Du sexe dans la littérature jeunes adultes : fin d'un tabou ?

Clément Solym - 14.02.2013

Edition - International - jeunes adultes - littérature - sexualité


Une littérature pour jeunes adultes qui penche vers un érotisme certain... voilà qui fait sourire. Pourtant, l'édition jeunesse n'a pas manqué l'occasion de profiter du succès Fifty Shades of Grey : comment se priver ? Le livre Irresistible, de Liz Bankes, raconte ainsi la vie d'une ado de 15 ans et ses premiers ébats et émois. Surprenant ? Du tout.

 

 

young love

 heartcaves, (CC BY ND 2.0)

 

 

La littérature doucement torride des romans de E.L. James n'a pas manqué de faire chavirer les coeurs des maisons d'édition à travers le monde. Les ventes sont au rendez-vous, et il fallait bien reproduire ce modèle pour conquérir un public ado. Mais le domaine « Steamies », mieux connu sous le nom de New Adult Fiction a été inventé voilà quelque temps déjà. C'est St Martin's Press qui en produisit les premiers exemplaires, pour toucher un public plus large. 

 

Sur le réseau social Goodreads.com, on dénombre bien des comptes d'adolescents, avec une croissance particulièrement forte, en l'espace de deux années. Une page New Adult Fiction fut d'ailleurs mise en place, avec 14.000 titres recensés en septembre 2012 - soit une augmentation de 500 % durant les deux années. 

 

Mieux : sur la liste des meilleures ventes du New York Times, trois des titres ont été classés dans cette catégorie. Pour Elizabeth Chandler, fondatrice de Goodreads, la tendance existe réellement, et rencontre évidemment le succès que l'on constate. « Le sexe a toujours été un problème dans la fiction jeunes adultes, mais historiquement, c'est une véritable problématique qui se pose », explique le Dr Lucy Pearson, maître de conférence à l'université de Newcastle. 

 

En 1975, Forever de Judy Blume, sort, marquant un tournant dans l'histoire de l'édition. Un livre dans lequel des adolescents ont des rapports sexuels, parlent de sexe... sans que rien de choquant n'arrive. Un phénomène encore rare à l'époque, mais qui montre que l'on peut librement aborder la question de relations sexuelles saines dans les livres pour les jeunes. 

 

Retour en 2013 avec le livre de Liz : Piccadilly Press, l'éditeur, et sa directrice générale, Brenda Gardner, assument complètement le côté torride du livre dans Le Telegraph. Mais c'est avant tout de passion et d'amour, plus que de sexe dont il est question. Destiné aux adolescents de 14 et plus, il trouve toutefois des échos dans d'autres publications, comme chez Random House où le livre de Beth Reekles, The Kissing Booth, plus sexuel, connaît un fort succès dans l'ebookstore d'Apple. 

 

En septembre 2012, le cabinet Bowker montre que plus de 55 % de la fiction ado a été achetée par des personnes de plus de 18 ans, pour elles-mêmes, et étonnamment, que les 30/44 ans représentent plus de 28 % du chiffre d'affaires. Ainsi, ce n'est pas nécessairement le sexe que recherchent les lecteurs - pour exemple, avec les livres de Stephenie Meyer, la mièvrerie le disputait à la chasteté, les adultes ont également fondu.

 

Les lecteurs peuvent se satisfaire de l'absence de scènes sexuelles, mais les éditeurs et les libraires n'ont pas nécessairement la même idée de ce qui peut être vendu. D'ailleurs, dans le top des 15 meilleures ventes New Adult du New York Times , on retrouvait trois auteurs indépendants, autoédités. Des écrivains qui n'ont pas les contraintes d'une maison et sont ainsi plus libres de leurs publications. 

 

L'auto-édition, dont se revendiquait un peu rapidement E.L. James, et la commercialisation du livre numérique sont autant de modalités nouvelles et de fiction plus libres, peut-être. Et la fiction pour adolescents, que les adolescents eux-mêmes pourraient écrire, reflétera alors plus justement les préoccupations - avec ou sans l'expérience...