Ebooks en bibliothèque : Penguin Random House améliore son offre

Antoine Oury - 04.12.2015

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La fusion de deux supergroupes éditoriaux, Random House et Penguin, en 2013, soulevait des craintes quant à la construction d'un monopole mondial. Mais impliquait également des réactions en chaîne liées à une nouvelle stratégie commune : au sein de cette dernière, les conditions de prêt des titres des deux groupes, singulièrement différentes, devaient nécessairement s'accorder. C'est désormais chose faite, mais les bibliothécaires sont partagés.

 

Penguin Random House, The Girl On The Train - Frankfurt Buchmesse 2015

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Les bibliothécaires américains attendaient le verdict avec impatience : jusqu'à présent, les conditions du prêt de livres numériques étaient radicalement différentes, selon que l'on se tourne vers l'un ou vers l'autre. Chez Random House, on mettait en avant une licence sans limitation de durée ou de nombre de prêts, mais un prix bien plus élevé que le tarif proposé au public, quand Penguin appliquait un prix proche de celui payé par le grand public, mais une licence qui nécessitait un rachat du livre après un an. Cette « obsolescence programmée » des ouvrages est une plaie pour les établissements, puisqu'elle va à l'encontre de la constitution même d'une politique documentaire.

 

Aux États-Unis, comme dans la totalité des pays où une offre de prêt numérique est mise en place en bibliothèque, les établissements achètent les titres selon un modèle contractuel, défini par chaque éditeur. Ce qui n'est pas sans causer de nombreux problèmes : les conditions d'accès, ainsi que le prix payé par les bibliothèques, sont unilatéralement décidés par les éditeurs, qui craignent qu'un prêt numérique trop accessible cannibalise les ventes auprès du grand public.

 

En révisant les conditions d'accès à ses titres numériques, Penguin Random House semble faire un pas vers un peu plus de souplesse : le modèle Random House sera appliqué à l'ensemble du catalogue PRH dès le 1er janvier 2016, ce qui signifie donc un accès perpétuel aux titres achetés. Le prix à payer est un tarif toujours 4 à 5 fois supérieur à celui du commerce, d'autant plus qu'il n'existe pas de prix unique du livre outre-Atlantique. Rappelons par ailleurs que la plupart des éditeurs américains n'autorisent pas les prêts simultanés.

 

Plusieurs options d'achat, la panacée

 

Certes, le prix par titre imposé aux bibliothécaires est toujours bien plus élevé que celui proposé dans le commerce, mais PRH a également réduit le prix maximum des livres numériques vendus aux bibliothèques, de 85 $ à 65 $. Si ce gain de 20 $ est apprécié par les bibliothécaires, le tarif « poursuit une politique de prime qui reste bien éloignée des prix pratiqués pour les consommateurs ou les livres papier en bibliothèque », déplore l'American Library Association.

 

Sari Feldman, la présidente de l'organisation qui représente les bibliothécaires, estime également que « beaucoup de [s]es collègues vont regretter la flexibilité du modèle qui permettait de payer une somme proche du prix public pour des exemplaires numériques qu'ils ne souhaitent pas garder indéfiniment, et certains seront dans l'impossibilité de proposer à leurs usagers les livres qu'ils souhaitent ».

 

En somme, un modèle hybride, qui laisserait plus de liberté aux bibliothécaires, est toujours attendu par les professionnels. Rien ne dit que PRH ne prêtera pas une oreille à leurs attentes : les deux groupes, alors séparés, avaient été parmi les premiers à proposer leurs titres en bibliothèque.

 

(via Publishers Weekly, American Libraries Magazine)