Dostoïevski et Raskolnikoff incitent au suicide à Moscou

Clément Solym - 18.08.2010

Edition - Société - metro - suicide - moscou


Ouverte cet été, la station du métro moscovite Dostoïevskaya avait fait scandale après que plusieurs psychologues russes l'ont déclarée déprimante. Voire incitant les usagers à la dépression, et pourquoi pas, au suicide...

Ses peintures murales, reprenant des scènes de différents livres du romancier russe, sont en effet sombres, violentes - mais à l'image de ce que Fiodor pouvait écrire. Une série de critiques qui a passablement entaché la commémoration d'un des plus grands écrivains de la Sainte Mère Russie... (en savoir plus)

Raskolnikoff, l'homme à la hache

Pour l'artiste qui a été mandaté, le projet est l'affaire de 20 années de réflexions et de croquis : Ivan Nicolaïev avait pour mission de « révéler la signification, la créativité et la philosophie de Dostoïevski ». Et sur les murs gris, ses fresques noires, le personnage Raskolnikov, le héros de Crimes et châtiments hante les couloirs de la station.
Elle poussa à peine un faible cri et soudain s’affaissa sur le parquet ; toutefois, elle eut encore la force de lever les deux bras vers sa tête. Dans l’une de ses mains elle tenait toujours le « gage ». Alors, Raskolnikoff, dont le bras avait retrouvé toute sa vigueur, asséna deux nouveaux coups de hache sur le sinciput de l’usurière. Le sang jaillit à flots, et le corps s’abattit lourdement par terre.
Au moment de la chute, le jeune homme s’était reculé ; sitôt qu’il eut vu la vieille gisant sur le plancher, il se pencha vers son visage ; elle était morte. Les yeux grands ouverts semblaient vouloir sortir de leurs orbites, les convulsions de l’agonie avaient donné à toute la figure une expression grimaçante. (Iere partie chapitre 7)
Or, depuis l'ouverture les pour et les anti continuent de se tirer la bourre pour savoir si le nombre de morts augmentera dans la station ou dans le métro plus généralement, avec cette fresque. Natalia Semenova, psychologue à la clinique de Moscou, défend l'artiste et l'auteur, dont elle se sert pour traiter ses patients, et prend en exemple durant ses conférences. Crimes et châtiments est un modèle de ce que l'âme humaine renferme, et de ses souffrances : comment donner un sens à la vie et toutes ces questions s'y retrouvent.

Un livre qui appartient à l'imaginaire collectif

De plus, les Russes connaissent cet ouvrage : comment craindre que la fresque murale leur révèle quelque chose d'inattendu ? Chez les touristes, pourquoi pas, mais les Russes eux-mêmes, si familiers de Dostoïevski...

Évidemment, ignorer cette scène, si connue du roman, était tout simplement impossible, explique Ivan. Mais pour Mikahil Vinogradov, qui a poussé sa vindicte jusqu'à une apparition télé, ce type d'images, particulièrement saisissant, peut clairement entraîner des comportements violents - à l'égard des autres ou de soi-même. Et une station de métro est le dernier endroit où l'on espère ce type de comportement.

Reste que pour le moment les chiffres sont formels : le nombre de suicides n'a pas oscillé, ni en faveur des uns, ni des autres...