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Écrire à l’hôpital : s'extraire de la maladie, et lutter contre la solitude

La rédaction - 13.04.2017

Edition - Société - Écrire à l’hôpital santé - écriture bouffée d’oxygène - maladie solitude hôpital


Lorsqu’on est hospitalisé pour longtemps, la maladie, l’angoisse du lendemain prennent toute la place. À Rennes, Céline Feillel aide les patients à repousser les murs et à rendre élastique le temps qui passe. Par l’écriture. Elle était prof de français lorsqu’elle est entrée à l’hôpital pour y donner des cours.



Les textes écrits par les patients sur le thème "Ceci n'est pas une botte de radis" – au CHU Pontchaillou.



Et comme, parallèlement, elle s’intéressait aux ateliers d’écriture et aux récits de vie, elle a trouvé en ces lieux de quoi développer ses compétences et ses envies, tout en répondant à des besoins évidents.

 

« Je suis devenue un écrivain public qui a un pied à l’hôpital », résume-t-elle. Née en 2000, son association L’Atelier d’écriture a été reconnue d’intérêt général et compte aujourd’hui trois salariés. « Elle est financée par des fondations, les dons des familles, mais nous devons chaque année repartir à la chasse aux subventions. Parce que nous tenons à la gratuité des activités. »
 

L’objectif principal est de valoriser les personnes à travers l’écriture. Il s’agit de gens gravement malades. Les interventions vont de la lecture à voix haute, destinée aux patients très fatigués, en soins palliatifs ou touchés par la maladie d’Alzheimer, aux ateliers d’écriture, en passant par la rédaction de récits de vie. Dans chaque service, un journal informe sur les créations, les activités, crée du lien, laisse des traces, ce qui est très important pour les gens qui sont en fin de vie et leurs familles.
 

« Contrairement aux ateliers d’écriture que je propose en ville, et qui ont lieu en groupe, les ateliers en milieu hospitalier sont forcément individuels. D’abord parce que l’hôpital ne dispose pas de salle pour ce genre d’activité, ensuite par nécessité, les malades n’ayant pas toujours la possibilité de se déplacer. Pour certains, je joue le rôle d’une sorte de secrétaire particulière, traduisant leur parole par écrit et reprenant avec eux les textes après relecture.

 

Mais je tiens à dire qu’il s’agit de projets créatifs, pas de projets thérapeutiques. Une bouffée d’oxygène dans un environnement stressant, en cancérologie essentiellement. Un espace d’expression qui permet de s’extraire de la maladie qui prend toute la place, pour dire : je ne suis pas qu’un patient. »
 

L’association, devenue maison d’édition, publie, en sus du journal, un récit de vie par mois environ. Mais aussi des romans, des recueils de poèmes. En tout, près de six cents livres par an !
 

« L’hôpital a changé, depuis les années 2000. Il s’est ouvert à beaucoup de pratiques. Quand je dois intervenir dans un nouveau service, c’est à partir d’un travail commun avec l’équipe soignante, dont je deviens partie intégrante. Il faut que cela ait du sens pour tous, sinon ça ne marche pas. Pas question de faire de l’occupationnel ni du bénévolat. Je défends le caractère professionnel de mon activité, qui me prend cinquante-deux heures par semaine, et à travers cela la reconnaissance de l’atelier d’écriture en milieu hospitalier. »

 

Céline Feillel et son association proposent également quatre expositions par an (1 200 visiteurs), à l’intérieur de l’hôpital, ouvertes aux gens de l’extérieur, des ateliers d’écriture et de poésie en ville, et des rencontres avec des auteurs, des créateurs, des artistes, des cuisiniers, des œuvres.

 

« On peut regarder un film ou goûter une confiture. Tout ça, c’est de la vie. Et parfois, un soignant découvre que ce patient qu’il prenait juste pour un vieux ronchon est aussi un poète. »

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