AuteursEnDanger.com : "Une insulte à l'intelligence"

Nicolas Gary - 08.09.2015

Edition - Justice - Auteurs danger - gratuité livres - édition Malka


La messe est dite : la gratuité, c’est le vol, et Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo, a été sollicité pour rédiger un plaidoyer allant dans ce sens. Poussé par le Syndicat national de l’édition, l’avocat signe ainsi un petit livre qui coupe court à toute discussion : 2015 sera l’année de la fin du droit d’auteur. 

 

 

 

Pour mémoire, la présentation du livre est limpide : 

 

Faire du droit d’auteur l’exception et le droit à piller la règle : tel est le projet défendu par la Commission européenne et le futur projet de loi français sur le numérique. Face à cette menace, auteurs et éditeurs français se mobilisent pour défendre le droit d’auteur et rappeler la nécessité de sauver ce qui permet le développement et la diffusion du livre dans nos sociétés.

 

Et d’ajouter : 

 

Avec sa plume incisive, il éveille les consciences et rappelle la nécessité de se battre pour la survie du livre, numérique ou papier, et la libre rémunération des auteurs. Derrière les mirages du numérique et de la gratuité, c’est l’appauvrissement des auteurs et de la liberté d’expression qui guettent.

 

Or, en renfort de ce manifeste de 50.000 exemplaires – le futur best-seller de la rentrée – un site web doit voir le jour. Les trois quarts de ce tirage seront proposés gratuitement dans les librairies, à destination des clients. Bien entendu, le site AuteursEnDanger.com doit apporter une contribution au débat, tout en dénonçant les dangers d’internet.

 

Au risque de s'étrangler...

 

Sur le site, on peut lire : « Les auteurs sont-ils ceux qui ont le plus à craindre du partage, de la gratuité ? Ou sont-ce les éditeurs, qui pour défendre leurs intérêts et leurs modèles économiques dépassés se retranchent derrière les auteurs de façon plus ou moins légitime ? »

 

Totalement singulier, comme approche. Et la suite du texte est encore plus étonnante : « Ceux qui prétendent que le droit d’auteur est la condition sine qua non de la liberté d’expression se trompent : ils confondent liberté d’expression et pérennité d’une industrie vacillante. »

 

Et de poursuivre : « Au Parlement européen, Julia Reda cherche à protéger le droit des auteurs, contre celui des ayants droit, qui prévaut aujourd’hui. Les artistes, sont, à l’heure actuelle les seuls véritables grands perdants au sein de la chaîne de l’industrie culturelle. » 

 

Le tout est appuyé par des liens, qui apparaissent à mesure, pour illustrer le propos. On y retrouve notamment Calimaq ou Neil Jomunsi, internautes de jours, et défenseurs, de nuit, d’une liberté de publication, et d’une libre circulation des idées. Entre autres choses.  Même durant le Jour des Fous, on aurait de la peine à croire que le SNE puisse formuler, et certainement pas cautionner un pareil discours. 

 

En réalité, tout portait à croire que nous étions face à une plaisante farce, comme nous le confirme le concepteur du site. 

 

Un simple internaute, lecteur, militant du libre – du livre ?

 

Voyant dans un billet de Livres Hebdo, la mention du nom de domaine, AuteursEnDanger.com, l’intéressé se lance dans une petite recherche, et constate que le nom de domaine n’est pas réservé. Erreur de nos confrères ? Ou du Syndicat ? Le coup aurait été gros : récemment, le SNE avait déjà connu quelques soucis de réservation de nom de domaine, et une fois encore, c’était les auteurs qui avaient manqué d’en pâtir.

 

« Si ça permet aux gens de lire ces quelques articles, c’est toujours ça de gagné. Si ça oblige le SNE à retravailler la communication presse en changeant le nom de domaine prévu à la dernière minute pour un moins putassier, tant mieux. Je suis un simple internaute, lecteur, militant du libre et des échanges non marchands. J’ai effectivement quelques griefs contre les industries culturelles que je ne détaillerai pas ici — j’en ai encore plus contre les GAFA, que nos amis du XXe siècle se rassurent. »

 

Que ce soit de toute manière AuteursEnDanger.com/fr/eu/org, le facétieux internaute est remonté : « Le seul intitulé [de cette URL] est une insulte à l’intelligence. » Il s’agit simplement d’en prendre note.