Du livre imprimé au livre numérique, regards croisés et passerelles

Claire Darfeuille - 13.11.2014

Edition - Economie - assises livre numérique - booktubers prescription - lecture conseils


Les Assises du livre numérique se sont déroulées mercredi 12 novembre à Paris. Entre autres événements de cette riche journée professionnelle organisée par le SNE, une table ronde était consacrée à « Livre imprimé, livre numérique : regards croisés », suivie d'une présentation du phénomène des Booktubers.

 

Isabelle Bouche, Pierre Coursières, Laure Prételat et Agnès Furman

Assises du livre numérique 2014

 

« Il n'y a pas de cloisonnement (entre l'édition numérique et papier.Ndr), mais des métiers qui s'inventent », a estimé Agnès Fruman, secrétaire générale des éditions Albin Michel, en introduction de cette table ronde qui rassemblait Laure Prételat, ex-Editis et co-fondatrice de la plateforme d'aide à l'autoédition Librinova, Isabelle Bouche, attachée de presse des éditions Tallandier et Pierre Coursières, président du directoire du Furet du Nord et ancien responsable de la Fnac.

 

À la tête d'un des plus grands réseaux de librairies de France, le Furet du Nord, ce dernier précise que le livre numérique ne représente encore que 2 à 4 % de leur chiffre d'affaires, mais estime aussi que le « marché est en train de se massifier et de se féminiser ». Il note par ailleurs que les clients sont de deux types, « soit de gros lecteurs, soit des consommateurs qui viennent au livre numérique par le gratuit ». 

 

Les librairies françaises résolues à s'occuper du livre numérique

 

Après avoir activement œuvré au passage de la loi sur le prix unique du livre, il dit ne pas redouter l'implantation d'Amazon, mais être « inquiet seulement que le e-commerçant n'ait pas les mêmes contraintes ni ne réponde aux mêmes règles ». Il estime qu'« ils ont toute leur place sur le marché français, à condition qu'ils paient leurs impôts là où ils vendent ». Il relève par ailleurs qu'« aux USA, les librairies locales ont laissé tomber le livre numérique, abandonnant le marché à Amazon », mais que « les librairies françaises, elles, sont résolues à s'en occuper ». Ainsi, les bornes ebook mises en place pour dans les librairies peuvent être personnalisées par les libraires avec leurs nouveautés et leurs coups de cœur. Il note par ailleurs que « s'il n'y a pas de libraires en magasin, il ne se passe rien ».

 

Laure Prételat rappelle de son côté que 96 % des livres sont encore vendus en papier. La plateforme Librinova qu'elle dirige offre un service d'autoédition aux auteurs, puis une diffusion via 90 librairies en ligne. Ceux-ci cèdent leurs droits de diffusion, mais conservent les droits d'exploitation. Elle estime que c'est « la solution idéale pour les auteurs non édités qui peuvent ainsi voir leur livre exister et être lu ». Librinova ne propose pas de contrats d'édition, mais si un livre atteint 1 000 ventes, « on devient agent et on cherche un éditeur pour l'auteur qui est libre de refuser ». Une impression à la demande est aussi possible en tirage limité. Lancé en mars 2014, le site propose 100 livres dont trois sont en cours de signature d'un contrat d'édition. Le passage par le livre numérique serait donc « un test pour voir si un livre fonctionne et un tremplin vers l'édition traditionnelle », l'autoédition trouvant ainsi à « s'intégrer dans la chaîne du livre habituelle ».

 

L'attachée de presse des éditions Taillandier, spécialisées en Histoire et en sciences humaines, témoigne de l'évolution de son métier en fonction des nouvelles pratiques numériques. Elle note que « beaucoup de journalistes français rechignent encore à lire les livres en version numérique », alors qu'à l'étranger le pli serait pris. Pour la diffusion des services de presse, le numérique représente, selon Isabelle Bouche, « un gain de temps, la sécurité que le livre est arrivé à destination, ainsi qu'une économie ». Elle aborde la question des réseaux sociaux et des blogs spécialisés qui sont des relais importants, mais dont il est encore difficile d'évaluer très précisément l'impact.

 

Le phénomène des booktubers

 

Laure Prételat estime que les blogueurs ont « une influence sur l'e-réputation de marque ou d'auteur » et relève que « chaque lecteur peut désormais devenir critique littéraire ». Une promotion des livres par les lecteurs qui prend de nouvelles formes... Ainsi, Flore Piacentino, chargée de mission numérique au SNE, présente en conclusion de cette rencontre, la mode des « booktubers », à savoir des jeunes qui se mettent en scène dans des vidéos sur Youtube pour promouvoir les livres qui leur ont plu. Ceux-ci peuvent rassembler de 500 à plus de 10 000 abonnés, comme les « Lectures de Nines » ou encore, aux États-Unis, l'expansive Cristine suivie par 160 000 fans, laquelle peut même vous apprendre à lire sous la douche…

 

 

 

Pierre Coursières estime à l'issue de cette présentation que « ces jeunes poussent les livres ». Selon lui, les libraires sont « très crédibles » et les internautes ont désormais « une place importante qu'il faut prendre en compte ». Pour Laure Prételat, nul doute que « ces jeunes qui parlent aux jeunes » peuvent aider à vendre des livres. Elle relève que chacun, s'il utilise les vidéos virales pour diffuser leur message, présente à l'écran… des livres papier.