"Donner une voix aux auteurs dans ce grand débat européen" (Valentine Goby)

Antoine Oury - 26.10.2015

Edition - International - Valentine Goby lettre Europe - droit d'auteur - Commission européenne


Lue en clôture du 11e Forum de la Société des Gens de Lettres (SGDL), consacré à « L'Europe du livre et de la création », la lettre ouverte des auteurs européens du livre aux instances européennes s'inscrit dans le débat actuel autour de la réforme du droit d'auteur et de la création du marché unique numériques voulues par la Commission européenne. Valentine Goby, signataire et présidente du Conseil Permanent des Écrivains. 

 

Valentine Goby (CPE) et Simone di Conza (FUIS)

Valentine Goby (Conseil Permanent des Écrivains) et Simone di Conza (FUIS, Fédération des écrivains italiens)

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

La lettre ouverte des auteurs, publiée aujourd'hui, vise tout simplement à « donner une voix aux auteurs dans ce grand débat sur la réforme européenne du droit d'auteur », explique Valentine Goby, présidente du CPE. « Les éditeurs ont des intérêts communs à défendre avec nous, mais nous voulions nous-mêmes faire entendre notre désarroi et demander à la Commission européenne de défendre le droit d'auteur. Il s'agit d'un débat qui est souvent technique, et il est parfois difficile de nous faire entendre. »

 

Le livre de Richard Malka, La gratuité, c'est le vol, publié par le Syndicat National de l'édition pour défendre le droit d'auteur, « est un ouvrage qui dit des choses très importantes, et défend des intérêts qui nous sont communs, mais il ne s'agit pas d'une initiative des auteurs, Malka ne s'exprime pas au nom des auteurs », note Valentine Goby. Ils sont pourtant les premiers concernés, et les auteurs souhaitent donc participer au débat avec une lettre ouverte, pour commencer, « très fédératrice : beaucoup d'organisations d'auteurs l'ont déjà signé, mais nous souhaitons que les auteurs, à un niveau individuel, la signent », précise Valentine Goby. 

 

Les prochaines échéances européennes étant prévues pour décembre, avec la présentation de plusieurs dispositions législatives et d'une communication sur la réforme, les organisations espèrent réunir un maximum de signatures d'ici là. Et n'excluent pas de se rendre elles-mêmes à Bruxelles pour porter le courrier. 

 

Accompagner la chaîne du livre dans le numérique

 

La lettre ouverte s'oppose à la multiplication et à l'élargissement des exceptions au droit d'auteur, même avec compensation, en considérant que trop d'exceptions feraient du droit d'auteur lui-même une exception. « Nous sommes tout à fait favorables à des exceptions existantes, qui touchent les livres et d'autres œuvres, qui permettent de construire un socle de partage et de culture populaire, mais avec plus d'exceptions, on plongerait directement pour prendre dans la poche des auteurs, ce que nous ne pouvons pas accepter », explique la présidente du CPE.

 

Le texte s'arrête également sur l'opposition entre auteurs et lecteurs : « C'est l'argument que l'on nous ressasse sans cesse pour réformer le droit d'auteur, selon lequel les lecteurs ne seraient intéressés que par la facilité d'accès et la gratuité », souligne Valentine Goby. « Le livre n'est pas un produit qui doit être mis aux règles du marché et, à mon avis, les lecteurs l'entendent : ils savent que l'offre riche et diversifiée qu'on leur propose existe parce qu'on peut rémunérer la création. »

 

La Commission européenne a pu donner des gages de sa volonté de dialogue à Francfort, et les auteurs sont enclins à participer : « Nous ne sommes pas crispés sur un monde ancien où il n’y a que le papier, et comme nous sommes conscients que le numérique existe et se développe, nous souhaitons qu’il y ait un vrai accompagnement », précise Valentine Goby en appuyant le fait que la rémunération des auteurs par leurs éditeurs n'est pas leur seule préoccupation. 

 

 « L'Europe pourrait ainsi s'intéresser aux conditions qui encadrent la négociation des contrats avec les grandes plateformes numériques, la Commission européenne pourrait aider à définir un type de contrat avec des règles minimales qui s'appliqueraient partout. Nous avons bien eu un ministère qui l'a fait, alors pourquoi pas l'Europe ? », suggère la présidente du CPE.

 

La lettre peut être signée à cette adresse.