E-FRACTIONS : distributeur et diffuseur, à faire sauter les verrous

Julien Helmlinger - 06.01.2014

Edition - International - e-fractionsdiffusion.com - Editeur numérique - Commercialisation


C'est l'histoire d'un militant tourné vers l'avenir du livre et à petit prix, désireux de préserver la cohésion entre les maillons de la chaîne livresque à l'ère dématérialisée. Au cours du mois de septembre 2013, la maison d'édition française E-FRACTIONS lançait ses nouveaux services de diffusion et distribution physique d'ebooks, activités ouvertes à ses pairs dont elle apprécie la ligne éditoriale. Basé en province à Faugères, dans le Languedoc-Roussillon, cet acteur papier et numérique veut contribuer aux meilleures accessibilité et découvrabilité de la littérature contemporaine, sous toutes ses formes, en rompant avec les têtes de gondoles et autres verrous DRM.

 

 

 

 

La fondation de la maison E-FRACTIONS, par Paul Leroy-Beaulieu et Franck-Olivier Laferrère, comme le développement de leur concept de diffusion et distribution numériques par le biais de cartes de téléchargement proposées en librairies, bibliothèques et médiathèques, ont démarré depuis une formation étroite pour s'ouvrir à une collaboration professionnelle dans l'air du temps. Une aventure exclusivement dédiée à la littérature contemporaine qui a débuté en juin 2012, autour de la création d'un premier recueil collaboratif, jusqu'à la mise en orbite de ces nouveaux services qui sont effectifs depuis le dernier trimestre de l'année 2013 et toujours en développement.

 

Partant du postulat voulant qu'un outil ne justifie sa valeur que dans la manière dont on le met à profit, cette entreprise éditoriale découle d'un engagement à la fois militant et éthique. Il s'agit de mettre la technologie au service des éditeurs qui se battent pour la bibliodiversité ainsi que pour ces oeuvres et auteurs désarmés face à la loi des grands groupes éditoriaux. Ceci, sans exclure de la marche du progrès le réseau des traditionnels libraires indépendants et en garantissant une offre contemporaine cohérente et néanmoins riche pour le public.

 

Avec ce principe de commercialisation physique du livre numérique, les lecteurs pourront trouver en librairies des cartes-livre, avec un QR code imprimé sur l'une des faces, qu'il s'agira ensuite pour l'acquéreur de scanner avec son smartphone pour se retrouver sur la page web de téléchargement du bouquin acheté. Le titre en question peut être chargé sur autant de dispositifs de lecture que nécessaire. La commercialisation de ces cartes peut dépendre des librairies. On pourra les retrouver sur des présentoirs spécifiques, à encoches, à côté des lecteurs ebooks dans de grands magasins, ou encore sur de petits présentoirs situés près du comptoir dans des boutiques de taille plus modeste.

 

"Pas de raison que le libraire disparaisse avec le numérique, et avec la carte, l'ebook devient un objet à part."

 

 

La maison vise la publication numérique en premier lieu, tandis que la version imprimée est pensée en série limitée. Une variété de formats qui implique une réflexion sur l'usage des titres : le livre augmenté sera envisagé uniquement dans les cas qui seraient pertinents, qu'il s'agisse d'ajout de vidéo, de bande-son ou autre illustration dynamique, mais sur des fichiers légers, toujours dans une optique d'accessibilité optimale. L'éditeur installé en province anticipe la déception que pourraient rencontrer des lecteurs face à un livre qui prendrait des heures à être téléchargé sur leurs appareils de lecture.

 

Contacté par ActuaLitté, Franck-Olivier Laferrère explique : « L'idée de ce projet est partie simplement. On a tout d'abord développé la distribution physique d'ebooks pour nous, en tant qu'éditeur, tout en considérant que la librairie ne devait pas être exclue de la scène numérique. Pas de raison que le libraire disparaisse avec le numérique, et avec la carte, l'ebook devient un objet à part. Puis on a proposé le projet à d'autres maisons, qu'on connaissait et dont on aimait la ligne éditoriale. D'autres sont désormais en attente, petites et moyennes structures, mais on ne le fait pas pour tout le monde et n'importe quoi. »

 

Pour les éditeurs désireux de s'inscrire dans cette expérience de distribution et diffusion novatrice, E-FRACTIONS DIFFUSION s'occupe de la numérisation, mais il faudra tout d'abord se plier à deux conditions sine qua non. La première est d'abandonner la protection des oeuvres par des verrous de type DRM, souvent perçue comme une nuisance par les usagers et visiblement peu efficace contre le piratage de titres de niche. Puis, la seconde est de commercialiser ses ouvrages à des tarifs raisonnables, dans une volonté de substituer le livre numérique à celui de poche, en première édition plutôt que de le faire en seconde à la suite d'un premier succès en version grand format.

 

« Le ticket d'entrée pour un éditeur, c'est 230 euros pour 2500 exemplaires en cartes de téléchargement. Notre maison s'occupe de la numérisation, de la diffusion et de la distribution à travers le réseau de libraires, de bibliothèques et de médiathèques. La diffusion se fait en ligne également. Notre plateforme, ouverte il y a une dizaine de jours, s'adresse directement aux pros. Si une librairie est signalée dans le cadre de la découverte du livre, l'idée est de rétribuer le pourcentage du libraire quand même. Cela se passe en direct voire par un accord tripartite avec la librairie locale. Dans le cas des médiathèques : un livre acheté donne droit à 25 téléchargements, il n'y a pas de DRM et c'est facile d'usage. » 

  

"Quand je me rends dans une librairie, c'est pas seulement pour acheter un livre, mais aussi faire des découvertes. Malheureusement quand un titre inconnu est cher, le lecteur risque de se rabattre sur un choix plus sûr"

 

 

La maison souhaite dans l'idéal vendre ses ebooks au quart du prix du livre papier, de manière à répercuter les réductions de coûts de l'édition numérique, que ce soit en termes de production et de distribution. Une politique de tarification logique et qui résulte notamment de l'expérience personnelle de ces passionnés de lecture. Dans cette optique d'ouvrir la littérature à un maximum de gens, les livres numériques sont pour l'heure commercialisés sur une fourchette allant de 3,99 à 7,99 euros, contre 5 à 6 euros pour leur pendant de papier, avec les prix les plus élevés qui sont justifiés par des coûts de traduction.

 

Comme le confie Franck-Olivier Laferrère : « Jouer notre rôle d'éditeur c'est aussi prendre des risques. Les prix élevés nuisent à la diversité, on préfère que les publications soient accessibles à toutes les bourses. Moi, quand je me rends dans une librairie, c'est pas seulement pour acheter un livre, mais aussi faire des découvertes. Malheureusement quand un titre inconnu est cher, le lecteur risque de se rabattre sur un choix plus sûr. Mais contrairement aux DRM qui sont rédhibitoires, on n'impose pas les prix aux éditeurs partenaires, on les conseille. » 

 

E-FRACTIONS prévoit de publier prochainement une collection de textes courts, des nouvelles d'auteurs qu'elle aime et qui ne sont pas forcément découverts, tarifés à 0,99 euro l'unité. Des « fulgurances qui se tiennent d'elles-mêmes », et qui traiteront notamment de sujets de société graves voire urgents. Dès ce lundi, pour inaugurer la nouvelle année, sera publié Faire passer, de Carole Zalberg, une fiction sur une société dans laquelle on recule sur le droit à l'avortement.