DRM : entre Hachette et Pottermore, plus qu'un fossé, un cratère

Clément Solym - 09.12.2012

Edition - Les maisons - protection du droit d'auteur - verrous numériques - politiques commerciales


La protection des livres numériques par le biais de verrous dits DRM, pour Digital Rights Management, ne cesse d'alimenter les débats. C'est heureux. Quoi que pas encore assez porteur. Dernièrement, quelques titres de l'éditeur Mondadori sont sortis sans verrous, laissant croire que l'éditeur faisait basculer sa politique commerciale. À voir. En attendant, les grandes maisons restent inflexibles. Ou presque. 

 

On se souvient qu'à l'occasion de la conférence Futurebook, à Londres, le PDG de Poterrmore, Charlie Redmayne, avait une fois de plus défendu la décision du site, revendeur exclusif des ebooks de JK Rowling. En passant par un marquage des fichiers, c'est un processus de responsabilisation que Pottermore a mis en place. Et comme le partage n'est pas lourdement encadré, et limité, les internautes échangent, dans le respect des règles de respect qu'ils s'imposent. Moralité ? Le piratage des titres serait en fait 25 % inférieur à ce qu'il était du temps où seuls les ouvrages papier de Harry Potter existaient. 

 

StopDRM Protest in Paris 7

Manu le Manu, (CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Mais la conférence fut également l'occasion de remarquer combien le fossé se creuse entre les acteurs, avec des discours étonnants. Pour exemple, Ursula Mackenzie, PDG de Little, Brown et présidente de la Publishers Association, assure qu'il est essentiel de maintenir les DRM pour protéger le droit d'auteur « et inhiber le partage de fichiers entre les lecteurs traditionnels ». Le tout en affirmant : « Les auteurs doivent manger. » La prise d'otage de l'auteur est un classique dans la rhétorique qui plaide pour les DRM. Pourtant, le respect des auteurs semble surtout un argument facile, à sortir de temps à autre.

 

A Rome, fait comme les Romains, et chez Hachette... pareil

 

La position est également partagée par Hachette, Tim Hely Hutchinson PDG de Hachette UK, propageant la bonne parole. Une lettre envoyée aux agents et auteurs cet été affirmait que désormais, les livres numériques seraient contractuellement vendus avec des DRM, et ce, y compris sur les territoires étrangers. Dans un courrier signé justement par Ursula McKenzie (Little, Brown est une filiale de Hachette UK....), l'éditeur mettait en garde contre les risques d'une politique de commercialisation d'ebooks sans DRM. C'est que, sans verrous, « il sera difficile pour nous de protéger correctement les droits qui nous sont accordés »

 

Hachette désirait tout bonnement mettre à jour ses contrats pour faire en sorte que les licences vendues à l'étranger imposent la présence de DRM dans les ebooks commercialisés. Dicter de la sorte ses conditions aux acteurs étrangers, voilà qui relève du délire, estimait déjà, à l'époque, les agents. (voir notre actualitté)

 

Mais durant la conférence, Tim n'a pas semblé s'émouvoir de ce que sa société marchait sur la tête. « Les agents littéraire et Hachette souhaitent globalement la même chose, à savoir la protection des droits d'auteurs. Nous avons parfois des idées un peu divergentes sur la manière d'y arriver, mais les discussions sont généralement collégiales et c'est ce que nous souhaitons. Il y a une prise de conscience croissante parmi les auteurs et les agents : si vous vous arrangez pour donner un accès gratuit à un grand nombre de personnes, ceux qui payeront s'attendent à ce que cela leur soit moins cher. »

 

L'utopie du DRM et les exemples concrets

 

Les agents ne s'accordent cependant pas tous sur la décision de Hachette. Peut-être est-ce là ce différend qu'évoque Tim.... « Hachette stipule que si nous vendons des droits, nous devons imposer les mêmes obligations aux autres éditeurs, sur les DRM, le tout dans l'optique d'arrêter le piratage. Nous ne pouvons pas le faire, parce qu'un grand nombre d'éditeurs américains et européens n'utilisent pas de DRM. Dans le monde réel, nous ne pouvons pas le garantir », explique un agent à The Bookseller.

 

Une approche absolument impossible à mettre en pratique, et qui mettrait les agents dans l'embarras. 

 

Le contre-exemple parfait, reste pourtant à ce jour Pottermore. Plateforme centralisant la commercialisation des livres numériques (et audiobooks) de JK Rowling, son PDG explique une fois de plus que l'absence de DRM, était « le prix à payer » pour réaliser de la vente directe auprès des lecteurs. Et d'enfoncer le clou : « Je plaide pour que les éditeurs établissent des zones de vente d'ebooks sans DRM, et expérimentent cela. »

 

Une approche clairement défendue par Lee Harris, éditeur de Angry Robots, qui n'a jamais mis de DRM dans ses fichiers. « Ce sont les plus grands éditeurs qui s'accrochent désespérément à ce radeau. Nombre de petits éditeurs prônent le sans DRM maintenant, ou du moins, ne s'inquiètent pas du piratage outre mesure. »  Chez Macmillan, Anthony Forbes Watson abonderait d'ailleurs dans ce sens : supprimer les DRM sur le catalogue de l'éditeur Tor n'a pas fait augmenter le piratage de fichiers. 

 

Du côté de Penguin Digital, Anna Rafferty n'exclut pas d'expérimenter une offre sans DRM : la maison souhaite avant tout rendre ses ebooks facilement disponibles et accessibles pour le plus grand nombre de lecteurs possible. Et en parallèle, la maison travaille et expérimente de nouveaux modèles pour trouver la meilleure solution possible. 

 

 




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