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“Du libraire confiné au lecteur con fini”, par Rodolphe Urbs 

Auteur invité - 20.03.2020

Edition - Librairies - libraire confiné - lecteur con fini - vente livres internet


Je préfère vous dire que, lieu de nécessité ou pas, nous ne rouvrirons pas la librairie pour l’instant. On ne va pas risquer de choper un truc sous le prétexte idiot que nous serions relégués à un niveau de denrée indispensable pour des lecteurs qui paradoxalement préfèreraient mettre en danger leur entourage et les autres au nom de la littérature et de la liberté.

par Rodolphe Urbs 
librairie La mauvaise réputation
(Ce n’est que mon opinion)
© Rodolphe Urbs
 

Le virus, Amazon et bibi



Nous ne sommes pas n’importe qui ! Nous sommes un peuple qui a des lettres ! Laissez-moi flâner chez un libraire ! C’est essentiel !

Je te le dis gentiment, ami lecteur, va mourir !

Pour peu que Bruno Le Maire décide que nous soyons indispensables, je vous préviens que Jardiland devra ouvrir pour ma mère, le bistrot du coin pour le voisin et la pizzeria locale pour un pote dont c’est la nourriture primordiale. Chacun ses priorités.

Argument de poids (plume) : « Amazon va tout rafler ». On s’en branle. On n’est pas là pour jouer la concurrence. Apprends, si tu l’ignores, que la loi du prix unique (loi Lang 81) sauve les librairies. Ça, il faudra continuer à le défendre. Ça, Amazon rêve de le faire tomber. Cette loi que l’on pourrait comparer au prix des clopes oblige tous les libraires (Amazon inclus) à te vendre un livre au même prix partout. Point.

On peut facilement imaginer que c’est l’absence d’une loi identique pour les disquaires qui a ruiné le milieu des vendeurs de disques lors de l’arrivée des FNAC.

Amazon ne m’intéresse pas. C’est l’impatience de la clientèle qui le fait grossir, cette volonté de posséder au plus vite l’objet. Enfin je possède en moins de 48 h !

C’est cette impatience qu’il va falloir calmer, cette même impatience de consommation qui nous prend pour des cons en nous disant qu’en pleine épidémie, alors que tout le monde doit supporter une situation complexe et dangereuse, il faudrait que nous soyons ouverts parce que le lecteur est un enfant capricieux qui supporte mal qu’on lui refuse un poney à Noël.

Tu vas attendre. Et ce sera agréable de se revoir à la librairie. Parce que tu auras vraiment envie. Moi aussi. Et nous prendrons notre temps.

Rodolphe Urbs,

Librairie/Galerie La mauvaise réputation



Commentaires
Bien vu. Suis pas d'accord avec que j'ai vu hier à la télé. On ne peut pas prétendre "la culture à la portée de tous" si on veut que ce soit une sorte de monopole. Interdit à la Fnac, au Leclerc, etc. Les gens lisent moins. Y a plus de chevaux, et les maréchaux-ferrants ont disparus ... Les garages les ont remplacés ? J'achète où je veux, et même, où je peux. Le prix unique c'est très bien. Faut pas pousser plus loin, le combat de trop.
C'est bien tourné, c'est direct, ça ne suinte pas le gémissement habituel, la revendication capricieuse des frustrés et les petites querelles emm... pour des broutilles. Un bon bol d'oxygène, quoi. Une invitation à être enfin adultes, patients et conscients de la gravité de l'expérience sanitaires que nous vivons tous à présent. C'est dans la ligne des artistes, scientifiques et personnel soignant qui donnent au lieu de grincer, revendiquer, exiger même. Et très loin du troupeau bêlant des chichiteux égocentriques y larmoyants.



Merci Monsieur Urbs pour cette brève secousse tellurique!
J'adore votre humour, Mr Urbs. DE plus, les librairies deviennent indispensables, alors qu'elles meurent les unes après les autres depuis 25 ans,. Les risques, nous les prenons tous les jours en ouvrant nos librairies. Ceux qui tiennent encore sont des héros depuis longtemps.
Merci pour ce billet si juste. On ne va pas non plus ouvrir les médiathèques pour prêter le dernier Marc Levy et des Max et Lili ! Que chacun sorte ses classiques du placard et à défaut médite sur sa pauvre condition humaine. Après la crise, il pourra courir chez son libraire pour se constituer sa bibliothèque de survie pour les prochaines décennies.
Bravo Monsieur Urbs !



Quelle justesse et quelle alacrité pour épingler les travers d une société qui se prétend éduquée, regorgeant d urbanité surtout pour l'entre-soi!



Merci, longue vie à La mauvaise réputation !
En revanche les supermarchés entre tomates et yaourts continuent de pouvoir vendre des livres ..votre article humoristique ne dit pas combien de librairies déjà exsangue vont fermer définitivement après ce fléau.. un autre drame économique et humain.
Honnêtement, je ne suis pas convaincu de la concurrence des supermarchés niveau littérature. Je tiens l’anecdote d’un client de la librairie qui est responsable livres chez Auchan : il n’a jamais été aussi tranquille que ces dernières semaines.
J’espère que cette période de confinement sera une occasion pour les libraires de se remettre en question.



L'histoire d'Amazon (et la livraison) est un faux problème. Actuellement, on peut toujours acheter un ebook sur la FNAC, Amazon...



Les disquaires et les librairies, se sont faits massacrer par la Fnac et Virgin qui eux même ont été menacés par Amazon. la Fnac a su évoluer et pas Virgin. Demain, Amazon aura une autre concurrence.



Demain, ce n'est pas Amazon qui tuera les librairies (avec la livraison) mais les éditeurs qui proposeront sur leur site ou sur une plateforme (Apple, Amazon ou Android) les livres numériques. Ceux qui pensent que les livres numériques ne remplaceront jamais le livre papier devraient se rappeler que la voiture a remplacé la calèche et qu'elle était beaucoup plus décriée à l'époque.



On critique souvent Amazon mais on devrait aussi critiquer les librairies.

Avec un libraire qui me dit

-"Notre fournisseur ne nous propose pas ce livre ou cet éditeur"

-"Vous pourrez chercher ce livre (un bouquin de la pléiade) la semaine prochaine (on est mardi)". Ils ont mis deux semaines pour l'avoir.

-"On ne vend pas ce type de livre (car c'est un bouquin trop pointu, en langue étrangère ou une BD)"

-"On propose surtout que des livres en français et de France" (Très peu d'auteurs québecois ou suisses en rayon hors Cendrars, Rousseau ou Dickers et il a fallu trois semaines pour avoir le dernier livre de Martin Michaud). Impossible de commander un livre aux éditions Routledge (UK) ou Springer (Allemagne).



C'est difficile des fois de commander un livre à son libraire.



Je le dis sans honte. Je préfère commander sur Amazon des livres difficilement procurables dans une librairie classique (qui se préfère ne vendre que du Nothomb, Houellebecq, Musso, Modiano...). Que cela soit un livre papier ou un livre numérique.



Le libraire du coin me dit sans arrêt depuis des années qu'il pense à fermer faute de clientèle. Je lui signale que les gamins du quartier vont acheter des BD ou des mangas à la FNAC ou chez Cultura (c'est hors de la ville) car il n'en propose pas. Il ne veut pas en vendre.

Je lui ai aussi dit de parler de sa situation avec les candidats aux municipales.

D'ailleurs, personne n'a demandé aux candidats aux municipales en France d'évoquer des solutions pour les libraires qui ferment.
A vous lire il nous faudrait des locaux de 40000 m2 et une trésorerie équivalente à Fort Knox.
Cher Mr Joe,

On peut aussi choisir sa librairie… Nous (les libraires) sommes tous soumis à une chaîne du livre identique. Une librairie n'a pas "son fournisseur" qui ne serait pas le même que celui de la librairie voisine. A moins qu'il n'ait vraiment plus de trésorerie et se fournisse chez un grossiste. Mais c'est rare et ça concerne plutôt les maisons de la presse.



En revanche, une librairie ne peut pas tout proposer en stock. Sa surface et ses finances la contraignent à faire des choix. Des choix dictés aussi par ses goûts. C'est la différence majeure avec les plateformes, qui ne vendent que des produits et usent d'algorithmes pour orienter les ventes.



Alors, merci pour ce billet, Rodolphe Urbs, ça fait du bien ces jours-ci de voir que les libraires sont humains et responsables, et puisqu'on a le temps et qu'on n'est plus soumis·ses aux diktats de l'actualité, profitons-en pour (re)lire les livres qui prenaient la poussière sur nos étagères.



Une libraire confinée.
Cher confrère , ajoutez une légère modification à la loi de 2014 en faisant payer au lecteur le coût réel du transport au lieu des un centimes qui deviennent la règle.La librairie physique sera ainsi respectée.Le client aura le choix : il pourra se faire livrer chez lui mais en payant.L'acte sera écologique : le client réfléchira avant d'acheter et les petits sites de vente en ligne seront un peu moins défavorisés face aux plus gros. Ajoutons la palme de la bêtise à de nombreux éditeurs qui vendent en ligne avec un centime de frais de port : une insulte envers leurs détaillants et une tombe qu'ils creusent progressivement en se rendant dépendant des gros sites de vente en ligne.
Cher confrère, c’est une piste mais je préférerais que les diffuseurs supportent plus cette charge que les clients
J'aurais l'occasion de défendre mon point de vue dans un petit billet prochainement.A bientôt.
Les Amis de San Antonio m'ont écrit hier. Con fini, non, mais" Con finé", c'est plus positif, non?
Les amis de San Antonio sont FORCÉMENT des gens intéressants
L'occasion de relire et c'est encore meilleur 😁
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