Du Chili à l'Espagne, la hausse des prélèvements menace la culture

Clément Solym - 17.07.2012

Edition - International - accès à la culture - taxe sur la valeur ajoutée - Chili Espagne


Le credo de la crise, en substance « tous les secteurs doivent participer à l'effort collectif », pourrait être sévèrement malmené : au Chili et en Espagne, où des hausses de la TVA sur les livres papier ou numérique sont annoncées, la population se mobilise. Et relance le débat sur l'accès à la culture, qui doit bénéficier d'un traitement spécifique.


Money

(auteur : Tax Credits)



L'appellation « produit de première nécessité » ne fut pas si flatteuse pour le livre en France : c'est grâce à cette formule que la hausse de la TVA de 5,5 % à 7 %, en janvier dernier, fut validée. Au Chili, c'est un autre refrain qui court sur les lèvres depuis quelques semaines : « Libros sin IVA », soit « Des livres sans TVA », comme il est aisé de le deviner.

 

Les citoyens chiliens se sont mobilisés, ont dégagé 9 points d'argumentation explicités dans leur manifeste, et s'attaquent à la taxe de 19 % appliquée au livre, soit « 1/5 de sa valeur ». Le prix des livres, qu'ils soient numériques ou imprimés, est une véritable barrière d'accès à la culture : « Les livres sont très chers au Chili. Je parle de 50 à 80 $ pour un grand format, 30 à 60 $ pour un livre à couverture souple. Même les livres d'occasion oscillent entre 5 et 15 $. » La demande est bien là : 54 % des Chiliens affirment qu'ils achèteraient plus de livres si ces derniers ne coûtaient pas un bras.

 

Pour lever l'interdit du budget, deux solutions ont été proposées par les Chiliens mobilisés : la première réclame la suppression totale de la TVA sur le livre, et ainsi un retour à la situation de 1976, quand le livre chilien était libre de toutes taxes. La seconde, le plan « B comme Bibliothèque » s'appuie comme son nom l'indique sur les établissements de prêt, peu présents dans les habitudes de lecture des Chiliens : 11 % seulement d'entre eux ont emprunté un livre l'année passée. Dans l'hypothèse d'une suppression de la TVA, les rédacteurs du manifeste soulignent qu'il ne s'agirait que d'« une première étape dans une politique de promotion de la lecture et du livre plus ambitieuse et plus compréhensive ».

 

En Espagne, les mêmes questions ont refait surface avec l'intention du gouvernement d'augmenter les prélèvements sur les produits culturels : seuls le livre papier, les journaux et les magazines seraient épargnés, et conserveraient leur « taux super réduit » de 4 %. Les autres secteurs, qu'il s'agisse de la musique ou du livre numérique, font grise mine. À partir du 1er septembre, la hausse de la TVA à 21 % sur ces produits pourraient donner le coup de grâce à des industries soit naissantes, soit déclinantes.

 

Le livre numérique va ainsi voir son prix considérablement augmenter, et donc l'argument du prix réduit par rapport au papier être égratigné. « La hausse de la TVA va nous faire du mal. Les efforts que nous faisons pour promouvoir l'ebook sont réduits à néant par la différence des taux papier et numérique » alertait il y a quelques jours Javier Cortés, président de la Guilde des Éditeurs espagnols. (voir notre actualitté) Déjà fragilisée par la crise, l'édition du pays comptait sur le livre numérique...

 

Mais si Tax Pacem, Para Bellum...