Ebook : le gouvernement en mesure de démontrer la culpabilité d'Apple

Nicolas Gary - 24.05.2013

Edition - Justice - Apple - entente - prix des ebooks


Peu après la publication d'emails envoyés par Steve Jobs, présentant l'ancien patron d'Apple comme le maître d'oeuvre d'une possible entente entre les éditeurs et la firme, la justice américaine remet le couvert. Si les prix de vente des livres numériques ont été artificiellement fixés et élevés, le ministère de la Justice entend bien faire éclater au grand jour le scandale. 

 

 

 

 

Les courriels de Jobs, c'était déjà un coup dur. Mettre Rupert Murdoch, le grand patron de News Corp, et propriétaire de HarperCollins, n'était pas mince affaire. Mais les capacités de redoutable négociateur de Steve Jobs se révèlent une fois de plus, et, selon Reuters, la pression vient de monter.

 

 « Je pense que le gouvernement sera en mesure de montrer au procès une preuve directe démontrant qu'Apple a sciemment participé et encouragé cette collusion, visant à augmenter le prix des livres numériques », a précisé la juge Denise Cote, en charge du dossier.

 

À l'occasion d'une audience préliminaire, elle a souligné que son point de vue était provisoire, et ne se basait que sur les preuves examinées jusqu'à lors - incluant les fameux emails. 

 

L'avocat d'Apple, Orin Snyder, n'est évidemment pas de cet avis. « Nous sommes en complet désaccord avec les déclarations préliminaires de la cour, sur le cas présent. Nous sommes impatients de présenter nos preuves, en audience publique, et de prouver qu'Apple n'a pas conspiré pour fixer les prix. »

 

Et d'ajouter : « Le tribunal a précisé que ce n'était pas une décision définitive, et que la preuve, durant le procès, déterminera l'issue du verdict. C'est pour cela que le procès va avoir lieu. »

 

L'audience d'hier a porté principalement sur les questions et motions préalables au procès. Ont été passés en revue certains témoins experts, qui pourraient intervenir, de même que le temps que durerait le procès. La véritable partie de plaisir doit débuter le 3 juin, et durer entre 9 et 12 jours, mais incontestablement, l'absence de Steve Jobs pèsera lourdement sur la décision.

 

La position de la juge reste complexe à comprendre. Outre l'acharnement dont elle a su faire preuve, pour démontrer la culpabilité des éditeurs et d'Apple, elle semble avoir occulté totalement, d'une part, le monopole d'Amazon dans cette affaire, d'autre part, le renouveau des librairies, chaînes et indépendantes, qui ont profité de la mise en place du contrat d'agence. 

 

La croissance de chacun des acteurs, au cours de cette période, est manifeste, et seul Amazon a crié au scandale, du fait des parts de marché qui étaient perdues progressivement. Or, laisser entre les seules mains de cet acteur le marché du livre numérique impliquerait l'instauration d'une position dominante outrancière, reposant surtout sur un format propriétaire. Une vue courte de la part de Denise Cote ? Difficile à dire - Apple en tous cas, ne se laissera pas faire. 

 

De sont côté, PaidContent revient sur les demandes formulées par Amazon, récemment : la société souhaitait que disparaissent de toutes les pièces du dossier, les allusions à son modèle économique, à ses stratégies, et finalement, qu'Amazon disparaisse de cette procédure. Alors, oui : Amazon est-elle la victime ou l'instigatrice de toute cette procédure ? 

 

Les propos tenus par le ministère de la Justice américain ont toujours présenté Amazon comme la victime de cette affaire d'entente, autrement dit, la posture où s'est ancrée la société depuis les premiers temps. Sa volonté de pratiquer une purge complète des documents servant au procès devrait pourtant inviter à la réflexion...