Ebook : Les libraires européens appellent à l'interopérabilité

Antoine Oury - 16.05.2013

Edition - Librairies - librairie - interopérabilité - livre numérique


L'European and International Booksellers Federation (EIBF) offre la tribune de son grand rendez-vous bruxellois à l'université Johannes Gutenberg (Mainz, Allemagne) et son étude sur l'interopérabilité. La conclusion ne laissera personne indifférent, même si cette dernière est déjà connue par la grande majorité des professionnels : « Aucune raison technique ou fonctionnelle ne s'oppose à l'utilisation et à l'établissement du format EPUB3 comme standard pour l'ebook. »

 

 

Spider Web

l'intéropérabilité, pour éviter le piège

de bunnygoth (CC BY-ND 2.0)

 

 

Enfin, en théorie... En pratique, il y a bien des résistances à cette adoption, prônée de longue date par le consortium international des éditeurs en numérique, l'IDPF. Notamment commerciale : les plus grandes librairies de livre numérique, Amazon et Apple en tête, résistent à coups de verrous numériques et autres formats propriétaires.

 

Voilà donc l'obstacle principal à franchir : « Avec l'implication d'Amazon et d'Apple, la barrière des verrous numériques entre les systèmes pourrait être facilement levée en modifiant simplement les librairies et les applications correspondantes, et en partie en demandant simplement plus d'accords entre les différents acteurs à propos d'une solution de DRM interopérable », note ainsi l'étude.

 

Il resterait ainsi la possibilité d'un DRM, et non d'une levée complète de toutes les restrictions. L'IDPF planche d'ailleurs sur une solution interopérable et open source, sous la forme d'un moteur de rendu pour l'EPUB3. Le DRM interopérable, confié à Bill Rosenblatt, se fait lui toujours attendre. Étant donné la teneur du communiqué, nul doute qu'il ne devrait plus tarder.

 

Si l'interopérabilité s'invite à la conférence de l'EIBF, c'est parce que les formats propriétaires des grandes librairies du Web restreignent les avantages que les autres acteurs pourraient tirer du livre numérique. Habitués, mais aussi contraints, à une seule plateforme, les consommateurs favorisent malgré eux la création de monopoles.

 

À ce titre, John Mc Namee, président de la branche européenne de l'EIBF, rappelle : « Les libraires sont prêts à promouvoir des modèles économiques qui rendent les contenus accessibles aux consommateurs qu'ils fréquentent chaque jour dans leur librairie physique ou numérique, les lecteurs européens. » Et il ajoute : « Ils soutiennent avec ferveur un marché ouvert, sans restrictions territoriales, dans le respect du droit d'auteur. »

 

Du côté des instances européennes, où l'on cherche à éviter les monopoles à défaut des arrangements fiscaux, la satisfaction est de mise, avec un soutien résolu affirmé par Neelie Kroes, vice-présidente de la Commission européenne en charge de l'agenda numérique. « Cette étude propose des pistes intéressantes afin d'atteindre une véritable interopérabilité pour le marché du livre numérique, avec des formats d'ebooks et des solutions de DRM interopérables. » Les regards se tournent alors vers la musique au format numérique, qui se débat toujours avec les DRM malgré quelques progrès dans ce domaine.

 

Une suppression complète des DRM n'est donc pas à l'ordre du jour, malgré les nombreux arguments qui soulignent ses effets néfastes sur les ventes et quasi nuls sur le piratage : l'éditeur Tor témoignait ainsi de ventes stables après la suppression complète de ses verrous numériques. Mais les libraires tiennent avant tout à mettre en confiance les ayants droit : « Le DRM est nécessaire seulement si l'ayant droit souhaite protéger sa propriété intellectuelle par des mesures hautement restrictives », note ainsi l'étude, menée par les professeurs Christoph Bläsi et Franz Rothlauf de l'université Johannes Gutenberg.

 

L'étude complète est disponible à cette adresse.