Ebook : La Justice américaine convoque de nouveau les éditeurs

Nicolas Gary - 03.06.2014

Edition - Justice - ministère de la Justice - éditeurs américains - entente ebooks


Deux ans après que le règlement entre les éditeurs et le ministère de la Justice a été mis en place, le DoJ aurait rouvert certains dossiers. Dans cette affaire, les grandes maisons américaines avaient été impliquées, mais il semble que, pour cette partie, seules Hachette Book Group, Simon & Schuster et HarperCollins aient été entendus. 

 

 

DOJ Frowney Face

(Mr.TinDC, CC BY-ND 2.0)

 

 

Le Wall Street Journal assure que la réouverture de ces enquêtes, au cours des dernières semaines, a généré un peu d'anxiété dans l'industrie du livre. Alors que les éditeurs considéraient que tout était résolu, après le paiement d'une amende record de 166 millions $, pour éviter le procès pour entente, on devait espérer que l'affaire était définitivement réglée. 

 

Dans le procès antitrust qui avait été initié en 2012, les trois éditeurs avaient été les premiers à accepter un règlement à l'amiable, pour une période de deux ans - qui a donc pris fin en avril. En d'autres termes, il leur serait possible de renégocier leurs accords contractuels avec les détaillants, ce qui pourrait bloquer les remises sur les livres numériques que pratiquent actuellement les revendeurs. 

 

Or, et la boucle est de nouveau bouclée, Hachette Book Group est le premier des éditeurs à pouvoir renégocier ses accords - et le conflit présent avec Amazon en est l'une des manifestations. L'implication du ministère de la Justice n'est pas non plus très évidente : les enquêtes qu'il peut déclencher ne débouchent pas toujours sur des actions, mais chat échaudé craint l'eau froide.  

 

Notons que l'article a été publié dans le Wall Street Journal, qui souligne être la propriété de News Corp, multinationale qui détient également l'éditeur HarperCollins.

 

Cette notion est importante : David Gaughran, auteur et analyse assez fin de la situation avait souligné combien les médias s'étaient emparés de cette affaire, tout en n'oubliant pas que les différents groupes concernés par cette histoire sont propriétaires de certains de ces médias.

 

Hachette n'est pas le seul à avoir des problèmes avec Amazon : tous les groupes éditoriaux seront confrontés aux négociations nouvelles avec la firme de Bezos, Penguin Random House , Simon & Schuster , Macmillan et HarperCollins. Et tous, avec six mois de décalage, par rapport à Hachette. Or, chacun aurait intérêt à ce que Hachette l'emporte dans les négociations. 

 

Là où David Gaughran a raison, c'est que les éditeurs, même à la tête de puissants groupes internationaux - et les exemples cités en sont quelques-uns - se présentent toujours comme des firmes artisanales, courageuses, qui font leur possible contre le monstre Amazon. Amazon est effectivement un monstre - et un fabuleux communicant au besoin. Mais pas que. 

 

Faisons le compte : Bertelsmann, propriétaire de Penguin, dispose de dizaines de télévisions, de radios et d'importants médias. Pearson, patron de Random House, possède également des parts dans la télé et la radio, en tant que propriété du groupe RTL. Macmillan, appartient au Georg von Holtzbrinck Publishing Group, qui est assez éloigné des médias, à l'exception de Die Ziet (50 %), qui compterait 2 millions de lecteurs. Quant à HarperCollins, même séparé au sein du groupe de Murdoch, il peut se targuer d'appartenir au même collectif que la Fox, the New York Post, the Wall Street Journal. Le tour est assez complet : pour apitoyer, les éditeurs disposeraient de points de relais assez intéressants.

 

Rappelons également que, si les éditeurs ont été emportés par une enquête pour avoir fixé un prix de vente trop élevé pour les livres numériques, il serait tout à fait possible qu'Amazon se retrouve pris dans une enquête antitrust pour... des prix trop bas. C'est d'ailleurs une plaisanterie qui fait toujours rire les économistes, entre eux.

Trois prisonniers sont assis sur un bac, discutant de leurs peines, leur culpabilité et leurs condamnations. Le premier explique : « J'ai vendu plus cher que mes concurrents, on m'a accusé de profits, monopole et d'exploitation des consommateurs. » Le second : « J'ai vendu moins cher que la concurrence, j'ai été accusé d'éviction, de concurrence déloyale, et de vente à perte. » Et le troisième : « J'ai appliqué les mêmes prix que mes concurrents, et j'ai été reconnu coupable de collusion, de fixation de prix et de cartellisation. » (à relire ici)