Douglas Kennedy : "L'argent change tout"

Clément Solym - 05.06.2012

Edition - Les maisons - Douglas Kennedy - argent - changer


Dans son dernier livre, Douglas Kennedy porte un regard aiguisé sur le monde de la finance, sur les transferts d'argent, les traders, tous ces gens qui au cours des dernières années ont été dans les Unes des journaux, pour l'ensemble de leurs oeuvres. Bienvenue dans un monde étrange et lointain... Chaque jour, ActuaLitté vous propose de retrouver la préface, signée de l'auteur, pour expliquer ce livre.

 

La première partie est à retrouver à cette adresse

 

  

En ce temps-là, New York était également une ville dont le taux de criminalité atteignait un niveau plus qu'inquiétant, avec environ deux mille homicides par an, et où des quartiers entiers (Alphabet City, Hell's Kitchen, les deux Harlem...) étaient à éviter une fois la nuit tombée.

 

Et puis il y avait l'effervescence interlope de Times Square, les tapineuses et tapineurs des rues sordides autour de la Huitième Avenue, les vendeurs de came qui écumaient certaines allées de Central Park, les immondices qui s'accumulaient sur les trottoirs et la certitude, pour le jeune que j'étais, de grandir dans la ville la plus vibrante et excitante du monde occidental – ce qui était assurément le cas à l'époque.

 

Et c'est alors qu'un certain Rudolph Giuliani, un individu affligé de l'autoritarisme d'un supérieur jésuite et des obsessions hygiéniques d'un banquier suisse bloqué au stade anal, a été élu maire. Sous sa direction, New York a perdu sa dégaine débraillée et plutôt louche, l'immobiliera flambé, Manhattan a été dépouillé des derniers vestiges de sa petite bourgeoisie et de son demi-monde bohème.

 

Les bouquinistes et les cinémas indépendants ont fermé un à un, tandis que les magasins Gap poussaient comme des champignons. Oui, les rues étaient sûres désormais, oui, la prospérité était de retour. Et ceux qui avaient déjà l'argent – les golden boys de Wall Street, les avocats de haut vol, les manipulateurs de fonds d'investissement – se sont mis à accumuler des fortunes comme on n'en avait plus vu depuis l'ère des chevaliers d'industrie, à l'aube du XXe siècle.

 

Aujourd'hui encore, après plusieurs réajustements de la scène financière, la ploutocratie de Manhattan jouit d'une aisance matérielle inimaginable pour nous, simples mortels.

 

Exemple : il y a quelques jours, une propriété des Hamp- tons – là où les super-riches New-Yorkais vont se dorer la pilule, l'été – s'est vendue cent millions de dollars. Rien que ça... Voilà, nous vivons une ère où il existe bel et bien des gens capables de dépenser cent millions uniquement pour avoir un toit sur la tête quelques semaines par an...

 

Cut, et retour au salon d'attente de l'aéroport de Tegel, et à ce jeune agent immobilier berlinois tellement fier de lui qu'il ne craint pas de beugler dans son téléphone. En l'écoutant, je ne peux m'empêcher de penser que Berlin est la nouvelle cible des spéculateurs, la ville européenne sous-évaluée désormais promise à un gigantesque boom financier. Il personnifie l'afflux de l'argent et ses conséquences : des bouleversements radicaux dans l'équilibre socio-économique de la cité et dans son état d'esprit général.

 

Car l'argent n'est pas seulement moteur de changement : l'argent change tout.


 

Combien, Traduit de l'américain par Bernard Cohen

© Douglas Kennedy 1992. Tous droits réservés.

© Belfond 2012 pour la traduction française.

 

 




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