Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Droit d'auteur et Europe : leçon inaugurale de Richard Malka au CNL

Clément Solym - 20.11.2015

Edition - Justice - Richard Malka - droit auteur - CNL débat


Le Syndicat national de l’édition annonce que ce 27 novembre se déroulera au Centre National du Livre un débat autour du droit d’auteur. La rencontre est organisée par le Centre, mais poursuit évidemment la campagne initiée par le SNE. Celle-ci avait commencé avec la diffusion gratuite du pamphlet, La gratuité, c’est le vol. 2015 : la fin du droit d’auteur, signé.

 

Apple-achia, Amazon-ia, Fortress Facebook and Google Earth by David Parkins in the Economist

(David Parkins/Duncan Hull, CC BY 2.0)

 

 

Derrière ce titre aussi accrocheur qu’un porte-manteau, on retrouvait l’avocat Richard Malka. En somme, son plaidoyer visait à accuser les géants du web de tous les maux et dénonçait la gratuité instaurée comme règle. « Derrière les mirages du numérique et de la gratuité, c’est l’appauvrissement des auteurs et de la liberté d’expression qui guettent », écrivait l’avocat.

 

Pour revenir rapidement sur différents éléments autour de cette campagne, on retiendra que Richard Malka avait fait de Julia Reda une Pablo Escobar, tout en insistant sur l’âge de l’eurodéputée qui avait remis un rapport sur la modernisation du droit d’auteur en Europe. Tout à fait délicat. 

 

Pour armer cette campagne d’une vitalité à toute épreuve, un hashtag, un site web et des comptes ouverts sur les réseaux sociaux. Mais tout ce que l’on en avait retenu, c’était que la campagne de soutien pour le droit d’auteur... s’était déroulée sans les auteurs eux-mêmes. À ce jour, aucune organisation représentative des écrivains ne s’est clairement ralliée à cette bannière. 

 

La présidente du Conseil Permanent des Ecrivains, Valentine Goby, soulignait que le livre de Malka disait « des choses très importantes, et défend des intérêts qui nous sont communs, mais il ne s’agit pas d’une initiative des auteurs, Malka ne s’exprime pas au nom des auteurs ». De là à envisager un désaveu...

 

Le président du SNE, Vincent Montagne, s’était adressé aux libraires, à la presse, pour demander un fort soutien de leur part. « Certains rêvent d’un monde où l’accès universel aux connaissances se ferait au mépris des auteurs. Dans ce monde, on plagierait les textes, on y puiserait librement les connaissances et les créations, devenues simples données échangeables, partageables, diffusables à l’infini... mais occasionnellement ou jamais rémunérées », dénonçait-il dans un courrier accompagnant l’opuscule.

 

Un PDF d'arrière-garde ?

 

En effet, gratuitement distribué en librairie et proposé en téléchargement sur la toile, le livre avait besoin d’une exposition importante pour mobiliser le plus grand nombre. Soulignons qu’en dépit des nombreux signalements opérés par les internautes eux-mêmes, l’ouvrage est certes disponible en anglais (traduit par Ronald Blunde, directeur de la communication du groupe Hachette Livre), mais toujours pas en format EPUB ou Kindle. Non, exclusivement en PDF. Autrement dit, pas grand-chose.

 

La librairie, d’ailleurs, n’avait pas spécialement bien accueilli le livre. Dominique Mazuet, président de l’Association de Défense des métiers des livres et membre du Syndicat des libraires salariés et indépendants, était formel : « Il nous semble cependant spécieux et inconsistant de dissocier l’absurde et désastreux formatage “européen” des droits d’auteurs de l’ensemble de la politique dont cette mesure n’est qu’un “dommage collatéral”. C’est pourquoi, en dépit de ses qualités rhétoriques, l’ouvrage de Malka se trompe de cible et, même si c’est pour le bon motif, mène un combat stérile et d’arrière garde, du simple fait du caractère lacunaire, voire illusoire, de son analyse des phénomènes économiques sous-jacents. »

 

Ce 27 novembre, donc, on retrouvera Vincent Bonnet (Association des bibliothécaires européens), Hervé Rony (Scam/Conseil Permanent des Écrivains) et Richard Malka (avocat et auteur), pour débattre : 

 

Pourquoi avoir sonné d’alarme ? Quelles menaces pèsent sur les auteurs et les éditeurs ? Où en est la réforme du droit d’auteur au niveau européen ? Et en France, où en est le projet de loi numérique ?

 

Cette table ronde sera animée par Fabrice Piault, rédacteur en chef de Livres Hebdo.

 

Et pendant ce temps-là, les demandes réitérées du Parti pirate, à qui Pierre Dutilleul, président de la Fédération des éditeurs européens avait promis un débat enfin démocratique, lors du Salon du livre de Paris en mars 2015, attend toujours. « Richard Malka cherche à convaincre, pas à réfléchir – c’est la mission qui lui a été confiée par le SNE. Soit. Nous, pirates, nous appelons à élever le débat. Nous, pirates, nous estimons que dans une société de la connaissance, la question de la circulation des informations et des savoirs est un enjeu politique majeur et que le public mérite beaucoup plus que les opuscules simplistes qui lui sont proposés », indiquait le Parti Pirate. 

 

Aux dernières nouvelles, avait-on expliqué à ActuaLitté, il était nécessaire d'attendre une nouvelle échéance européenne et de rassembler de nombreux responsables du monde du livre ou de la Commission européenne, dont les emplois du temps sont difficilement conciliables.

 

Il suffit de réserver à cette adresse. Peut-être pourra-t-on assister alors à des échanges réels ?