Du lien ténu entre littérature jeunesse et cinéma

Clément Solym - 17.03.2012

Edition - Société - cinéma - littérature - jeunesse


La rencontre est organisée par La Charte des Auteurs et Illustrateurs Jeunesse, autour d'auteurs aux parcours variés. Ont répondu présents Jean-Michel Payet, architecte, illustrateur ; Guillaume Guéraud, auteur (Arrête ton cinéma, Affreux sale et gentil, Sans la télé...) ; Mikaël Ollivier, auteur adapté en téléfilms (Frères de sang, Celui qui n'aimait pas lire...) ; Rebecca Dautremer, illustratrice (Cyrano, Elvis, Le Petit Théâtre de Rebecca...), ainsi que Pierre Linhart, réalisateur de la série Clash, sur les relations familiales, relations parent-sados, en 6 épisodes.

 

La table ronde portait sur la relation que ces auteurs entretiennent au cinéma, et comment cet art influe sur leur écriture. Quelles casquettes ont-ils décidé d'endosser ?

 

De gauche à droite: Pierre Linhart, Jean-Michel Payet, Mikaël Ollivier, l'intervenant de La Charte et Guillaume Guéraud.

 

L'auteur-cinéphile

 

Jean-Michel Payet est coauteur de la série Blue Cerise, qui se déroule autour d'un groupe de jeunes cinéphiles. Est-ce une image plus ancienne de la cinéphilie qu'il projette ?. « Nous sommes tous cinéphiles », explique-t-il en parlant des autres auteurs de la série, « et j'espère qu'il y a encore des cinéphiles ». Le procédé d'écriture de la série, mettant en scène trois personnages très amis, est relativement complexe, mais pour une bonne raison. « Une saison du livre se déroule sur un laps de temps d'une semaine. Comme nous écrivons tous sur ce même laps de temps, tous les personnages partagent les mêmes expériences, ont les mêmes repères (une rencontre, etc) qui doit se retrouver dans tous les récits. Cela donne un effet de réel ».


Ses personnages sont-ils cinéphiles ? Il explique avoir choisi pour chaque saison un classique du cinéma, pour transmettre l'envie de voir de tels films. Cela n'aurait pas pu fonctionner avec des films contemporains, qui vieilliront plus vite. De cette façon, le livre vieillira moins rapidement.

 

L'auteur-scénariste

 

Mikaël Ollivier est moins certain de parler de cinéma dans ses romans, mais il est certain que le cinéma a bel et bien une influence sur lui. « Le cinéma a pris une position essentielle dans ma vie, mais je ne suis pas sûre d'en parler. Car je sais pas comment le cinéma a une influence dans ma vie ». Après avoir fait une école de cinéma, il écrit un scénario dont personne ne veut, et dont il fait un roman par la suite. « J'ai toujours été scénariste et romancier en même temps, dès que j'ai commencé à gagner ma vie ».


Quelle est la place du jeune public dans ses écrits ? « J'ai été publié en premier par un éditeur jeunesse. J'ai pris un grand plaisir à me mettre dans la peau d'une fille de 11 ans. Tous mes romans même veux pour adultes tournent autour de l'enfance ». Il remarque cependant que les adaptations de ces romans en téléfilms change la catégorie de public auquel il est destiné. En clair, l'adaptation en fait une toute autre histoire. En effet, son best-seller Frères de sang, livre pensé pour un jeune public, a donné lieu à un film interdit aux moins de 12 ans.Pour le moins étonnant !

 

L'auteur sans le cinéma

 

Guillaume Guéraud a grandi sans la télé (comme il l'explique dans son roman éponyme), et estime aujourd'hui que c'était une sage décision. « Je suis issu d'une famille où l'on trouve que la télé rend con. Mais j'ai été assez tôt au cinéma, et régulièrement ». Il écrit des scénarios de courts-métrages, monte une association pour recevoir des subventions, mais rien n'y fait. Ca ne marche pas. C'est là qu'il décide d'arrêter. « Je suis bien, seul ». Lui aussi décide d'adapter un de ses scénarios en roman. A-t-il pensé à faire adapter un de ses textes ? Il adopte plutôt la démarche inverse. « J'ai écrit un gros roman, l'histoire d'un monde où il n'y aurait plus d'images. Je l'ai même envoyé au pire des réalisateurs français, qui s'avère être aussi le plus riche, Luc Besson. Je n'ai plus envie d'être impliqué. Je sens toujours une grande liberté dans l'écriture ».


Ses inspirations personnelles tournent autour des films de Gus Van Sant (Elephant, qui a beaucoup influencé l'écriture de son roman Je mourrai pas gibier). « Ce sont des films violents qui m'influencent, et qui influencent mes personnages ». Mettre en scène la violence n'est pas chose aisée, et demande un travail conséquent. Ce ne sont jamais des scènes soumises au hasard ou au naturel. L'auteur est donc influencé par le cinéma, mais dans l'esprit plus que dans la forme.

 

L'auteur-animateur


 Rebecca Dautremer


Face à lui, Rebecca Dautremer vient d'expérimenter le travail éprouvant d'adaptation de son travail en film d'animation. Elle travaille depuis 15 ans dans l'édition jeunesse, et s'est retrouvée directrice artistique sur un gros projet de film d'animation : Kerity. Son ressenti ? « Ca a été difficile, et frustrant. Le film d'animation sous-entend des contraintes énormes, c'est une horreur mais c'est passionnant ». En effet, rien ne rattrape un scénario mal fichu. Des scènes auxquelles on prête peu attention peuvent avoir été réalisées pendant des jours et des jours. « Les gens ne se rendent pas compte que dans un film d'animation, réaliser l'image d'un homme qui court, si il n'y a pas de sable, s'il n'y a pas de gars, de vent, de poussière... ça ne donnera rien. Il faut tout faire ».

 

Pierre Linhart enseigne à la Femis, et précise qu'il existe au sein de l'école un atelier destiné aux auteurs jeunesse pour adapter un livre en films. Cet atelier propose une véritable initiation à l'écriture de scénarios.

 

Le passage du roman au film n'est pas chose aussi aisée qu'on pourrait le croire. Si cinéma et littérature jeunesse s'entrecroisent certainement, la sensibilité et le vécu de l'auteur font le reste.

 




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.