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DSK attaque Régis Jauffret pour son roman sur l’affaire du Sofitel

Joséphine Leroy - 25.03.2016

Edition - Justice - DSK Dominique Strauss-Kahn - Régis Jauffret attaque en justice - affaire du sofitel


Après l’assignation en justice, la procédure. Dominique Strauss-Kahn attaque en justice le romancier Régis Jauffret, l’auteur de La Ballade de Rikers Island. Son avocat, Me Henri Leclerc, parle de « réalité augmentée par une diffamation pure et simple ». Le roman s’inspire de l’affaire du Sofitel qui avait valu à DSK un passage en prison, celle de Rikers Island, en 2011.

 

Dominique Strauss-Kahn

(Parti socialiste / CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

Nafissatou Diallo, la femme de chambre du Sofitel de New York, avait déposé une plainte contre l’homme politique sur des accusations de viol. L’affaire s’était soldée par un accord financier et l’abandon de toute poursuite contre DSK. Paru le 16 janvier 2014 aux Éditions du Seuil, le roman raconte l’histoire de la chute d’un homme, le malheur d’une femme. On y trouve aussi une « scène de viol ». 

 

Dans le roman de Régis Jauffret, seul le nom de Nafissatou Diallo est cité. À partir de là, le débat sur la frontière entre réalité et fiction prend place. Le plaignant pourfend une « diffamation effroyable » parce qu’elle se baserait sur la réalité et contredirait la procédure américaine, selon l’AFP. 

 

De leur côté, les Éditions du Seuil et l’auteur se défendent. Me Christophe Bigot, leur avocat, plaide la liberté de création et une sorte de prescription médiatique : « L’affaire du Sofitel peut être romancée. On est en 2014 quand le roman paraît, le monde entier sait que Dominique Strauss-Khan a été innocenté », a-t-il rappelé. Il ajoute : « Régis Jauffret prend une affaire dont la matière est romanesque, accentue les traits, en fait ce qu’il veut. Peut mentir, inventer. C’est de la pure création », a affirmé l’avocat de l’auteur.

 

En guise d’ouverture du livre, l’auteur, comme pour prévenir, écrit : « Le roman, c’est la réalité augmentée ». 

 

Sept passages du livre pointés

 

La joute verbale entre les deux parties ne s’arrête pas là. Me Leclerc poursuit : « Ce livre décrit un viol, à l’indicatif. Le lecteur croit lire enfin le récrit de ce qui s’est passé dans la suite 2806 du Sofitel. » Il va jusqu’à citer un passage pour appuyer ses propos : « Il la jette sur le lit, la chevauche, cherche à planter son sexe entre ses lèvres serrées, et la tête de Nafissatou qui ne cesse de bouger pour éviter le gland. » 

 

En tout, sept passages du livre sont pointés, auxquels on peut ajouter les déclarations de Régis Jauffret sur la radio France Inter, le jour de la parution du livre. L’auteur se disait convaincu que DSK n’avait aucune conscience du viol commis contre Nafissatou Diallo, qu’il « ne s’est pas aperçu qu’il l’avait violée ». 

 

« Le monde entier a commenté cette affaire », argumente Bénédicte Amblard, un autre des conseils de Régis Jauffret. 

 

Le procureur estime, pour sa part, que Régis Jauffret n’a « même pas tenté de s’ancrer dans la fiction pour cette œuvre », contrairement à d’autres romans qu’il avait écrits, notamment celui consacré à l'assassinat du banquier Édouard Stern. Il note donc qu’il y a diffamation. C’est au tribunal de fixer le montant d’éventuels dommages. Le plaignant demande 50.000 € à l’éditeur comme à l’auteur, ainsi que la publication d’un encart portant mention de la condamnation dans tous les exemplaires du livre.

 

Le jugement a été mis en délibéré au 2 juin.

 

Quoi qu’il en soit, on peut dire que l’affaire DSK inspire les auteurs. Marcela Iacub avait publié, en 2013, un roman (de « réalité augmentée » ?) sur sa relation amoureuse avec l’ex-patron du FMI, Belle et Bête, aux éditions Stock. Les éditions avaient dû verser 50.000 € de dommages et intérêts. Le Nouvel Observateur devait, lui aussi, débourser la somme de 25.000 €. Mazarine Pingeot évoquait, en 2012, l’hypothèse d’écrire un roman sur cette affaire.

 

Au prochain.