Douche écossaise pour Jeff Bezos : l'Allemagne, ce n'est pas gagné

Nicolas Gary - 16.04.2014

Edition - International - Amazon - Allemagne - Jeff Bezos


Jeff Bezos avait fait des gorges chaudes dans un courrier adressé aux actionnaires d'Amazon : les drones de livraison étaient en très bonne voie, et l'on travaillait désormais sur les nouvelles générations - les 7 et 8e. Et dans le même temps, les dernières innovations dans le monde portaient leurs fruits : l'Inde, bien entendu, mais également le Mexique, ou encore l'Australie. Sans oublier l'Allemagne…

 

Old market place in Herborn / Germany

La place du marché se déserte ?

Werner Kunz, CC BY NC SA 2.0

 

 

Le patron de la firme qui sourit toujours expliquait que « le lancement d'Amazon Publishing au Royaume-Uni et en Allemagne » était prometteur. « Des milliers d‘auteurs utilisent déjà ces services pour se bâtir une carrière enrichissante dans l'édition », soulignait-il. « Beaucoup nous écrivent et nous racontent comment nous les avons aidés à envoyer leurs enfants à l'université, payer leurs factures médicales, ou acheter une maison. Nous sommes des missionnaires pour la lecture, et ces histoires nous inspirent et nous encouragent à continuer d'inventer, au nom des écrivains et des lecteurs. » Ouch !

 

Mais tout le monde ne partage pas l'enthousiasme délirant d'Amazon. Michael Zöllner, PDG de Klett-Cotta explique que, pour sa part, il ne voit pas vraiment de différence. À ce jour, 18 auteurs ont été signés par la filiale éditoriale d'Amazon, dans des conditions similaires à celles proposées par une maison d'édition traditionnelle. La commercialisation numérique et papier étant assurée par les services de la firme américaine.

 

Heinrich Riethmüller, à la tête de l'Association des libraires et des éditeurs allemande (respectivement 3500 et 1900 membres), estime qu'il n'y a rien à craindre : « Amazon ne peut pas établir le service d'un éditeur établi. L'éditeur est un goulot d'étranglement : il sait comment le commerce tourne, et comment réaliser un bon marketing. Si vous le faites correctement, cela coûte de l'argent. Si Amazon veut donner aux auteurs des revenus plus élevés, ces coûts doivent être répercutés ailleurs », précise-t-il au Stuttgarter.

 

Un discours pas très différent de ce qu'assurait Arnaud Nourry, PDG du groupe international Hachette Livre, interrogé en octobre 2013 : « Pourquoi voulez-vous qu'un auteur qui connaît un grand succès, qui est très bien rémunéré pour ce succès, grâce à nous, pourquoi voulez-vous qu'il aille vers un éditeur comme Amazon, qui n'est pas un professionnel du secteur, qui ne sait pas très bien comment vendre dans les librairies traditionnelles, qui ne sait pas nécessairement bien faire la promotion, qui ne sait pas non plus travailler le texte. » 

 

Et d'assurer surtout que la production éditoriale d'Amazon, même outre-Atlantique, était loin de pouvoir inquiéter un groupe comme le sien. Certes, mais des maisons indépendantes, de petite taille, ce serait autre chose, probablement. Finalement,  « c'est une tentation que les retailers ont, avec peu de succès » et surtout, cela n'inquiète par le patron de Hachette, attendu qu'Amazon publie quelques centaines de nouveautés aux États-Unis contre mille dans le groupe. Finalement, la production serait pour l'heure, assez inexistante. 

 

Mais retournons en Allemagne : chez les libraires, on est ferme, autant que les librairies américaines avaient pu l'être. On ne laissera pas les ouvrages d'Amazon entrer sur les tables, sous peine de creuser sa propre tombe, évidemment. D'autres considèrent qu'il n'y a pas vraiment de raison de s'inquiéter, attendu que les livres pourraient présenter un intérêt pour les lecteurs. Dès lors, pourquoi ne pas travailler avec un éditeur supplémentaire, qu'il s'appelle Amazon ou pas ? 

 

Rappelons tout de même que la filiale éditoriale d'Amazon s'est ouverte mi-mars outre-Rhin...