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Ebook : les éditeurs japonais débarrassés de l'emprise d'Amazon

Cécile Mazin - 16.08.2017

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Les éditeurs japonais soufflent : le cybermarchand Amazon vient de supprimer une clause contractuelle douloureuse. Jusqu’à présent, le marchand était en mesure d'imposer aux éditeurs de baisser le prix de vente des ebooks. De la sorte, Amazon pouvait s’aligner sur le tarif de ses concurrents, et même proposer un prix inférieur.


なぜかAmazonのカーゴが
NIC KYU, CC BY ND 2.0
 

 

Le commerce en ligne de livres numériques connaît bien cette méthode – qui n’est par ailleurs pas spécifique à Amazon, Apple l’avait déployée pour le lancement de son iPad et de sa librairie, iBooks. La clause de Nation la Plus Favorisée, introduite dans les contrats passés au Japon a cependant vécu ses dernières heures. Grâce à cette dernière, Amazon pouvait exiger que les vendeurs alignent leur prix public sur celui d’autres libraires en ligne. 

 

Pour la commercialisation d’ebooks au Japon, Amazon avait dû monter une filiale – Amazon Services International, Inc. qui vient donc de supprimer cette clause de ses contrats. La Japan’s Fair Trade Commission a annoncé cette grande révolution ce 15 août. 

 

La décision intervient alors que, précédemment, Amazon avait fait monter la pression sur ses clients éditeurs. La firme américaine avait demandé que les vendeurs puissent proposer un évantail de produits au moins équivalent, voire supérieur, à l’offre de ses concurrents en ligne.

 

La résiliation de la clause NPF découle d’une enquête menée par la Commission de l’Archipel : Amazon avait été soupçonné de violation de la loi antimonopole, déclenchant des inspections des autorités japonaises. Les charges n'ont été abandonnées qu'après avoir reçu de l’entreprise l'assurance qu’elle réexaminait sa politique commerciale.

 

Dans son communiqué, la Commission assure que les changements désormais opérés par Amazon « élimineront les problèmes de concurrence quant aux contraintes de parité exercées ». 
 

Les professionnels du livre heureux d'avoir eu la peau d'Amazon – un peu


« Nous continuerons de nous efforcer d’améliorer l’expérience de lecture de livres numériques », s’est contenté de répondre un porte-parole d’Amazon Japon. Amazon Services International, Inc. s’engage désormais à respecter une concurrence plus saine, sur un modèle proche de ce qui avait été instauré en Europe, début mai.

 

Du cas Apple à la Commission européenne
 

La Commission européenne, menaçant la firme d’une enquête, avait en effet obtenu que l’entreprise américaine supprime des mesures contractuelles anticoncurrentielles identiques à celles appliquées au Japon.

 

Le règlement européen permettait également aux éditeurs d’annuler les contrats sur la vente d’ebooks qui contenaient des dispositions type NPF. Historiquement, le Japon est l’un des derniers pays où Amazon s’est retrouvé confronté aux autorités antitrust à propos de ces contrats. 
 

L’histoire de la clause NPF tourne tout de même bien mieux pour Amazon que ce ne fut le cas pour Apple. En effet, deux ans après le lancement de l’iPad, le ministère de la Justice américain (DoJ) suivi par des dizaines d’avocats généraux avait porté plainte pour violation des mesures antitrust. 

 

En 2012, se lançait donc un grand procès impliquant la firme à la Pomme – accusée et reconnue par la suite coupable d’avoir faire artificiellement augmenter le prix de vente des livres numériques. Amazon, avec sa tarification de 9,99 €, avait semble-t-il marqué les esprits, et imposé une tarification admise comme naturelle par tous. 

 

Apple fut condamné à 450 millions d’amendes. Trois des éditeurs impliqués avaient, pour leur part, opté pour une solution à l’amiable de 69 millions $, par la suite reversé aux clients. Apple s’était toujours défendu en répondant que le ministère de la Justice cautionnait le monopole d’Amazon, au détriment de la pluralité des vendeurs.