Du vin, des livres et une affaire de corruption italienne

Nicolas Gary - 31.03.2015

Edition - Justice - Italie livres vins - Massimo D'Alema - Matteo Renzi


L'amitié est un bien précieux que l'on cultive dans la politique italienne, avec un certain sens de l'honnêteté. Ainsi, l'ancien président du Conseil, Massimo D'Alema voit rejaillir de vieilles amitiés dans la presse, et notamment Francesco Simone, directeur du CPL Concordia, société axée sur la consommation d'énergie. 

 

 

 

Or, Francesco vient d'être arrêté, pour une sombre histoire de pots-de-vin dans la petite île d'Ischia, située en mer Tyrrhénienne. Et dans le cadre de cette enquête, le nom de Massimo D'Alema avec une dizaine d'autres personnes est apparu. Membre du parti démocrate, celui de Matteo Renzi, Massimo ambitionnait un poste de commissaire européen en 2014. 

 

Et pour accompagner sa candidature, il faisait alors paraître un ouvrage, Non solo euro, publié aux éditions Saint-Simon, et traduit par Edwige Semren, Il n'y a pas que l'euro : démocratie, travail, égalité. Le livre avait joui d'une exposition de bonne facture, puisque le Premier ministre italien, Matteo Renzi, en personne, en avait assuré la promotion – alors que l'inimitié entre les deux hommes n'est un secret pour aucun Italien.

 

Petit problème : dans cette affaire de corruption qui touche l'île d'Ischia, les enquêteurs ont constaté que plusieurs virements avaient été effectués à destination du compte de la Fondation Italini Europei, d'un montant de 20.000 €, puis, un autre, pour l'achat de 500 exemplaires du livre de Massimo, d'une valeur de 4800 €. 

 

« Évidemment, j'ai des relations avec CPL Concordia, mais une relation complètement transparente, qui n'entraîne ni demande de leur part ni mise en œuvre d'actes répréhensibles de la mienne, de quelque nature que ce soit », se défend le politicien. 

 

L'ancien président du Conseil a vivement réagi dans la presse, en dénonçant les amalgames des journalistes : « Je ne suis pas dans cette procédure, aussi je verrai ce que je dois répondre. » Ce qui amuse, et faire sourire jaune, c'est que l'on trouve également des achats de vins – et la famille de D'Alema est productrice de vin. Là encore, raccourci hâtif : aucun lien entre des pots-de-vin et le picrate...

 

Problème, c'est bien CPL Concordia qui a effectué les achats, pour les livres, et plusieurs milliers de bouteilles, produites par la famille du politicien. Selon lui, c'est simplement un sponsoring de la société, qui a accompagné le lancement du livre. 

 

Aucun cadeau étrange, donc, pas plus que des tentatives détournées d'apporter un soutien spécifique à un homme politique. Pourtant, il y a bien un couac : le directeur de CPL, Simone Francesco, avait fait part d'un besoin impérieux de « soutenir le mouvement Italiani Europei, à l'époque où D'Alema est en train de devenir commissaire européen » de l'Italie. 

 

Comme de nombreux appels téléphoniques ont été mis en évidence, les enquêteurs ont tout de même choisi d'auditionner l'intéressé, mais pas en tant que suspect. Entre amis, on ne peut plus discuter ?