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Ebooks en bibliothèques : Editeurs, êtes-vous tournés vers l'avenir ?

- 26.09.2012

Edition - Bibliothèques - bibliothèque - prêt d'ebooks - éditeurs


L'Association des Bibliothèques américaines est désormais agacée. Depuis des mois que les associations tentent d'obtenir des éditeurs une offre et un catalogue solide de livres numériques pour les usagers. Mais les groupes sont plus empêtrés les uns que les autres, avec des formules de plus en plus complexes. Maureen Sullivan, présidente de l'ALA a pris aujourd'hui la plume pour pointer la politique discriminatoire des éditeurs.

 

 

Empty Library Shelves

Cybrgrl  (CC BY 2.0)

 

 

C'est qu'avec 169 millions d'utilisateurs de bibliothèques à travers le pays, la présidente ne comprend pas comment, dans un marché libre, il est possible qu'un client se fasse refuser un produit qu'il souhaiterait  obtenir. Dégainant avec force une rafale meurtrière contre Simon & Schuster, Macmillan et Penguin, qui refuse de proposer leurs ouvrages aux usagers des établissements, la présidente se désespère. 

 

« Si nos bibliothèques reflétaient les meilleures ventes de fiction du New York Times, nous manquerions de la moitié de notre catalogue, en raison de la politique de ces éditeurs », déplore-t-elle. Et d'aligner quelques titres qui, en version numérique, sont toujours introuvables dans les différents établissements du pays, tous genres littéraires confondus. 

 

Pourtant, tous les éditeurs ne suivent pas cette politique déplorable, ajoute-t-elle. Près de 66 % des bibliothèques américaines proposent des livres numériques, un nombre qui a plus que doublé en l'espace de 5 ans. Et 39 % des établissements ont également investi dans l'achat de lecteurs ebook. « Les bibliothèques publiques dépensent à elles seules plus de 1,3 milliard de dollars annuellement sur leurs collections de documents imprimés, d'audio, de vidéo et d'appareils électroniques », ajoute Maureen.

 

Et cette puissante force d'investissement est un outil d'une importance capitale. À ce titre, les bibliothécaires savent combien l'industrie du livre n'est pas une simple société comme les autres. Et la complémentarité des deux professions résulte d'une volonté commune de soutenir l'alphabétisation et la découverte de la lecture. C'est tout un réservoir de stimulation qui existe dans la bibliothèque, et les deux professions ont oeuvré de concert durant des siècles « pour maintenir un écosystème de lecture sain, qui célèbre l'accès de notre société à un marché des idées qui soit complet ».

 

L'attitude aujourd'hui adoptée par les éditeurs dessert complètement le projet qui unit ces deux pans de l'édition. Et ce comportement n'aura pas d'avenir. « Nous avons rencontré et échangé sincèrement avec beaucoup de ces éditeurs. Nous avons cherché un terrain d'entente en explorant de nouveaux modèles économiques et des pratiques de prêts en bibliothèques. Mais ces conversations n'ont pas de sens si elles ne sont pas suivies d'actions », regrette Maureen.

 

Et d'exhorter les différents éditeurs encore réfractaires au prêt d'ebooks à se lancer. « Nous, bibliothécaires, ne pouvons pas rester sans rien faire, alors que certains éditeurs aggravent la fracture numérique. Nous ne pouvons pas attendre passivement alors que certains éditeurs refusent l'accès à ce pan culturel. Nous devons parler au nom de la communauté des lecteurs dans les bibliothèques, aujourd'hui comme demain. »

 

Les exigences sont là, et la question se pose maintenant de savoir de quel côté se placent les éditeurs : celui du futur ou l'autre, celui du refus de l'avenir. « Les livres et le savoir, sous toutes leurs formes, sont indispensables. Accéder à cette connaissance ne doit pas être refusé. »