Du suffrage universel à l'heure de l'inscription aux listes électorales

Clément Solym - 29.12.2011

Edition - Société - Pierre-Joseph Proudhon - suffrage universel - voter


C'est la période qui veut cela : il ne reste plus que quelques heures, grosses heures, certes, pour s'inscrire sur les listes électorales. Les politiques s'agitent, et plus que d'habitude, puisque l'an prochain auront lieu des élections présidentielles. Et plus il y a d'électeurs, mieux c'est évidemment. 

 

Alors, les attaques fusent : du côté PS et même chez François Bayrou, on entendu que l'UMP n'a pas fait son travail, et il est même reproché l'absence d'une campagne nationale pour inciter les citoyens en âge de voter de s'inscrire sur les listes électorales. 

 

Évidemment, cela fait tâche, à moins que l'on ne soit assuré de son lectorat propre. Même Benoît Hamon, du PS, estime que le gouvernement a peur du vote des jeunes, qui seraient les premiers à ne pas s'inscrire, justement. Raison de plus pour ne pas leur signaler qu'il est impératif de le faire.

 

De son côté, François Bayrou a lancé un grand message sur Twitter pour inviter tout un chacun à se rendre à la mairie de sa ville et de s'inscrire, pour pouvoir voter. 

 

Depuis les premiers pas d'un anarchiste...

 

Voter... Est-ce bien là une idée révolutionnaire ? Et si l'on interrogeait pour l'occasion Pierre-Joseph Proudhon, le premier homme à s'être lui-même: qualifié d'anarchiste, avec la célèbre formule « La propriété, c'est le vol » ! 

 

Ce même Proudhon, qui en 1849 publie un ouvrage, Idées révolutionnaires . Et de commenter, le 29 avril, les enjeux du suffrage universel. Le livre est gratuitement disponible dans notre bibliothèque numérique

 

Petit extrait : 

 

Comment se fail-il que ceux-là mêmes qui, il y a trois mois, appelaient de tous leurs vœux le suffrage universel, aujourd'hui n'en veuillent plus.

 

Et comment ceux qui, il y a trois mois, n'avaient point assez de colères contre le suffrage universel, osent-ils aujourd'hui s'en prévaloir?

 

La même absence de principes, la même mauvaise foi explique cette double contradiction. Les uns se plaignent d'une loterie à laquelle ils ont perdu le pouvoir; les autres admirent une mécanique qui leur rend leurs privilèges. La belle chose, vraiment, et morale, et grande que la politique !...

 

Pour nous qui, bien avant la loi Cormenin, protestions contre cette vieille puérilité du suffrage universel, nous avons droit de nous en plaindre, et de la réduire à sa juste valeur.

 

 

Le suffrage universel, disions-nous, est une sorte de théorie atomistique par laquelle le législateur, incapable de faire parler le peuple dans l'unité de son essence, invite les citoyens à exprimer leur opinion par tête, viritim, absolument comme le philosophe épicurien explique la pensée, la volonté, l'intelligence, par des combinaisons d'atomes. Comme si de l'addition d'une quantité quelconque de suffrages pouvait jamais sortir l'idée générale, l'idée du Peuple!...

 

Le moyen le plus sûr de faire mentir le Peuple est d'établir le suffrage universel. Le vote par tête, en fait de gouvernement, et comme moyen de constater la volonté nationale, est exactement la même chose que serait, en économie politique, un nouveau partage des terres. C'est la loi agraire, transportée du sol à l'autorité.

 

Parce que les auteurs qui les premiers se sont occupés de l'origine des gouvernements, ont enseigné que tout pouvoir a sa source dans la souveraineté nationale, on a bravement conclu que le mieux était de faire voter, de la voix, du croupion, ou par bulletin, tous les citoyens, et que la majorité, absolue ou relative, des suffrages ainsi exprimés, était adéquate à la volonté du peuple. On nous a ramenés aux usages des barbares, qui, à défaut de raisonnement, procèdent par acclamation et élection. On a pris un symbole matériel pour la vraie formule de la souveraineté. La poussière des suffrages a été considérée comme l'essence de la raison populaire !...

 

 

On pourra également retrouver de nombreux autres ouvrages sur le suffrage universel dans la bibliothèque