Marylise Lebranchu : les médiathèques "toujours d’actualité au XXIe siècle" ?

Nicolas Gary - 19.09.2015

Edition - Bibliothèques - Marylise Lebranchu - bibliothèques médiathèques - Dotation État


Ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique, Marylise Lebranchu est en charge pour partie de la nouvelle organisation territoriale. Pour les agents de la fonction publique, dont le point d’indice est gelé depuis bientôt cinq années, les sorties ministérielles ne sont pas nécessairement des paroles d’apaisement. Une nouvelle preuve, dans Les Échos. 

 

Médiathèque Françoise Sagan (Paris 10e)

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Actuellement, la ministre fait la tournée de popotes, alors que les maires français protestent contre la diminution de la dotation accordée par l’État. Les élus incitent les contribuables à manifester, comme ce fut le cas cette semaine. Après la journée de mobilisation, les responsables de petites communes font grise mine, réclamant des explications à la ministre. 

 

François Baroin, maire Les Républicains, et actuellement président de l’Association des maires de France assurait que 25 % de la réduction du déficit allait tomber sur les épaules des collectivités. Selon lui, ces dernières ne sont responsables que de 9,5 % de la dette. 

 

Que l’on ne s’y trompe pas : la baisse prévue aura des conséquences sur l’ensemble des actions des municipalités. La Dotation Globale de Fonctionnement, ou DGF, représente en effet l’enveloppe que l’État accorde aux collectivités – un supplément dans les caisses en plus des taxations et impôts prélevés sur place. Pour mieux comprendre, voici un dessin qui bouge.

 

 

 

Dans Les Échos, Marylise Lebranchu vient de faire frissonner les bibliothécaires. Elle explique en effet que la DGF sera diminuée, avec dans le même temps, un milliard d’euros sera reversé pour « des projets offrant des retours sur investissements ». 

 

Et de poursuivre : « Il y a beaucoup d’émissions de télévision sur les gabegies locales. Les hôtels de région sont-ils trop grands ? Les médiathèques sont-elles un équipement toujours d’actualité au XXIe siècle ? On peut se poser la question. Nous n’avons pas à juger les investissements locaux mais il est normal que l’Etat fixe des priorités. Nous intervenons en régulateur, là où les opérateurs privés ne vont pas naturellement, comme dans l’équipement en fibre des zones rurales. »

 

Bibliothèques et médiathèques : "so 2014"

 

Une intervention remarquée, qui pourrait n’être pas tout à fait dans l’ordre des choses que la ministre de la Culture planifie. Fin mars, Fleur Pellerin a en effet confié une mission à Sylvie Robert, portant sur l’adaptation des horaires d’ouvertures pour les bibliothèques. 

 

Dans une société confrontée à la remise en cause des valeurs de liberté, de tolérance et de laïcité, les bibliothèques ont un rôle central à jouer. Symboles de la liberté de pensée et de publication, ce sont des lieux de partage, des espaces de rencontre, de débat et de dialogue, dépositaires de la mémoire d’un peuple et de la diversité de ses points de vue. Le rôle des bibliothèques au service de l’échange et de la tolérance doit être plus que jamais souligné et encouragé, en leur permettant notamment de toucher un public toujours plus large ; c’est le sens de la mission confiée par la ministre à Sylvie Robert.


 

Aurélie Filippetti, en responsabilité, avait fait de l’année 2014 celle des bibliothèques, et Fleur Pellerin avait abondé dans cette voie. Lors des Assises des bibliothèques, en décembre 2014, elle avait rappelé que ces établissements incarnent le « premier service public culturel de proximité » – soulignant leur rôle dans la rencontre avec le livre et la lecture pour les plus jeunes. 

 

Médiathèque Françoise Sagan (Paris 10e)

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Mieux : elle affirmait que l’État devait, aux côtés des collectivités territoriales, participer « à l’organisation de la lecture publique dans les territoires et accompagne[r] les politiques locales avec ses différents outils. J’en vois principalement trois : d’abord, le concours particulier pour les bibliothèques de la dotation générale de décentralisation, qui permet d’aider les projets d’investissement des collectivités pour les établissements de lecture publique. Il a été récemment rénové ; il doit être aujourd’hui conforté. Ensuite l’action de coopération des établissements publics, la Bibliothèque nationale de France, la Bibliothèque publique d’information et le Centre national du livre ». (via la Gazette des communes)

 

Anne Verneuil, présidente de l’Association des Bibliothèques de France avait pour sa part noté que la mutation est en cours : les établissements de prêt public ont aujourd’hui une mission qui tend vers la médiation. Un travail qui nécessite des fonds, certes, mais avant tout du conseil. 

 

Alors que les subventions pour les conservatoires ou les bibliothèques ont été au mieux réduites, au pire supprimées, on ignore encore comment la baisse de la DGF impactera les collectivités, et les établissements. Fin décembre 2014, Fleur Pellerin indiquait, à l’occasion des Assises des ruralités, sa volonté de développer des actions culturelles au sein des territoires ruraux. 

 

L’interrogation de Marylise Lebranchu ne semble pas aller dans ce sens : si l’on peut souhaiter que la modernisation et l’adaptation des établissements se poursuivent, remettre en cause leur « actualité » fait grincer des dents.