer en Afrique. Le tout, affirmait le SNE, avec à l’esprit de ne pas perturber la chaîne du livre en Côte d’Ivoire. 

 

« La Côte d’Ivoire représente une porte d’entrée pour les éditeurs français, dans l’Afrique subsaharienne et francophone. Cet accord nous permettra de multiplier les échanges entre professionnels à l’avenir. Cela nécessite un temps d’apprentissage et de compréhension mutuelle », poursuivait Pierre Dutilleul. 

 

Simplement cet accord avait provoqué une véritable levée de boucliers, notamment du côté de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants et de l’Association Internationale des libraires francophones. Dans les colonnes d'ActuaLitté, les deux organisations s’inquiétaient de ce que ce don puisse «fragiliser l’écosystème local ; il serait regrettable que ces opérations ne prennent pas en compte le travail et les partenariats mis en place par les collectifs professionnels d’éditeurs et de libraires, au niveau national et international, depuis plusieurs années (coéditions francophones, travail sur les langues africaines, ateliers et formations…) ».

 

Ne pas fragiliser la chaîne du livre ivoirienne


Depuis que l’accord a été signé, nous indique Maurice Bandaman, « nous n’avons pas encore eu de livres : cela veut dire qu’il y a un problème ». Ce dernier découlerait de fait de la protestation portée par l’AILF et l’AIEI, mais également des éditeurs et des libraires ivoiriens. « Leur message a été diffusé dans les ambassades, pour protester contre la signature de cette convention. » 

 

Or, les recommandations que mettaient en avant les deux structures seraient « difficiles à mettre en œuvre », note le ministre ivoirien de la Culture et de la Francophonie. « La multiplication des intervenants dans le choix des livres poserait de nombreuses difficultés », poursuit-il, notant qu’en fin de compte, « tout cela finirait par bousculer la chaîne du livre en Côte d’Ivoire ».

 

Trop de complexités, ajoutées aux charges annexes — le rassemblement des livres, leur conditionnement et leur transport par exemple. « Nous travaillons dans un monde très sensible : l’industrie du livre - et je le sais, je suis écrivain moi-même - a besoin de soutiens locaux. Autant acheter des livres sur place, pour répondre aux besoins. »

 

Le SNE, que nous n’avons pas pu joindre au moment de la publication de cet article aurait lui-même été « émoussé dans son enthousiasme », par les réactions, et tout particulièrement du côté ivoirien. « Par mesure de prudence, d’une part, mais surtout par respect pour la chaîne du livre en Côte d’Ivoire, nous avons préféré mettre un terme à cet accord, avant qu’il ne se concrétise », conclut le ministre.

 

« Personnellement, je considère que tant que les livres existent, il faut les partager, mais la mise en œuvre présente trop de difficultés. Cependant, les conditions pour mettre œuvre ce projet rendent l’ensemble trop lourd et dangereux. » D’autant, nous confirme un acteur proche du dossier, qu’un certain filtre avait été réclamé, côté français, pour que les livres répondent à des critères religieux spécifiques, « catholiques compatibles », nous précise-t-on.

 

Cette dernière information n’est pas confirmée par Maurice Bandaman.  
 




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