Donner une seconde vie aux livres de nos bibliothèques

Laurène Bertelle - 20.06.2017

Edition - Bibliothèques - recyclage livre - solution désherbage bibliothèque - bibliothèque pillon livre


Qui ne s'est jamais retrouvé avec une pile de livres fraichement achetés à la librairie, et plus aucune place sur ses étagères pour les ranger? À l'échelle d'une bibliothèque, le problème est pire encore, si bien que pour faire place à des nouveautés, les établissements doivent réaliser de véritables « désherbages », des suppressions de livres, pour faire simple. Mais alors, que faire des livres dont on se débarrasse? Au Congrès de l'Association des bibliothécaires de France, on a trouvé deux solutions pour donner une deuxième vie à ses livres. 


Crédit RecycLivre

 

Le salon professionnel du Congrès de l’ABF, qui s’est tenu les 15, 16 et 17 juin derniers, avait mis en avant deux stands de recyclage de livres, majoritairement en direction des bibliothèques qui souhaitent désherber leurs collections sans avoir à jeter, mais qui peuvent également s’adresser aux particuliers : RecycLivre d’une part, et Ammareal d’autre part.

 

Dans les deux cas, le principe est le même : les bibliothèques, les associations, et les particuliers (uniquement dans le cas de RecycLivre) contactent une des deux entreprises pour se débarrasser d’une certaine quantité de livres. L’entreprise vient ensuite collecter gratuitement les livres et leur propose une deuxième vie. La première solution choisie pour les deux cas est de revendre les livres sur Internet, puis, en cas d'échec, de les donner ou de les recycler.

 

RecycLivre et Ammareal sont deux entreprises basées en Essonne, l’une à Villabé, l’autre à Grigny, qui souhaitent toutes les deux lutter contre le gaspillage. Dans le détail, chacune d’entre elles a ses propres caractéristiques.
 

Ammareal, le service pour les bibliothèques de la France entière

 

Ammareal a été créée il y a trois ans, et se dirige uniquement vers les bibliothèques, bibliothèques universitaires et associations pour les aider dans leur désherbage. En revanche, les équipes d’Ammareal interviennent sur toute la France.

 

« Nous avons fait le choix de récupérer des livres sur toute la France, car nous faisons appel à des transporteurs », explique Mounir Aboudou, chargé d’affaires partenaires, qui mentionne également quelques partenariats avec des bibliothèques belges. « Pour cela, on demande une quantité minimum de 1000 livres pour amortir les coûts de transport. S’ils sont en région parisienne, on peut venir avec des camionnettes et récupérer moins de livres. »

 

Pour se débarrasser de ses livres, tout est gratuit. Ammareal demande simplement une inscription à faire sur Internet ou par courrier, gratuite, puis livre des cartons. Aucun délai n’est prévu, les établissements prennent le temps qu’il leur faut avant de signaler à l’organisateur qu’un transporteur peut venir retirer les cartons. L’organisation ne demande pas non plus de déséquiper les livres [enlever les étiquettes et autres signes d'appartenance, NdR]. En 2016, ce ne sont pas moins de 500.000 livres qui ont ainsi été collectés. 


José Alberto Gutierrez, l'éboueur qui sauve des livres et les redonne aux plus pauvres

 

L’appel à Ammareal est d’autant plus intéressant pour les bibliothèques et les associations sur le plan financier puisqu’elles récupèrent une partie des bénéfices des ventes. « On reverse 10 % aux bibliothèques et 5 % au choix, soit au Secours Populaire, soit à Monts et merveilles, qui lutte contre l’illettrisme », ajoute Mounir. « On trie les livres et on revend sur Internet sur les plateformes Fnac, Amazon, Cdiscount. On souhaite bientôt pouvoir avoir un site, mais pour l’instant c’est plus intéressant en termes de trafic de passer par les plateformes marchandes. »

 

Pas de service pour les particuliers en revanche, qui peuvent néanmoins venir déposer eux-mêmes les livres chez Ammareal, mais aucun pourcentage de vente ne leur est reversé ; il s’agit uniquement de dons. 

 

Enfin, les livres qui ne se vendent pas sont donnés ou recyclés. « Pour les livres jeunesse, on fait des annonces sur Le Bon Coin et des écoles ou des associations de parents d’élèves viennent les récupérer. Pour les livres universitaires, nous avons des universités partenaires en Afrique de l’Ouest. Enfin, pour le recyclage, nous sommes en partenariat avec TER [Tri Environnement Recyclage, NdR]. »


Mounir Aboudou (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

Recyclivre, pour favoriser l’humain et l’emploi local

 

RecycLivre, quant à elle, est une entreprise sociale et solidaire, agréée ESUS [Entreprise solidaire d'utilité sociale], qui propose depuis 2008 aux particuliers, entreprises, associations et bibliothèques un service de collecte de livres gratuit à domicile. Les livres collectés sont revendus sur leur site Internet et sur quelques plateformes marchandes, et 10 % des bénéfices sont reversés à des associations, principalement Lire et Faire Lire, qui a reçu en 2015 25.000 € de la part de RecycLivre. Depuis le site Internet, les frais de port sont gratuits pour les clients. Les livres invendus sont également soit donnés à des structures dans le besoin, soit recyclés. 

 

Là encore, le fonctionnement est simple : que vous soyez particulier ou professionnel, vous pouvez contacter RecycLivre par téléphone ou par mail pour faire une demande. Dans le cas des bibliothèques, une convention sera signée pour encadrer le partenariat. Après quoi il suffit de remplir un formulaire avec le nombre de livres dont vous souhaitez vous débarrasser, et l’entreprise passe sous 10 jours. Sur Paris, RecycLivre organise 4 tournées par jour avec 2 camions. 

Vous pouvez également contacter RecycLivre si vous avez besoin à l'inverse d'un don de livre. « Généralement les associations, les écoles sont un peu frileuses à l'idée de demander parce qu'elles pensent qu'on va refuser, alors que pas du tout », énonce Sarah Régis-Lydi, responsable communication. « On a quand même à cœur de savoir pourquoi il y a une demande d'ouvrages, s'il y a une politique du livre derrière. On va se renseigner sur l'identité de la structure et sur la définition du projet qui est derrière, et à partir de là, s'ils ont besoin de 2 ou 3 cartons de livres, on leur apporte. »

 

Et d'ajouter : « Le fonctionnement de RecycLivre repose autour de trois pôles : l’humain, l’environnement et la culture. On finance des projets qui luttent contre l’illettrisme et qui sont en faveur de l’environnement. On effectue nos collectes grâce à des véhicules électriques. Même nos outils de communication sont faits avec du papier recyclé. »
 

L'industrie déplore le manque de papier recyclé pour imprimer les livres

 

RecycLivre organise des collectes dans 7 grandes villes françaises, à Paris, Lyon, Bordeaux, Lille, Strasbourg, Nantes et Toulouse. En dehors de ces villes, l’entreprise vous propose soit de déposer votre carton de livres à un relais colis gratuitement, soit de vous rediriger vers un de ses partenaires près de chez vous. 

 

« Nous n’avons pas vocation à installer un service de collecte sur toutes les villes de France. Nous avons pour volonté de créer de l’emploi en France, et de dynamiser l’activité locale. S’il y a déjà des associations, des ressourceries qui sont en recherche d’activité, on préfère que ce soit eux qui travaillent plutôt que de faire intervenir un transporteur », ajoute Anita Raharisoa, responsable des partenariats.

 

Enfin, pour le traitement des commandes et la gestion de son stock (plus de 800 000 références dans leur centre à Villabé), aux côtés des 17 salariés en CDI, RecycLivre travaille avec l’entreprise d’insertion Ares qui emploie des personnes en insertion faisant partie d’un programme d’accompagnement de retour à l’emploi durable.


Sarah Régis-Lydi (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

Une prise de conscience des bibliothèques

 

La présence de ces deux stands au Congrès ABF, visité par de nombreux responsables de bibliothèques, semble avoir plu grâce aux solutions que les deux entreprises proposent à des établissements bien trop souvent contraints de jeter. 

« C’est la première fois qu’on assiste au Congrès ABF, et on se rend compte qu’il y a un vrai besoin des médiathèques », explique Sarah Régis-Lydi pour RecycLivre. « Il y a un tas d’initiatives qui sont prises par les bibliothèques : elles vendent en braderie, elles ouvrent des boîtes à lire. Malgré tout, elles ont toujours des livres qui restent, et nous on se positionne sur ce reste-là. »

 

D’autant plus qu’aujourd’hui, les bibliothèques doivent payer le pilonnage des livres, remarque-t-elle également. « Neuf fois sur dix, les livres sont mis au pilon, c'est une vraie problématique. Il y a beaucoup de bibliothèques qui font appel à des recycleurs papier, mais ça fait toujours mal au cœur de jeter des livres. Aujourd’hui il y a une vraie dynamique de changement. Les bibliothèques veulent trouver une solution plus favorable envers la lecture et l’objet précieux qu’est le livre. Souvent, elles ne sont pas au fait des différentes solutions proposées, c’est aussi pour ça qu’on est au Congrès ABF. »

Alors désormais, qu'ils soient disposés sur une étagère de bibliothèque ou de bureau personnel, à Paris ou à la campagne, les livres n'ont plus de raison d'être jetés.