DSK obtient la peau de Régis Jauffret, son éditeur et du livre

Cécile Mazin - 02.06.2016

Edition - Justice - DSK Jauffret Seuil - Nafissatou Diallo DSK - affaire Sofitel New York


Dans un jugement rendu par le Tribunal correctionnel de Paris, l’auteur Régis Jauffret et son éditeur ont été condamnés. Les avocats de Dominique Strauss-Kahn ont pu obtenir une amende de 1500 € avec sursis, ainsi que 10.000 € de dommages-intérêts. Un montant équivalent au préjudice moral subi par la personnalité politique, après la publication du livre La Ballade de Rikers Island...

 

#DSK or #DSQ?

Seamus Walsh, CC BY 2.0

 

 

Il faudra conserver précieusement la première édition du roman de Régis Jauffret – ou pas. Ce sera en tout cas une version collector, puisque la justice a interdit que l’ouvrage ne soit réimprimé avec les passages sanctionnés. L’ancien patron du FMI, DSK avait attaqué l’auteur et l’éditeur pour diffamation, considérant le fond du propos développé dans le roman. 

 

Au départ, il n’y avait que des échanges de politesse, et en janvier 2014, les premières déclarations d’avocats : « M. Dominique Strauss-Kahn conteste formellement les déclarations diffamatoires de M. Régis Jauffret contenues dans son dernier livre ainsi que celles tenues ce matin à la radio dans le cadre de sa promotion », apprenait-on. Régis Jauffret assurait n’avoir pas pensé aux avocats en écrivant le livre, et ce manque de prudence est désormais sanctionné.

 

Le livre était inspiré par l’affaire du Sofitel de New York : « Le président d’une institution financière internationale est accusé de viol par une femme de chambre. Il est incarcéré pendant quelques jours dans une prison du continent américain. Libéré sous caution, les poursuites sont finalement abandonnées. À la suite de cet incident, sa carrière est brisée. Après l’avoir soutenu lors de ses démêlés judiciaires, son épouse demande le divorce. Une histoire anodine. Seule la célébrité dont semblait jouir l’accusé à cette époque a pu pousser quelqu’un à s’en emparer. »

 

Évidemment, La Ballade est l’histoire de DSK, et de Nafissatou Diallo... Et Olivier Bétourné, grand patron des éditions du Seuil avait beau se déclarer choqué des accusations et de l’assignation, les déclarations de son auteur ne l’avaient probablement pas aidé. « Je suis romancier, je mens comme un meurtrier. Je ne respecte ni vivants, ni morts, ni leur réputation, ni la morale », assurait Joffret lors de la parution de Sévère, autre roman, inspiré par l’assassinat du banquier Edouard Stern.

 

Pour ce dernier, aucune condamnation n’était intervenue. Me Christophe Bigot, avocat de l’auteur et de son éditeur, plaidait la liberté de création et une sorte de prescription médiatique : « L’affaire du Sofitel peut être romancée. On est en 2014 quand le roman paraît, le monde entier sait que Dominique Strauss-Khan a été innocenté. » Il ajoutait alors : « Régis Jauffret prend une affaire dont la matière est romanesque, accentue les traits, en fait ce qu’il veut. Peut mentir, inventer. C’est de la pure création. »

 

Insuffisant... Nous n’avons pas pu joindre l’éditeur pour savoir s’il y aurait un recours.