Du LIVRE de Mallarmé au livre mal armé, entreprise de l'ebook global

Clément Solym - 30.12.2010

Edition - Les maisons - mallarmé - numerique - lecture


C’est l’histoire d’une jeune maison d’édition, qui vient de réunir 36 participants pour la réalisation d’un ouvrage sur Mallarmé. Un livre d’art, et qui a, pour attirer l’attention, deux qualités mises en avant : sa gratuité et son format. Il est numérique.

Le projet mallarméen de « livre total » vient de se (dé)matérialiser dans une oeuvre composite que les éditions Gravitons ont publiée. « C’est un travail autour d’une expérience particulière du livre », explique Médéric Beaunier, cofondateur avec Débora Bertol, de la maison. La publication s’est faite sous le regard de Franck Ancel, directeur de la publication et à l’origine de la déclinaison écrite du projet présenté dans le cadre du salon ArtistBook International, présenté au public, au centre Pompidou, le 17 décembre dernier. Ainsi est apparu Du LIVRE de Mallarmé au livre mal armé.

Répondre aux attentes modernes

Un livre numérique, littéralement à 360 °, et qui présente « une lecture circulaire, dont la gratuité s’inscrit dans la poursuite de la performance présentée durant le salon », poursuit Médéric. Sa maison n’aura pour vocation de publier que des oeuvres numériques, dont Du livre est la première pierre. « Nous publierons plus souvent des essais que des livres d’art, mais nous espérons avant tout profiter d’un support immatériel inépuisable, actualisable et qui répond pleinement aux problématiques contemporaines de portabilité et de consommation. » Aucune perspective papier dans ce contexte et des premières publications qui arriveront début 2011.


Mallarmé aura ainsi servi de victime, à son corps défendant, mais probablement n’aurait-il pas désavoué le projet. Les éditeurs se présentent volontiers comme « des artisans, avec pour perspective de servir le lecteur et l’auteur, en valorisant le contenu », bien plus que des gens empressés de rentabiliser l’actualisation d’un livre numérique. « Avec Mallarmé, nous avons tenté un essai, qui nous servira pour l’avenir. Nous voulons articuler nos publications autour d’un contenu multimédia, et enrichir la réflexion par ce biais. »

Un livre global, dont on ne sort jamais

De son côté, Franck Ancel présente une oeuvre inédite. « C’est avant tout la rencontre avec une jeune maison d’édition, par rapport à ce projet éditorial à 360 °. Mais également une envie de parler encore de ce poète, dont les manuscrits originaux sont conservés aux États-Unis et non à la BnF. J’ai d’autres projets d’éditions de ces textes auxquels j’ai pu avoir accès. Certains de ces livres sont totalement inconnus ! »

Le projet, librement téléchargeable, et consultable sur tout appareil supportant le format ePub (et sans DRM) se présente comme un écho au livre total. « Ce n’est pas un ouvrage d’universitaire, mais un projet littéraire et artistique bien spécifique, avec une vision globale. Nous avons opté pour un processus et un fonctionnement répondant au processus de Mallarmé, avec l’apport de l’environnement numérique. Nous avons eu l’idée de strates et de couches pour les entrées du livre, dont finalement, il n’existe ni fin ni commencement, et dont on ne sort plus, une fois la première page ouverte. »


Le livre réunit également des compétences et des personnes très différentes, journalistes, artistes, universitaires. « Nous y avons intégré, par exemple, l’extrait d’un texte de Jacques Scherer, qui est épuisé depuis 30 ans, avec l’accord de son épouse. On pioche aussi dans une conférence, on ajoute des images, des illustrations, comme celle de Sabine Hossenfelder, qui n’est pas immédiatement reliée à Mallarmé, mais s’en approche. Il s’agit d’une formation de trou noir, avec des quarks et des anti-quarks... On trouvera aussi une entrée anglaise, et bien d’autres approches pour poser la question du réseau et d’une littérature devenue infinie. »

Citons également le texte d’Antoine Moreau, fervent défenseur du Copyleft, Le livre en suite, dont on ne peut que recommander la lecture, pour son étonnante originalité. Du LIVRE de Mallarmé au livre mal armé est alors un « point de départ ou finalité de la modernité, le livre global de Mallarmé se confronte désormais avec une autre globalité contemporaine, liée à l’environnement digital. » Comprendre, numérique, évidemment...

Plus d'informations sur le site de la maison Gravitons